« Parfois, deux personnes qui veulent être ensemble, qui ont le sentiment qu'elles doivent être ensemble, en sont tout simplement incapables », confie
Sam Mendes. Cela faisait onze ans que
Leonardo DiCaprio et Kate Winslet n’avaient pas tourné ensemble depuis
Titanic, de
James Cameron. Dans
Les noces rebelles, ils traversent le paradis et l’enfer américain en voyant, sans pouvoir faire quoi que ce soit, l’effondrement de leur relation. Un requiem doucereux, visible dans les salles le 21 janvier prochain.
A l’origine, il y a un roman (
Revolutionnary Road / La fenêtre panoramique, de Richard Yates), publié chez Robert Laffont en 1961. En son temps, il fit l’effet d’une boule de neige dans une société phagocytée, en pleine mutation. Beaucoup y virent un pamphlet contre la banlieue mais alors que l’écrivain en fit une charge contre la soif générale de conformisme qui s’est emparée de tout le pays, contre le désir de coller aveuglément et désespérément à la sécurité à tout prix. Incidemment, la route de la révolution de 1776 (utilisé pour le titre original) est devenue dans les années 50 une impasse.
Pour
Sam Mendes, le réalisateur d’
American Beauty, qui trouve une nouvelle fois la possibilité de pointer du doigt les mœurs américaines et d’en révéler le caractère faisandé, le roman était une aubaine, riche d’intelligence, d’excentricité, d’originalité avec des personnages auxquels on s’attache, parfois peut-être malgré soi. Au centre, un couple américain, idéalement incarné par
Leonardo DiCaprio et Kate Winslet, tiraillé entre le désir de ne pas ressembler aux autres et la tentation de devenir conformiste dans l’Amérique des années 50. Les deux acteurs se connaissent depuis l’âge de 20 ans et depuis ont eu le temps d’évoluer ensemble face aux mêmes épreuves.
Kathy Bates, qui faisait également partie de la distribution du
Titanic, ressemble à une observatrice du couple.
Michael Shannon, la révélation de
Bug, catalyse les tensions.
Les deux amoureux se considèrent comme des êtres à part, des gens spéciaux, différents des autres. Ils ont toujours voulu fonder leur existence sur des idéaux élevés. Lorsqu'ils emménagent dans leur nouvelle maison sur Revolutionary Road, ils proclament fièrement leur indépendance. Jamais ils ne se conformeront à l'inertie banlieusarde qui les entoure, jamais ils ne se feront piéger par les conventions sociales. Pourtant malgré leur charme et leur insolence, ils deviennent exactement ce qu'ils ne voulaient pas : un homme coincé dans un emploi sans intérêt ; une ménagère qui rêve de passion et d'une existence trépidante. Une famille américaine ordinaire ayant perdu ses rêves et ses illusions. A l’arrivée,
Leonardo DiCaprio a un physique de poupon mal dégrossi pour jouer un adulte qui n’arrive pas à assumer ses responsabilités d’adulte.
Mais c'est surtout Kate Winslet, sublimée, récemment récompensée d'un Golden Globe pour sa performance, qui rayonne avec ce rôle de femme portant les stigmates de la souffrance affective, consciente que sa vie repose sur un vide abyssal, une illusion morbide. Seule ou accompagnée, heureuse ou triste (ou les deux à la fois), elle trimballe dans chaque scène une mélancolie foudroyante et communique un spleen insaisissable. La vérité sort de la bouche de la décoratrice Kristi Zea, qui s’est occupée des décors de
Les Affranchis et de
Le Silence des agneaux, et qui révèle que l’une de ses principales sources d’inspiration fut les peintures de Edward Hopper, sorte de quintessence du peintre réaliste de l’Amérique et de sa mythologie où les êtres et les choses semblent toujours à l’abandon.