L’emmerdeur est de retour sur grand écran... 35 ans après le film d’Edouard Molinaro, Francis Veber, scénariste sur l’original, passe derrière la caméra pour nous raconter à nouveau les mésaventures de Ralph Milan et François Pignon. Pignon... Ce nom ne vous est certainement pas inconnu. Et pour cause, c’est la septième fois que nous entendons parler de lui depuis
Jacques Brel en 1973 et son rôle de suicidaire envahissant. Marque de fabrique du scénariste et réalisateur, les noms des personnages des films de Veber caractérisent dès la première seconde du métrage leur position dans le film. Pignon est le gentil con, tout comme Perrin, tandis que Campana, Milan ou Brochant sont les hommes, les vrais, qui tireront néanmoins une leçon de leur amitié avec le gentil con. Depuis 1972 et son scénario d’
Il était une fois un flic (de Gérard Lautner) où Veber offre à Michel Constantin le rôle de Campana, le réalisateur n’a eu de cesse de plonger ses personnages types dans les situations les plus absurdes possibles. Tel un Molière des temps modernes, le cinéaste s’est entiché de la nature humaine, de nos défauts les plus insensés afin de les amplifier et nous offrir certains des personnages les plus emblématiques de la comédie made in France. Du
Grand blond avec une chaussure noire à
La doublure en passant par
Coup de tête,
La chèvre,
Les Compères ou
Le Jaguar, petit trombinoscope du monde merveilleux de Francis Veber et de ses habitants...
Le fabuleux destin de François PerrinPierre Richard, c’est ce grand con, un peu blond, avec une chaussure noire, pris au hasard pour devenir, à ses dépends, un espion international aussi redoutable que redouté.
Pierre Richard est donc le premier à interpréter le fameux François Perrin sur grand écran sous l’oeil d’
Yves Robert mais surtout sous la plume de Francis Veber. Premier véritable succès pour le dialoguiste et scénariste, Veber entreprend avec la première grande excursion de François Perrin une longue série de films avec pour héros cet anti-héros (justement) maladroit, gentil et empoté qui prendra au fil des ans différents noms. L’imbécile heureux, souvent moins bête qu’il n’y paraît, va devenir chez Veber le personnage principal de ses peintures de la nature humaine. Et comment traiter de nos défauts en les attribuant indépendamment aux différents personnages de ses films ? C’est ainsi que François Perrin, qui reviendra dans
Le Retour du grand blond en 1974, fera également des siennes dans
Le Jouet et On aura tout vu (Gérard Lautner) en 1976, toujours sous les traits de
Pierre Richard puis empruntera le temps du film de Jean-Jacques Annaud,
Coup de tête, le physique de Patrick Dewaere. Dans tous les cas, le personnage se retrouve impliqué dans des situations quasi-inextricables et surréalistes qui le mènent à agir, toujours selon son innocence, avec la plus grande candeur. Un atout bien plus efficace qu’à première vue. On retrouvera également le personnage de François Perrin dans
La chèvre, l’une des plus grandes réussites de Veber cinéaste, où
Pierre Richard excelle dans le rôle de l’abruti de service aussi gauche que la petite Bens qu’ils sont chargés de retrouver en Amérique du Sud. Estimant que seul le plus grand empoté pourra marcher sur les pas de la pire des godiches, Perrin se retrouve chargé de n’être que ce qu’il est : un sot. Et ça marche... On retrouvera Perrin une toute dernière fois dans
Le Jaguar, sorti en 1996, et sous les traits de Patrick Bruel. Un François Perrin moins convaincant... un sentiment dû à l’erreur de casting que constitue Bruel. L’acteur manque en effet de cette bêtise assumée pour faire passer la pilule.
La merveilleuse ascension de François PignonLe pigeon parfait prend un nouvel essor avec François Pignon. Sa première apparition date de 1983 où
Pierre Richard, encore lui, est manipulé par son ex-fiancée qui souhaite retrouver sa jeune ado de 17 ans disparue. Aux cotés de
Gérard Depardieu, dans le rôle de Jean Lucas, François Pignon connaît un franc succès au près du public qui adopte le nom et commence à l’attribuer de manière familière aux abrutis de service. Mais c’est certainement la grande prestation de
Jacques Villeret dans
Le dîner de cons, adaptation éponyme de la pièce de théatre de Veber, qui va donner à François Pignon toute l’aura que nous lui connaissons aujourd’hui. « Il est méchant Mr Brochant, il est mignon Mr Pignon » restera ainsi dans les mémoires des 10 Millions de spectateurs du film. Un succès monumental et amplement mérité pour une comédie tirée à quatre épingles et écrite avec le plus fin des fleurets. Villeret excelle dans le rôle de l’abruti de service et parvient en un seul film à balayer d’un revers de la main les prestations de
Pierre Richard. Non pas que ce dernier ne soit pas un excellent François Pignon/Perrin mais les nouvelles et anciennes générations ont désormais en mémoire le visage de Villeret attribué à ce personnage. François Pignon reviendra par la suite sous les traits un peu faiblards de
Daniel Auteuil dans
Le Placard et de
Gad Elmaleh dans le décevant
La Doublure. Dans la lignée des François, il faut également citer Quentin (de Montargis) aperçu dans le sympathique
Tais-toi et interprété avec beaucoup de panache par l’excellent
Gérard Depardieu pourtant habituer aux rôles des durs à cuire chez Veber. Tout comme
Jean Reno... Mais qui sont donc ces personnages opposés aux gentils François ?
Brochant, Campana, Lucas et cette ordure de Rambal Cochet !Mais le jeu sur l’antagonisme serait faussé sans le pendant confiant et intelligent du neuneu de service. On pourrait ainsi attribuer à Veber l’invention du buddy-movie à la française où deux opposés s’attirent pour créer une multitudes de mésaventures que le cinéaste se plaît à nous raconter depuis près de 40 ans. Si Ralf Milan, alias
Lino Ventura dans L’emmerdeur, constitue le tout premier et véritable « dur» de la série des Veber, il esquisse néanmoins dès ce premier scénario un personnage plus complexe et moins taillé dans le marbre que les premières minutes du film nous laissent entendre. Ralf Milan est un gros dur au grand coeur... tous comme ses confrères qui suivront. Campana dans
La chèvre, Jean Lucas dans
Les compères et
Les fugitifs, à chaque fois interprété par Depardieu, viennent souligner l’orgueil de l’homme et sa prétention à vouloir dominer les plus faibles. Dans cet esprit, les comédiens ayant eu la tâche de se glisser dans la peau de ses hommes ont toujours eu cette carrure impressionnante ou cette présence imposante..
Jean Reno dans
Le Jaguar et
Tais-toi,
Thierry Lhermitte, grand malin dans
Le Dîner de cons et pour finir le flegmatique Michel Bouquet dans l’hilarant
Le Jouet sont autant d’exemples de comédiens qui ont su capter la nature même de ces personnages « opposés » au con de service qui en apprennent plus sur eux que ce qu’ils pensaient. Veber s’est ainsi amusé à construire une galerie de personnages typiques proches des personnages de la comedia dell’arte ou du théâtre classique français. Ils portent le masque de celui qui sourit et celui qui pleure tout en divertissant avec démesure le public. On attend désormais la suite des aventures de ces duos de choc... (Ailleurs que dans un remake Mr Veber !)