L'amour au cinéma, celui qui transcende le temps et l'espace des 24 images/seconde. Comme dans Mr. Nobody, conte surréaliste et métaphysique où Jared Leto ne cesse de tomber amoureux et se perd dans les bras de trois femmes différentes. A l'occasion de la sortie du film de Jaco Van Dormael, les rédacteurs d'Excessif ont mobilisé leurs plus beaux souvenirs cinéphiliques et vous livrent leurs moments d'amour sur grand écran. En attendant les vôtres...
Casablanca (Michael Curtiz - 1942) par Damien Duvot
De tous les bars du monde, il a fallu qu'elle tombe sur le sien. Rick a aimé Ilsa à Paris, sans savoir que cette dernière vivait déjà une histoire sentimentale avec Victor Lazlo, chef de la résistance emprisonné en Allemagne. 2300 kilomètres plus loin, le triangle amoureux se reforme à Casablanca, dernier endroit avant de pouvoir s'échapper du joug allemand. Le problème c'est qu'Ilsa a besoin de Rick, Victor a besoin de Rick, mais Rick n'a besoin de personne. Romance qui trouvera son dénouement le dernier jour de tournage (prendra-t-elle l'avion ou pas ?), sous une réalité de l'occupation montrée dans un film datant de 1942 ; Casablanca est LE chef d'œuvre romantique, une très belle histoire d'amour glorifiée par le couple Bogart/Bergman, un film intemporel.
« Play it again Sam ! ».
Before Sunrise (Richard Linklater - 1994)) par Marion Thuillier
Jesse, jeune Américain bohème, et Céline, étudiante parisienne, se rencontrent à bord d'un train traversant l'Europe. Attirés l'un par l'autre, ils décident de passer une nuit ensemble à Vienne, avant de repartir chacun de leur côté. A partir de ce pitch un brin naïf, Richard Linklater réalise une histoire d'amour touchante et réaliste. Au gré de leur déambulation dans la ville, ils vont se découvrir, se taquiner, disserter sur la vie, l'amour, leurs envies, l'avenir... Partager une intimité sincère et douce-amère, car sans lendemain. La complicité entre Julie Delpy et Ethan Hawke crève l'écran. L'identification fait son œuvre. Se reverront-ils un jour ? Réponse dans Before Sunset, la suite sortie en 2005.

Titanic (James Cameron - 1997) par Nicolas Houguet
Puisqu'il est question d'histoires d'amour qui nous ont fait chavirer, ce film est particulièrement indiqué... James Cameron conte donc l'histoire du naufrage légendaire, avec le souffle et l'efficacité qui le caractérisent. La légende est perçue par le prisme d'un couple : Rose, issue de la haute société et Jack Dawson, artiste et vagabond, passager de troisième classe. Le réalisateur va fonder son récit sur l'amour inattendu qui les unit, s'appuyant sur son duo d'acteurs en état de grâce (Leonardo DiCaprio et Kate Winslet, rebelles et lumineux). Bien davantage qu'un film-catastrophe, Titanic redonne un visage aux infortunés qui ont sombré avec le paquebot. Une grande oeuvre, passionnée et bouleversante.
Sur la route de Madison (Clint Eastwood - 1995) par Nicolas Houguet
L'interprète iconique de L'Inspecteur Harry porte en 1995 à l'écran un roman d'amour, pas très bon de surcroît. Pourtant, il a livré là l'une de ses plus belles réussites. Meryl Streep y incarne une mère de famille, prise dans la langueur de sa routine. Puis un photographe arrive, le grand Clint lui-même. Grâce à lui, elle redevient cette femme aventureuse qu'elle avait presque oubliée. Les quelques jours d'une liaison empliront toute sa vie. D'une justesse et d'une sensibilité rares, l'histoire suggère avec raffinement les secrets d'une femme. Cet amour là nous renvoie à nos rêves d'absolu, que l'on s'est résigné à ne pas vivre et qui nous manquent tant.
Georgia (Arthur Penn - 1982) par Romain Levern
Un fils d'émigré débarque aux Etats-Unis en 1955. Ado, il tombe amoureux avec deux potes d'une fille aussi fuyante que le rêve américain. Peu voire pas connu, Georgia, du vétéran Arthur Penn, pose une question universelle, sur fond de conflits générationnels et politiques : que sont devenus les idylles, les rêves et les fantasmes de nos 20 ans ? Au bout de deux heures, on a les réponses, déchirantes. Face aux déceptions que peuvent provoquer une rencontre (en amitié comme en amour), les souvenirs (un regard, une étreinte) nous aident à ne pas sombrer. La puissance émotionnelle, nostalgique et évocatrice de ce chef-d'oeuvre évoque Nous nous sommes tant aimés (Ettore Scola, 1974).
Edward aux mains d'argent (Tim Burton - 1990) par PitouWH
Reprenant à son compte l'intrigue fameuse de La Belle et la Bête, Tim Burton la transpose dans l'environnement qu'il connaît le mieux -la banlieue américaine- et pose sa Bête/Edward comme un alter-égo de lui-même. En résulte bien sûr la fustigation d'un mode de vie auquel il ne s'est jamais intégré ou des petites brutes qui le martyrisaient mais, comme tout adolescent solitaire et mal dans sa peau, Burton rêvait aussi d'amour sans croire une seconde y avoir droit un jour, et ce romantisme contrarié trouve une résonance très forte dans le film par l'entremise des thèmes fondateurs du conte de Madame Le Prince de Beaumont. Ne cédant pas au diktat du happy-end, l'anticonformiste réalisateur nous bouleverse donc avec le récit d'une passion irrémédiablement platonique, absolument impossible, mais dont la réalité n'a d'égale que la pureté. Le vrai grand Amour selon le Burton des jeunes années.
The Fountain (Darren Aronofsky - 2006) par Vivien Lejeune
Entre fable fantastique, poétique et ésotérique et essai sur l'acceptation de la mort de l'être aimé, cette magistrale toile animée de Darren Aronofsky est aussi renversante de complexité que d'émotions exacerbées... Un Hugh Jackman à contre-emploi y aime à corps et à cris une toujours aussi sidérante Rachel Weisz et lutte avec acharnement contre la nature elle-même aussi bien dans le passé, le présent et le futur d'un seul et unique grand amour. Tour à tour conquistador, cancérologue et voyageur spirituel, il nous invite à être les témoins sidérés d'une quête qui ne ressemble à nulle autre, et totalement sublimée par le chef d'œuvre musical de Clint Mansell... sans aucun doute le plus beau et le plus surprenant film qu'ait connu l'année 2006.
Le patient Anglais (Anthony Minghella - 1996) par Laurène Guillaume
Touchante. Emouvante. Ensorcelante. L'histoire du Patient Anglais fait non seulement partie du paysage cinématographique mais aussi celui du romantisme. Connaître une telle passion entre deux êtres humains est a priori inconcevable. Anthony Minghella l'a fait. Il a su obtenir l'équilibre parfait. Et pour ça, il s'est entouré des acteurs les plus brillants de leurs générations : Ralph Fiennes, Juliette Binoche, Willem Dafoe ou encore Kristin Scott Thomas. Un scénario trop fleur bleue ? Certains répondront par l'affirmatif. D'autres préféreront se plonger dans cet univers idyllique où l'amour devient une réalité pendant 2h40.
Roméo + Juliet (Baz Luhrmann - 1996) par Laurène Guillaume
Le texte de William Shakespeare revisité par Baz Luhrmann...Vu comme ça, il y avait de quoi faire peur... Mêler la beauté des dialogues du dramaturge à la violence contemporaine : nul n'avait osé encore s'aventurer dans un tel exercice. Le réalisateur signe ici un film référant, marqué par la performance de Claire Danes mais également de Leonardo DiCaprio âgé tout juste de 22 ans attendant patiemment son heure de gloire. Roméo + Juliet c'est une histoire d'amour. L'histoire de deux familles ennemies où un amour impossible naît. Un amour où la passion les happe. Ne les quitte plus. Idyllique. Romantique. Fort. Bref, une aventure humaine qui ne laisse pas indifférent. Un amour si fort qu'il laisse rêveur. Mais qui n'a jamais voulu connaître un amour impossible ?
Solaris (Andreï Tarkovski - 1972 / Steven Soderbergh - 2002) par Geoffrey Crété
Solaris, c'est avant tout un roman colossal de Stanislas Lem. L'histoire d'un homme envoyé sur une station en orbite autour de Solaris, une mystérieuse et fascinante planète qui intrigue les scientifiques depuis des décennies. Un astre d'une nature nouvelle, gigantesque cerveau capable de résonner avec les êtres vivants qu'il rencontre en donnant vie à leurs pensées et désirs. Trois décennies séparent les versions de Tarkovski et de Soderbergh - prévue au départ avec James Cameron derrière la caméra. Aucune d'elles n'a l'ambition démesurée d'adapter le roman à la lettre, mais toutes deux ont en commun l'histoire d'amour entre Chris Kelvin et Hari/Rheya. Un couple totalement suréel puisque brisé par la mort de la jeune femme. Littéralement hanté par la présence fantômatique de son amour perdu, le personnage principal est confronté à un dilemne tétanisant. Faut-il mieux vivre sa vie, quitte à la supporter dans la solitude et les regrets, ou est-il préférable de se condamner à vivre éternellement dans un doux mensonge apaisant ? "Ce que l'Homme cherche, ce sont des miroirs" murmure une apparition dans l'obscurité du vaisseau. La science-fiction n'est ici qu'une passerelle vers une multitude de questionnements sur la mémoire, le pardon, l'illusion et la mort qui touchent chaque être humain. Bien que beaucoup plus développée chez Soderbergh, l'histoire d'amour à rebours conserve la même poésie morbide dans les deux films. Parce que finalement, les amants se retrouvent dans l'éternelle répétition des évènements, mais est-ce pour cela que tout finit bien ? Justement, c'est cette question sans réponse qui fait de Solaris une histoire si marquante.
Le Zèbre (Jean Poiret - 1992) par Gilles Botineau
Au début des années 90, Jean Poiret, célèbre comédien mais aussi auteur de théâtre (La Cage aux folles et Joyeuses Pâques), décida de mettre en scène son premier long-métrage. Pour cela, il s'inspira, avec l'aide de Martin Lamotte, d'un roman d'Alexandre Jardin intitulé Le Zèbre, l'histoire d'un notaire qui tente de préserver son mariage de la routine en inventant des situations loufoques. Totalement séduit, Jean Poiret se retrouvait beaucoup dans la personnalité du héros, le dénommé Hippolyte Pécheral. Pour autant, il laissa le rôle à Thierry Lhermitte, beaucoup plus jeune et vigoureux à l'époque (Jean Poiret, alors âgé de 65 ans, décèdera d'ailleurs des suites d'une crise cardiaque bien avant la sortie de son oeuvre. Pierre Mondy, son complice de toujours, terminera alors le montage du film à sa place). En revanche, l'épouse du personnage principal, Camille, est ici incarnée par Caroline Cellier, qui, pour information, s'est mariée trois années auparavant avec Poiret. Autant dire que ce film lui est dédié, se présentant finalement comme une éblouissante déclaration. Le cinéaste propose une succession de situations loufoques (sujet du film) mais aussi de purs moments d'émotion. Pendant près de 90 minutes, Thierry Lhermitte joue les paons autour de la séduisante (et glaciale) Caroline Cellier. Son grand truc : les blagues potaches, la décontraction, les surprises et l'art du renouvellement constant, le tout avec une classe insurpassable. Si le personnage se comporte généralement comme un gamin qui aurait maladroitement grandi, c'est pour mieux cacher un caractère d'une finesse et d'une intelligence rares. L'Amour qu'il éprouve envers son épouse va bien au delà de la Raison. Il sait que sans elle, il ne réussirait à survivre. D'où cette fin bouleversante. Après être devenu l'amant de sa propre femme, Hippolyte choisit de disparaître mystérieusement, laissant planer le doute quant à sa mort réelle ou non. Ainsi, il ne laisse à Camille que d'excellents souvenirs (celui d'un Amour éternel) et espère de cette même façon faire battre son coeur jusqu'à la fin de ses jours... Le summum du romantisme !
Eternal Sunshine of the Spotless Mind (Michel Gondry - 2004) par Julie Decottignies
Incapable de se remettre de sa rupture avec Joel, Clem l'a effacé de sa mémoire, au sens propre du terme. Joel choisit alors de faire de même avant de réaliser à quel point ces souvenirs sont précieux. Singulière et pourtant si ordinaire histoire d'amour que la leur, à la fois déjà finie et pas encore commencée. Se promenant littéralement dans la tête de ses personnages, Eternal Sunshine démontre paradoxalement que l'amour ne se réduit pas à une chimie cérébrale, qu'il est bien plus qu'une vue de l'esprit. Et en filigrane, derrière son traitement fantaisiste et poétique, le scénario de Charlie Kaufman offre une vision belle et réaliste du couple. Parce que les deux ne sont pas incompatibles.
Once (John Carney - 2006) par Julie Decottignies
Il souffre de l'amour porté à une fille qui l'a quitté, elle est mariée à un homme pour qui elle n'a plus d'affection. Ils errent dans les rues de Dublin, se rencontrent, et vivent, un temps, leur rêve musical ensemble. Avec une remarquable économie de moyens scénaristiques comme techniques, Once tisse scène après scène une ambiance intimiste et un amour d'autant plus touchant que sa construction comme sa finalité se limiteront aux mots et aux notes. Parce qu'ils n'auront jamais de noms, ne seront toujours que « le garçon » et « la fille », l'histoire de ces deux âmes esseulées, avant tout amoureuses de la musique, tend à une universalité des sentiments et à une totale sincérité dans leur expression.
Virgin Suicides (Sofia Coppola - 2000) par Lucie Pedrola
Une plongée dans les nimbes adolescentes, pour une chronique mortifère où l'amour a un goût de bondieuseries et d'asphyxie juvénile. Les rires à gorge déployée, les ongles vernis, les tubes de rouge à lèvres aux senteurs enivrantes, les rêveries boudeuses et les premières fébrilités amoureuses, tout est observé par un groupe de garçons fascinés. « On a affaire à une rêveuse, complètement déconnectée de la réalité ! ». Ils regardent de loin ou l'œil vissé à des jumelles, pénètrent parfois ce mystérieux sérail, intrigués et protecteurs. Envoûtés comme on l'est par Lux et ses sœurs, ces silhouettes qui n'apparaissent qu'à travers un voile de lumière, insaisissables nymphes de la déjà grande Coppola.
Two Lovers (James Gray - 2008) par Jérôme Béalès
Deux femmes et un choix cornélien à faire. Leonard (Joaquin Phoenix, exceptionnel) hésite entre la femme que ses parents lui ont choisi et sa voisine instable, brillamment incarnée par une Gwyneth Paltrow qui n'a jamais été aussi bien dirigée. C'est ainsi que James Gray revisite le classique schéma du triangle amoureux, avec classe et panache. La mise en scène, superbe, souligne à merveille les tourments intimes de personnages complexes placés face à leur destin. Habitué des polars crépusculaires, Gray déroule une trame shaekspearienne en diable et injecte une bonne dose de noirceur à cette romance aussi belle que triste. Il en résulte un monument de cinéma, d'une émotion à déchirer le cœur.
Breaking the Waves (Lars Von Trier - 1996) par Anne-Louise Echevin
« Je veux que tu trouves un homme, que tu fasses l'amour avec lui, et que tu me racontes. Ce serait comme si toi et moi étions ensemble. Et ça, ce serait être en vie. »
Breaking the Waves est un film d'amour alliant beauté et monstruosité, pureté et perversité. Bess, simple d'esprit, a deux amours dans sa vie : son mari Jan, et Dieu. Pour elle, Jan est un ange, venu du ciel : elle priait Dieu de lui donner « le don d'amour », et Dieu lui a donné cet homme, qui travaille sur une plate-forme pétrolière. Jan permet à Bess, qui vit dans un monde froid et austère, de connaître l'amour humain, symbole du charnel et de l'érotisme. Mais l'ange doit s'envoler à nouveau vers la mer. Seule et triste, Bess demande à Dieu, qu'elle aime d'un amour spirituel et infini, de lui rendre son mari. Et Dieu accepte, de façon perverse : l'ange revient sur terre, les ailes brisées (il est paralysé). Désespéré, Jan demande à sa femme de coucher avec des inconnus et de lui raconter ses aventures, pour lui rappeler les sensations de l'amour physique. L'ange déchu entraîne sa femme dans la déchéance. Car Bess, qui n'est qu'amour et innocence, accepte de faire cela pour sauver son mari. Elle considère que l'état de Jan est de sa faute, car c'est elle qui a demandé à Dieu de le lui ramener. Bess accepte de sacrifier son corps pour sauver celui qu'elle aime, tout comme le Christ a accepté de se sacrifier aussi pour sauver les hommes. Bess n'a pas d'amour propre, elle n'a d'amour que pour les autres. Est-elle une sainte ? Est-elle folle ? Et Jan n'est-il qu'un être abject et dégénéré, un ange devenu le Diable ? Mais ce n'est pas si simple. Car Jan finira par lui aussi sauver sa femme de son pire cauchemar : il l'enlèvera aux siens, qui voulaient la condamner à l'enfer pour ses actes impies mais réalisés dans l'amour le plus pur, et il réussira à lui ouvrir les portes du Paradis, lui offrant ainsi, grâce à son amour humain, l'amour éternel de Dieu.
Dracula (Francis Ford Coppola - 1992) par Anne-Louise Echevin
« Je vous offrirai la vie éternelle, l'amour au-delà du temps (...). Joignez-vous à moi, soyez ma tendre épouse à jamais. »
Lorsque Coppola s'attaque au mythe de Dracula, cela donne une histoire d'amour d'une sensualité et d'une puissance incroyables. Il y a plusieurs siècles, le Prince Vladim part en guerre et laisse sa femme seule. Elle le croit mort et se suicide. Désespéré et anéanti, le Prince va renier Dieu, condamnant son âme à la damnation, devenant le vampire Dracula. Pendant des centaines d'années, il reste dans son château, pleurant sur son humanité et son amour perdus. Jusqu'à ce que Jonathan Harker arrive pour des questions administratives, et lui montre sans le vouloir le portrait de sa femme Mina, sosie de l'amour perdu de Dracula. Ce dernier va alors entreprendre de séduire celle qu'il croit être la réincarnation de son aimée. Mina est déchirée entre deux hommes : Jonathan représente l'amour courtois et chaste, tandis que Dracula (merveilleux Gary Oldman) est le symbole de l'amour charnel et passionnel...
Gilda (Charles Vidor - 1946) par Anne-Louise Echevin
« La haine est un sentiment troublant. Tu n'as pas remarqué ? Très troublant. Je te hais aussi Johnny. Je te hais tellement que je crois que je vais en mourir. »
Le film Gilda doit beaucoup à son duo d'acteurs. Rita Hayworth (ensorcelante) et Glenn Ford s'affrontent et s'aiment dans un film où la haine et l'amour sont entrelacés. Car ces deux sentiments, réunis ensemble, sont la définition de la passion. Les deux protagonistes sont liés dans un amour passionnel et destructeur. Ils s'aiment, se haïssent, s'évitent, se cherchent, se séparent, se retrouvent, s'embrassent, se frappent... L'amour passionnel est destructeur, mais il est aussi comme une drogue. Car, malgré tout le mal qu'ils se font mutuellement, les deux amants ne peuvent vivre l'un sans l'autre.
Le secret de Brokeback Mountain (Ang Lee - 2004) par Anne-Louise Echevin
« Je vais te dire... La vérité est que, parfois, tu me manques tellement que je peux à peine le supporter »
C'est l'histoire d'un amour interdit par les préjugés et l'intolérance. Dans l'univers très machiste des cow-boys, il n'y a pas de place pour l'homosexualité. Mais lorsque l'extraverti et enjoué Jack (fantastique Jake Gyllenhaal) rencontre le réservé Ennis (fantastique Heath Ledger), l'amour leur tombe dessus. Brokeback Mountain, sorte de Paradis situé dans les montagnes, abrite avec bienveillance leur amour et leurs ébats. Là-bas, les deux hommes sont libres de vivre leur passion, en toute liberté. Mais une fois de retour dans la société, il faut reprendre son masque et ne garder de Brokeback Mountain que des souvenirs, en attendant d'y retourner. Mais l'amour et la passion réfrénés sont brulants et destructeurs. Tout en pudeur et en non-dit, Ang Lee offre là une histoire d'amour parmi les plus poignantes de ce nouveau millénaire.
Les Amants crucifiés (Kenji Mizoguchi - 1954) par David Auvray
Le Japon, au XVIIè siècle, une jeune épouse d'un riche marchand s'éprend de l'un des employés de la maison qui l'aide à détourner de l'argent pour sauver son frère. Double crime, usage de faux et adultère, le couple coupable s'enfuit pour vivre cet amour impossible. Traqués et retrouvés, les deux jeunes gens finissent crucifiés selon la loi, la loi implacable de la société japonaise. Kenji Mizoguchi signe ici un chef d'oeuvre de violence et de pudeur qui sera primé d'un Lion d'Argent au Festival de Venise en 1955. C'est beau et cruel à en mourir, ce destin amoureux ne peut s'accomplir que dans la mort suivant la grande tradition du théâtre japonais.
Tigre et dragon (Ang Lee - 2000) par David Auvray
Deux histoires d'amour dans ce wu xia pian (film de sabre chinois) moderne ; celle de Li Mu Bai et Shu Lien, un amour secret et profond qui ne peut se révéler au grand jour et celle de Jiao Long et Lo, un amour instinctif et passionné entre une jeune aristocrate secrètement guerrière et un jeune voleur arrogant et impulsif. La sagesse contre la jeunesse. Shu Lien, qui deviendra la grande sœur par affection de Jiao Long ne pourra vivre son amour à cause de la mort de Li Mu Bai. Jiao Long, elle, préférera se jeter dans le vide pour que son aimé réalise son vœu le plus cher. D'une beauté plastique indéniable, Ang Lee remet au goût du jour le film de sabre avec une poésie sereine mais tragique qui convoque la grande littérature chinoise classique.
In the Mood for Love (Wong Kar Wai - 2000) par David Auvray
Shanghaï, dans les années trente. Un couple s'installe dans une chambre d'une maison foyer. Monsieur Chow, le mari journaliste, rencontre bientôt Madame Su, l'épouse du couple qui vit dans la pièce contiguë. Ils réalisent bientôt que leurs conjoints respectifs les trompent. Pour comprendre ils vont mettre en scène leur rencontre et finalement tomber amoureux l'un de l'autre. Gestuelles retenues, silences pesants, regards gênés, tout simplement l'un des plus beaux films d'amour qui soit, servi par une musique envoûtante et délicieuse qui met en valeur la beauté toute cinématographique de Maggie Cheung. Le couple tourne autour de la vérité des sentiments comme certains valsent sur la piste de danse. Là encore l'amour sera empêché par le respect de la bienséance.
L'important, c'est d'aimer (Andrzej Zulawski - 1974) par David Auvray
Un reporter qui paye ses dettes en photographiant des orgies bourgeoises et qui rencontre une comédienne ratée attendant sa chance dans de minables films pornographiques et c'est une histoire passionnée et douloureuse qui commence. D'autant plus douloureuse que cette égérie dénudée n'est autre que la sublime Romy Schneider qui s'accorde ici certainement son rôle le plus sombre. Triangle amoureux, honte et haine de soi, difficile pour cet homme d'aimer cette femme sans que son amour ne passe pour de la pitié. Lui s'engouffre dans cet univers obscur pour survivre, elle tente tout pour sortir du trou et vivre enfin sa vie. Destins croisés dont le point de rencontre se consume dans l'éclat aveuglant et bref de l'amour véritable avant de s'éteindre à petits feux, irrémédiablement.

L'histoire : Un enfant sur le quai d'une gare. Le train va partir. Doit-il monter avec sa mère ou rester avec son père ? Une multitude de vies possibles découlen[…]
