Natalie Portman profite du corps d'Ashton Kutcher et refuse de s'engager. Les rôles sont inversés, mais y a t-il vraiment une évolution du genre?

Par Geoffrey CRETE - publié le 13 février 2011 à 14h03
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Ashton Kutcher court après la jolie Nathalie Portman, déterminée à fuir l'engagement d'une vraie relation amoureuse. Il y a plus de vingt ans et le sourire jusqu'aux oreilles, Meg Ryan se réveillait aux côtés de son ami Billy Crystal, terrorisé d'avoir à gérer cette tournure inattendue des évènements. Entre Quand Harry rencontre Sally, pièce maîtresse de la comédie romantique moderne, et Sex Friends, variation qui se veut plus ancrée dans l'époque, y a-t-il réellement une évolution ?

 

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Amis amants


Le mythe de l'amour caché sous ses yeux a la peau dure. L'idée que son voisin, son collègue, son meilleur ami puisse être la personne tant espérée est un motif récurrent de la comédie romantique, démonstration ultime que l'âme sœur n'est pas introuvable puisqu'elle a toujours été là. L'un des exemples les plus frappants est le dyptique de Cédric Klapisch consacré aux errances européennes du jeune Xavier, L'auberge espagnole et Les poupées russes. Il passe la totalité du premier film à s'essayer à l'amour avec Audrey Tautou et Judith Godrèche avant d'ouvrir les yeux sur Kelly Reilly, l'anglaise transparente et capricieuse révélée comme une douce beauté. Elle est le sujet principal des Poupées russes, et a posteriori, prend une toute autre valeur dans L'auberge espagnole. Des teen-movies qui fleurissaient pendant la décennie passée - Boys and Girls, avec Freddie Prinze Jr en Harry et Claire Forlani en Sally - au récent Valentine's day - où Ashton Kutcher réalise à la fin du film que sa meilleure amie est la femme idéale, et se lance à sa poursuite dans un aéroport - en passant par la passion gentille entre Forrest Gump et la jolie Jenny, sa fidèle amie d'enfance, le cinéma construit un monde naïf où la recherche de l'amour, au centre de tous les esprits, se termine le plus souvent dans les bras de son confident, entretenant l'idée que le sexe n'est qu'une plus-value qui vient agrémenter une relation amicale épanouie. A la fin de Mary à tout prix, Cameron Diaz embrasse enfin son ami Ben Stiller, épaulé par le spectateur depuis le début du film dans sa quête amoureuse : il aura suffit de vérifier du côté de la comédie romantique à contre-courant pour constater à quel point l'idée a gangréné le genre.


Des années durant, la femme a été cantonnée au rôle de l'être fragile voire hystérique qui rêve d'un engagement solide pour s'épanouir pleinement, face à un homme terrorisé ou indifférent, convaincu que sa nature le rattache à une forme de liberté en contradiction avec l'idée même du couple. Si Katherine Heigl apparaît aujourd'hui comme une image réactionnaire antiféministe - il n'y a qu'à voir L'abominable vérité, 27 robes ou Bébé mode d'emploi pour réaliser à quel point son rôle de prédilection s'attache à des poncifs vieillots - la majorité des néo-comédies romantiques inversent les rôles comme Sex Friends ou Comment savoir, dans lesquels Natalie Portman et Reese Witherspoon vivent principalement par et pour leur métier. La femme moderne se veut libérée et ambitieuse, et sous couvert de ne pas juger une héroïne qui couche le premier soir sans espérer le mariage, ces histoires se veulent plus modernes. Mais au final, une simple inversion des rôles ne change rien, et la morale bien pensante est bel et bien profondément ancrée dans ce cinéma.

 

Comment savoir de Jim Brooks 


Echangez qui vous voulez


En réaction à ces histoires communément admises comme puritaines - le sexe étant relégué au second plan, comme un bonus dispensable - naît une flopée de films se voulant révolutionnaires et anticonformistes. Fièrement et malheureusement dressé en tête, American Pie déferlait dans les salles et les esprits adolescents quelques mois avant le nouveau millénaire et la fin annoncée du monde. Résolu à prendre le contre-pied du genre, le film suit les mésaventures de quatre amis qui veulent perdre leur pucelage avant la remise des diplômes. Au premier abord, American Pie atomise le romantisme et remet la sexualité au premier plan. En réalité, c'est un pétard mouillé, une divagation post-adolescente sur l'amour dont le puritanisme évident sera dévoilé dans les suites où la jeune flutiste nymphomane se marie logiquement avec le héros dans la plus pure tradition familiale. Même si le romantisme est sacrifié au premier degré, le schéma reste profondément le même. Dans Sexe IntentionsSarah Michelle Gellar métamorphosée en Catherine de Merteuil de l'Upper East Side est punie par la blonde angélique pour avoir détruit le cœur et le corps de Valmont. Simple argument marketing, le sexe devient simplement une nouvelle manière d'attirer le public, un gimmick qui passe de mode.

 

Selma Blair Sarah Michelle Gellar dans Sexe Intentions 

La géométrie humaine


L'apparition des ménages à trois et autres échangismes pourrait logiquement sonner comme une surenchère vide, et pourtant, force est de constater que ces films appartiennent à un cinéma communément rattaché aux auteurs. Cinéaste réputé pour son jusqu'au-boutisme, Bernardo Bertollucci remuait les esprits en 2002 avec Innocents - The Dreamers, évocation de la jeunesse de Mai 68 via un frère et une sœur possessifs et instables, qui invitent un jeune étudiant américain à errer dans leur appartement parisien. Eva Green, Louis Garrel et Michael Pitt passent ainsi plusieurs semaines à l'abri des manifestations bouillantes, à exposer leurs corps nus en discutant de cinéma. Il n'est pas plus question d'amour que de politique : le sexe devient le reflet de la vacuité morale de personnages profondément paumés. Mais la géométrie variable de l'amour ne rime pas toujours avec une exploration tordue des rapports humains. En fidèle héritier de la Nouvelle Vague, Christophe Honoré excelle dans l'art d'esquisser une normalité généralement anormale. Dans ses Chansons d'amour, Louis Garrel et Ludivine Sagnier partagent leur lit avec leur copine Clotilde Hesme pour s'essayer au ménage à trois, et le même Garrel finira par tomber amoureux de Grégoire Leprince-Ringuet. L'ombre de Jules et Jim de Truffaut et son triangle amoureux plane, mais l'histoire dérive rapidement. Comme dans Happy Few - où Marina Foïs, Elodie Bouchez, Nicolas Duvauchelle et Roschdy Zem s'échangent librement - l'apparition de nouveaux partenaires n'est qu'une illusion qui ramène aux véritables questionnements sur l'amour et l'attachement. Aucun cynisme, aucune ironie, simplement de nouveaux facteurs.

 

Kaboom de Gregg Araki 


Ce nihilisme moderne - multiplier les partenaires pour se perdre et perdre le sens - deviendra cependant un motif du cinéma de Gregg Araki, de Nowhere à Kaboom en passant par The doom generation. L'amour pur est forcément confronté puis corrompu par un monde complètement fucked up, où une quantité d'éléments parasites - une secte, un extra-terrestre, un groupe de néo-nazis - viendront finalement amener une réponse catastrophique aux errances métaphysiques des personnages. La preuve que c'est lorsque le cinéma se retranche dans ses propres limites, au risque de se fermer au grand public, qu'il a enfin la possibilité de dérouter. En attendant, alors que sa partenaire de Black Swan s'amuse d'Ashton Kutcher cette semaine, Mila Kunis fera de même avec Justin Timberlake dans Sexe entre amis, prévu à la rentrée prochaine. Un autre preuve, bien moins excitante, que la comédie romantique a trouvé son nouveau filon.

 

Sexe entre amis 


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