Et encore un ! Avec Les trois prochains jours, la liste de succès français adaptés à Hollywood s’allonge. Mais alors qu'y a-t-il de vraiment nouveau dans cette version américaine comparé à Pour elle de Fred Cavayé ? Réponse en trois points sous forme de comparatif détaillé.
Américanisation
Le premier défi pour Paul Haggis a bien sur été d’adapter l’histoire de ce prof de banlieue parisienne aux Etats-Unis. Direction Pittsburg, ville industrielle de la côte est des Etats-Unis ou Julien devient John. La première différence c’est le climat ensoleillé qui contraste avec la grisaille parisienne et donne au remake une ambiance moins sombre. Paul Haggis exploite le gigantisme américain avec brio en filmant des plans larges de gratte-ciel et le métro aérien.
Américanisation oblige, on est ici loin du prof Vincent Lindon qui effectuait ses repérages autour de la prison dans son vieux break. Le Julien made in USA (Russell Crowe) se ballade en Prius, survole le pénitencier en hélicoptère, appareil numérique à la main, et est accroc à son MacBook, son iPhone et son GPS. Outre cet aspect plus technologique, le héros doit également faire face à un contexte différent. Le film s’inscrit dans une Amérique post 11 septembre avec ses dispositifs de sécurité renforcés qui rendront sa mission encore plus ardue. Idem pour les visites en prison, Julien et sa femme bénéficiaient de visites conjugales dans Pour elle alors qu’elles sont interdites en Pensylvanie, l’Etat où a été tourné Les trois derniers jours. Pour John et Lara, les réunions familiales se font donc dans la salle commune sous le regard attentif des gardiens.
Enfin qui dit américanisation dit puritanisme. Exit la scène d’ouverture sur les corps entrelacés de Julien et de sa femme témoin de cet amour passionnel qui les unit. La version US du film s’ouvre sur un petit dîner de famille en ville.
Casting
Bien souvent les seconds rôles de remake s’inscrivent en deçà de l’original, notamment en ce qui concerne le monde de la délinquance. Liam Neeson en champion de l’évasion reconverti dans l’écriture ne parvient pas à égaler Olivier Marchal. Malgré une grossière balafre sur la joue, l’acteur américain ressemble toujours plus à un flic en civil qu’à un grand bandit. Le script incisif de la version original est lui aussi victime d’une traduction simplifiée qui enlève du peps à cette scène courte mais essentielle.
Pour les rôles de petits délinquants, on sombre carrément dans l’outrance avec un dealer de rue au physique de boysband, un fabriquant de faux passeports hirsute et sourd, et bien sûr la présence de RZA du groupe Wu Tang Clan qui comme dans Dérapage sert de caution crédibilité en interprétant un petit dealer. On regrette également la belle Diane Kruger et son image de femme parfaite qui cristallise la lutte acharnée du personnage principal.
Mais heureusement, la bonne surprise vient de l’acteur le plus important, Russell Crowe. Choix à priori curieux pour reprendre le rôle de Vincent Lindon, l’acteur américain se réapproprie totalement le personnage en misant sur son physique à la fois rond et charismatique. Il apporte ainsi une réelle dualité au personnage, aussi crédible en être gauche, dépassé par les évènements qu’en homme fort et déterminé. Une performance aussi surprenante que convaincante.
Le détail qui tue
Enfin, le réalisateur Paul Haggis a effectué un réel travail sur certains détails narratifs parfois un peu faibles dans Pour elle. Dans la version originale du film, lors de la rencontre entre Julien et l’ex-voyou champion de l’évasion Henri Pasquet, ce dernier semble livrer ses conseils sans aucune contrepartie. Un détail qui peut paraître curieux et que Paul Haggis a choisit de modifier. Pas de bénévolat chez les bandits du capitalisme américain ; la version US du personnage se sert abondamment dans le portefeuille du héro au terme de l’entretient.
Autre détail revu et corrigé, l’utilisation d’une balle de tennis percée pour ouvrir la porte d’un van, simplement laissé ouverte dans la version originale. Une technique trouvée sur Internet qui peut paraître curieuse mais qui à le mérite de corriger une facilité du scénario français.
Le réalisateur américain a ajouté de nombreux rebondissements imprévus et cafouillages dans le plan du personnage principal pour souligner son amateurisme. Au départ, John pense pouvoir faire sortir sa femme d’un pénitencier ultra surveillé avec une clé factice. Un plan grossier, témoin de l’inexpérience et de la confusion du personnage, qui manque de peu de l’envoyer rejoindre sa femme derrière les barreaux.
Enfin, dans la dernière partie du film, la police reconstitue le plan de travail géant élaboré par le héros sur un mur de sa maison. Dans la version française, les enquêteurs passent à coté d’une photo clé, celle de la destination du couple. Encore une fois Paul Haggis ne cède pas à cette facilité et s’en sort avec une adroite pirouette.
Alors bien sur Les trois derniers jours sombre parfois dans les travers du rebondissement intempestif mais tous ces petits accrocs apportent de la substance à un plan, en théorie impossible, qui dans le film français passe comme une lettre à la poste.

L'histoire : John Brennan, sa femme Lara et leur enfant vivent un bonheur sans nuage, jusqu'au jour où elle est arrêtée pour un meurtre qu'elle nie avoir commis. T[…]
