C'est le moment fatidique ! La deuxième partie de Harry Potter et les reliques de la mort est enfin sur les écrans. Les deux films ont pour mission d'offrir une belle conclusion à une saga littéraire et cinématographique devenue culte. Pari gagné ?

Par Anne Louise ECHEVIN - publié le 13 juillet 2011 à 07h31 ,
MAJ le 13 juillet 2011 à 10h06 - 2 commentaire(s)
Ca y est ! C'est la fin. Le dernier tome de la saga Harry Potter est enfin sorti sur les écrans. La fin d'une attente, longue de dix ans. La fin d'une saga littéraire qui a envahi les écrans alors qu'elle n'était même pas encore terminée. Divisé en deux parties pour le cinéma, Harry Potter et les reliques de la mort se doit d'être une conclusion à la hauteur de l'engouement littéraire et cinématographique qu'a représentée cette franchise. Aux commandes, on retrouve David Yates, derrière les adaptations de L'Ordre du phoenix et du Prince de sang-mêlé. Challenge relevé ? Oui. Explications (sans spoilers).
Harry Potter et les reliques de la mort - 2e partie de David Yates
 

David Yates a-t-il rattrapé ses erreurs ?

 

Le choix de reprendre David Yates pour la cruciale adaptation du final de Harry Potter était périlleux. Même si L'Ordre du phoenix et Le Prince de sang-mêlé ne manquait pas de bons éléments, ces deux films sont parmi les plus ratés, sur le point de vue de l'adaptation, de la franchise. Pourquoi ? Parce que, au lieu de se concentrer sur les enjeux cruciaux se développant à ce moment là, les deux films mettaient beaucoup trop en exergue le côté romantique des livres : Harry Potter et ses amis découvrent l'amour. Mais le temps n'était plus à la rigolade, et on ne peut s'empêcher de penser que la franchise du sorcier à lunettes se trouvait bien trop sous la mauvaise influence de Twilight. Avec Harry Potter et les reliques de la mort, surtout la première partie, le risque de sombrer davantage dans cet aspect comédie pouvait se retrouver exacerbé, Harry, Ron et Hermione étant quasiment les seules personnages à l'écran.

 

Et pourtant, David Yates et les scénaristes sont repartis sur de bonnes bases. Remis au second plan, mais pourtant absolument pas laissé de côté, le triangle amoureux s'efface au profit de la quête des Horcruxes. Comme si l'équipe du film avait enfin compris ce qui faisait l'essence de cette saga : un passage de l'aspect gentiment magique à une ambiance de fin du monde proche. Les ténèbres sont désormais partout, et il faut les combattre. Et c'est au sein de cette noirceur que l'histoire faite d'amitié et d'amour prend tout son sens, notamment lorsqu'un Horcruxe se révèle à Ron, lui montrant ses pires cauchemars, pour le corrompre. L'équilibre est ainsi retrouvé. Alléluia ! La fin peut alors vraiment commencer.

 

Harry Potter et les reliques de la mort 2e partie de David Yates

 

 

Division en deux films : bonne idée ?

 

Deuxième décision qui a fait débat : celle de diviser le livre Les Reliques de la Mort en deux parties. Certes, le roman est assez imposant, mais bien moins que ne l'étaient les tomes 4, 5 et 6. S'en sont suivies de longues discussions arguant de l'aspect purement commercial de ce choix (deux films, deux fois plus de dollars). D'autant plus que Harry Potter et les reliques de la mort se démarquait par des longueurs certaines, les personnages discutant, déambulant ou se posant à différents endroits sans trop rien faire. Surtout, encore une fois, dans la première partie. Et s'il y avait une chose qu'on ne pouvait guère reprocher à la saga cinématographique jusque là, c'était de manquer de rythme. Quid des films ?

 

Au final, cette décision s'avère positive. Certes, Harry Potter et les reliques de la mort - partie 1 ne manquent pas de certaines longueurs un peu pesantes. Mais le film en acquiert presque une dimension nouvelle, se plongeant dans une ambitieuse post-apocalyptique de fin du monde, où tout est en suspens. De plus, s'agissant du dernier tome de la franchise littéraire, il était important de mettre à plat toutes les sous intrigues qui restaient jusque alors en suspens. Il s'agit de l'un des rares volets de la franchise où les digressions (récits parallèles, flashbacks) ont une importance absolument capitale. La saga commence alors à acquérir une certaine dimension mythologique qui lui manquait jusque là. On pense au récit concernant les fameuses Reliques de la Mort, au choix excessivement pertinent à l'écran : celui d'un conte (ce dont il s'agit au départ) sous forme d'ombres chinoises. Se posent aussi les nombreuses questions concernant Albus Dumbledore. Qui était-il vraiment ? Un être aussi parfait qu'il semblait l'être ou un manipulateur sans peu de scrupules ? Encore une fois, on pourra reprocher que cet aspect là ne soit pas autant souligné dans le film que dans le roman, mais il l'est bien assez pour satisfaire les fans. Car, avant d'être celui de la bataille finale qui décidera du sort du monde, Harry Potter et les reliques de la mort est le volet révélant la véritable nature de chaque personnage. Nature dont ils n'ont eux-mêmes pas encore conscience. Et, de ce point de vue là, c'est une réussite.

 

Harry Potter et les reliques de la mort 2e partie de David Yates

 

 

Les personnages avant tout... Tous les personnages

 

Il faut garder à l'esprit que J.K. Rowling a toujours surveillé de près le développement des films. Et, quelques soient leurs défauts, il faut reconnaître que ceux-ci ont toujours rendus hommage à leurs personnages. Du point de vue « psychologique », Harry Potter et les reliques de la mort est certainement le livre le plus important de la saga. Chaque personnage, face à une terrible adversité, se révèle réellement. Les gentils ne le sont pas toujours, les méchants ne le sont pas toujours non plus. Exception faite de Voldemort. Bon, et aussi de Bellatrix Lestrange (trop côtoyer les Détraqueurs, ça vous dérègle le cibolo). Il s'agit de l'une des principales idées du roman : il est l'heure de choisir un camp, et les faux semblants ne sont plus possibles. Et les scénaristes ont parfaitement intégrés cela, mettant l'accent sur chaque petit geste, chaque petite action qui peut trahir la véritable nature d'un personnage. Tous doivent y faire face : Harry peut-il faire confiance à Dumbledore et accepter un irrémédiable et noir destin ? Ron, atterré par les dangers auxquels sa famille fait face pour Harry, pourra-t-il suivre avec foi un ami qui semble encore plus perdu que lui ? Hermione, entre son amitié pour Harry et son amour pour Ron, pourra-t-elle être indéfiniment l'un des liens les unissant tous les trois ? Draco se doit-il de suivre aveuglément la voie de ses parents et devenir un Mangemort ? Nombreuses sont les problématiques, et l'on sent constamment la volonté des scénaristes et du réalisateur de se pencher sur chaque personnage, de leur donner un fugace mais essentiel moment de gloire (ou de déchéance, c'est selon).

 

Harry Potter et les reliques de la mort 2e partie de David Yates

 

 

Intime et spectaculaire

 

Côté personnages, la fidélité est donc de mise, malgré quelques petits oublis et raccourcis ici et là, mais rien de bien méchant. Surtout lorsque l'on compare à d'autres films de la franchise où les coupes drastiques en auront fait bondir plus d'un ! L'autre défi du film concernait l'action. Loin des sympathiques combats contre des dragons pour le fun, ce Harry Potter poursuit la lignée déjà entamée depuis le cinquième tome : se battre, oui, mais pour sa vie et pour celle d'un peuple, et des hommes en général. Et si la magie peut être sympathique (comme elle l'était au début), elle devient maintenant un pur instrument de mort. Qui plus est, au-delà de cet aspect, les combats se devaient d'acquérir une dimension encore plus spectaculaire. Il ne s'agit plus seulement de duels, mais aussi de guerre. Et, sur ce plan là, les deux films vont peut être encore plus loin que le livre. La raison est que J.K. Rowling décrit l'action, mais reste en général assez vague. Les descriptions sont justes assez précises pour laisser imaginer ce qu'il se passe, sans vraiment de détails particulièrement fragrants. Or, dans un film tel que Harry Potter, il aurait été bête de ne pas exploiter à 100% tout le potentiel « cinégénique » que génère une guerre entre sorciers, accompagnés de diverses créatures plus extraordinaires les unes que les autres.

 

Le film réussit là où les romans échouaient quelque peu (mais là n'étaient pas leur toute première priorité) : offrir un final avec un véritable souffle épique. Prenons le cas le plus important : celle de la bataille de Poudlard. Accompagnée d'une partition musicale efficace, David Yates offre certainement les images les plus puissantes de toute la saga, absentes où survolées dans le roman : le réveil des chevaliers de pierre, la création du dôme protecteur. De même, à la manière d'un Seigneur des Anneaux, (Harry Potter étant sous forte influence de l'oeuvre de Tolkien avec les Horcruxes) la bataille est vue de l'intérieur du château tout comme de l'extérieur, chez les assaillants. Et David Yates réussit plusieurs petits exploits dans cette bataille finale (on restera assez vague pour ne point trop spoiler), malgré quelques coupures de rythme ici et là : le souffle épique, donc, tout d'abord.

 

Deuxièmement : il ne perd jamais de vue ses personnages dans ce qui aurait pu devenir un immense foutoir guerrier. Troisièmement, il arrive à utiliser son arrière-plan pour souligner les ravages de la guerre, et il s'agit là d'un aspect quasiment absent du roman (les plus jeunes élèves sont évacués, les pertes humaines sont « limitées »). Pas de pitié ici, et si rien n'est directement flagrant, la violence d'arrière plan de ce Harry Potter et les reliques de la mort - Partie 2 est absolument saisissante : jeunes adolescents blessés ou morts, le sang domine, et aussi la totale destruction du château de Poudlard, qui fut un havre de paix pour tous. Comme un symbole pour la fin de la saga. A l'école des sorciers, nous ne retournerons pas...

 

Harry Potter et les reliques de la mort 2e partie de David Yates

 

Harry Potter et les Reliques de la Mort (les deux parties) est certainement la meilleure adaptation de toute la franchise. Fidèle, et malgré quelques petits problèmes de longueurs, elle rend largement hommage au dernier tome écrit par J.K. Rowling, même si les livres auront toujours une petite saveur en plus dans le cœurs des fans : plus de détails, plus de magie. On regrettera quelques petits éléments, comme le combat final entre Voldemort et Harry Potter, duel certes impressionnant, mais isolé et purement magique, là où le roman proposait une bataille aussi « psychologique » entre les deux sorciers. Mais le film de David Yates offre un magnifique écrin à la fin de Harry Potter (malgré l'épilogue final, le même que dans le roman, absolument inutile) : sombre, désespéré, désenchanté. Et des ténèbres naissent souvent les plus grandes histoires, et l'espoir et le courage y prennent une valeur particulière. Il est temps d'écouter le générique de fin, de se souvenir de la dernière page du livre que l'on a tourné il y a quelques années. Il y a de quoi être nostalgique, mais pas trop : un livre peut toujours être réouvert et redécouvert, un film a toujours des choses à montrer. Harry Potter, c'est fini ? Cela dépend de chacun de nous. Long live Potter !


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