Nicolas Vanier nous fait partager son expérience du Grand Nord et évoque les rapports entre un peuple, les Evènes, et les loups...

Par Magali MENIN - publié le 09 décembre 2009 à 13h24
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Après avoir réalisé Le Dernier Trappeur, Nicolas Vanier revient avec un film intitulé sobrement Loup. Adapté du roman du même nom et écrit par l'aventurier au retour d'une expédition en Sibérie, Loup évoque le quotidien des Evènes, petit peuple nomade éleveur de rennes, pour qui les loups représentent le plus grand des dangers. L'occasion pour Nicolas Vanier de nous faire partager son expérience du Grand Nord et d'évoquer les difficultés rencontrées au quotidien par ces futurs réfugiés climatiques. 
 
« Je pense que le crise que nous traversons actuellement va être salutaire pour l'homme et pour la planète »
 
Pourquoi avoir choisi de porter à l'écran le quotidien des Evènes ?
J'ai découvert ce peuple totalement par hasard lors d'une expédition en 1990. J'ai appris à le connaître et j'ai eu envie d'écrire sur les loups car ils font partie de la vie et du quotidien des Evènes. Ils en parlent sans arrêt car ils doivent protéger leurs troupeaux de rennes des attaques des loups. Je ne me suis donc jamais demandé si ce peuple allait faire partie de l'histoire que je racontais car Loup c'est l'histoire de ce peuple.
 
Vous avez vécu avec les Evènes pendant plusieurs mois, qu'avez-vous appris de cette expérience ?
J'ai appris qu'il ne servait à rien de posséder beaucoup de choses pour être heureux, c'est la principale leçon que j'en ai tiré. Les Evènes ont un bonheur de vivre évident alors qu'ils n'ont aucun bien de consommation, mais ils ont l'essentiel, c'est-à-dire l'harmonie avec leur territoire et avec la nature qui leur offre tout ce dont ils ont besoin pour vivre.  

 

Loup de Nicolas Vanier
 
Les loups ont la réputation d'être des animaux dangereux, hors dans Loup vous avez choisi d'en faire des animaux plutôt sociables, pour quelles raisons ?
J'ai montré le loup tel qu'il est réellement. Les louveteaux sont relativement sociables durant les premières semaines de leur vie, puis ils deviennent au fil des mois de redoutables prédateurs qui mangent les entrailles d'un renne encore vivant, comme on peut le voir dans le film. Malgré les apparences le loup n'est pas un animal que l'on peut apprivoiser et c'est tant mieux. Les loups ne sont pas des chiens.
 
Avez-vous rencontré des obstacles particuliers lors du tournage ?
On a rencontré que ça (rires), mais on ne partait pas là-bas pour chercher la facilité. Tourner avec des loups et des rennes en Sibérie, c'est un vrai millefeuille de difficultés.  C'était tous les jours une aventure. Il a fallu faire preuve de beaucoup de patience mais on savait dès le départ qu'il faudrait franchir des obstacles pour obtenir ce que l'on voulait.
 
Loup est-il un film militant ?
Loup est un film militant à destination des enfants. On a livré un matériel pédagogique pour que les enseignants puissent aborder avec leurs élèves la question du réchauffement climatique. Ce film est, je crois, une porte d'entrée très ludique pour aborder des sujets environnementaux graves.  
 
Mais Loup n'aborde pas les problèmes écologiques de manière directe, ils sont à peine évoqués dans le film...
Je connais bien le jeune public et je peux vous dire que les gaz à effet de serre et le réchauffement climatique, les enfants s'en foutent complètement. En revanche quand on raconte l'histoire de petits peuples comme les Evènes et qu'on explique que bientôt ils ne vont plus pouvoir vivre comme ils le font depuis des millénaires car il va faire de plus en plus chaud, les enfants réagissent. Ils posent des questions, demandent ce que l'on peut faire pour les aider. C'est à ce moment là et uniquement de cette façon qu'on peut leur parler d'écologie et les sensibiliser à ce problème. Je pense vraiment qu'il faut parler au cœur pour que la tête entende. Loup est construit de cette façon.

 

Loup de Nicolas Vanier
 
Pensez-vous qu'on parle trop d'écologie aujourd'hui ?
Je crois surtout qu'on en parle mal. Je pense qu'on est trop négatif, notamment auprès des jeunes. Moi, j'essaye toujours de faire passer un message positif. Je pense que la crise que nous traversons actuellement va être salutaire pour l'Homme et pour la planète. On sait aujourd'hui qu'on doit définitivement changer de cap. On sait que l'humanité doit inventer un autre modèle pour l'avenir et je dis aux jeunes que c'est une bonne nouvelle. J'en ai marre d'entendre dire que dans les années qui viennent il va falloir se restreindre, que ça va être contraignant. Au contraire, les solutions qu'on va devoir apporter vont nous permettre de comprendre qu'avoir  toujours plus n'aboutit à rien. Je dis aux jeunes que les métiers qui vont émerger de cette crise vont être formidables. C'est un message d'espoir qu'il faut faire passer.
 
Vos expéditions ont donné lieu à de nombreux documentaires, aujourd'hui, vous semblez vous tourner vers la fiction. Pour quelles raisons ?
C'est peut-être totalement contradictoire, mais après des années de réalisation de documentaires j'ai accumulé énormément de frustrations. J'avais l'impression de réaliser des films qui étaient en décalage total avec la réalité. Pour vous donner un exemple concret, quand j'ai passé un an à filmer les Evènes, je n'ai pas pu montrer une seule image de loups, parce qu'à chaque fois qu'on voyait un loup, les Evènes tiraient dessus. Quand on est tombé dans un trou de glace, j'ai cherché à sauver ma peau, celle de mes amis et des rennes, je n'ai pas sorti la caméra. Dans les documentaires, il manquait toujours beaucoup de choses pour retranscrire la réalité telle qu'elle est. La fiction m'a donné les moyens de le faire.
 
Que représente pour vous le cinéma ?
L'émotion, indéniablement. C'est toujours, à mon avis, ce que l'on doit rechercher dans chaque image, dans chaque personnage.
 
Avez-vous d'autres projets de film ou d'expédition ?
J'ai plusieurs projets d'expéditions d'autant plus que j'ai des chiens de traineaux qui viennent de naître. Concernant les films, je compte en faire encore un. Ce sera le dernier.
 
 
 
Propos recueillis par Magali MENIN
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