Il y a actuellement des phénomènes économiques et politiques inexpliquables... La crise mondiale a engendré une forme de chaos dans les repères habituels et on en arrive désormais à prêter de l’argent aux banques. Sens dessus-dessous, les industries et entreprises, quelles qu’elles soient, doivent désormais rivaliser d’ingéniosité pour relancer leurs croissances. Certaines licencient, d’autres innovent, tandis que plusieurs recyclent. Qu’en est-il des comédiens français qui tentent eux aussi de mener leur petit navire à bon port ? Ils ont trouvé une solution en or. Pour pallier les effets de la crise, ils ont décidé de s’exporter. En moins de dix ans, les comédiens français, ainsi que de nombreux cinéastes de films de genre, se sont désormais tournés vers le cinéma étranger. Pour certains, c’est quasiment devenu leur fond de commerce depuis plusieurs années. Pour d’autres, ils foulent depuis peu les tapis rouges luxueux des premières américaines... Quels sont les projets de nos acteurs labellisés
Made In France ? Et pourquoi cette vague de migrations ? L’accueil qu’on leur réserve est-il aussi généreux qu’il paraît ?
J’irai dormir à Hollywood, le doc-trotteur d’Antoine de Maximy a vu juste. Le rêve américain n’est pas encore mort et semble de plus en plus nourri par une génération entière de jeunes comédiens et cinéastes prêts à faire pieds et mains pour aller réussir au pays de l’oncle Sam. La liste est longue : Marion Cotillard, Saïd Taghmaouï,
Mélanie Thierry,
Romain Duris, Mélanie Laurent,
Vincent Cassel,
Guillaume Canet,
Alain Chabat, Cyril Rafaelli,
Mathieu Amalric, Gaspard Ulliel,
Simon Abkarian,
Audrey Tautou,
Eva Green... Sur ces trois dernières années, tous ces comédiens, souvent têtes d’affiche sur notre territoire, sont allés tâter de la pelloche sur le sol américain. Alors que le phénomène ne s’appliquait encore que très récemment à une caste très fermée composée de
Jean Reno, Juliette Binoche,
Gérard Depardieu ou
Christophe Lambert, le cinéma étranger et plus particulièrement américain s’est finalement tourné vers une toute nouvelle génération, plus jeune, plus fougeuse, plus à la page. Et même si les acteurs français, depuis toujours, allaient faire un tour aux USA, cela ne durait jamais très longtemps...
Aujourd’hui, plus que jamais, le cinéma français rime avec glamour, subtilité, intelligentsia et la french touch est devenue l’apanage du ciné underground, du renouveau des grosses franchises ou des comédies fines et légères. La french touch est partout. Quand on sait que seuls les films d’auteur français trouvent un distributeur sur le sol américain et que d’autres productions comme
OSS 117, MR73 ou Cash font des fours à l’international, on comprend alors que ce qui est recherché, c’est cette image très auteurisante de nos cinéastes et comédiens. En 2008, les chiffres le prouvent :
Le scaphandre et le papillon, Il y a longtemps que je t’aime,
Hors de prix,
Roman de gare ou
Un conte de noël totalisent, réunis, un total de près d’ 1 200 000 entrées aux USA soit près de 12 millions de dollars de recettes.
Ne le dis à personne, quant à lui, s’est hissé à 6,1 millions de dollars.
Jean Reno est devenu l’archétype du Français dont la carrière aux USA ne ressemble plus qu’à un fourre-tout...
Godzilla,
Rollerball,
La panthère Rose ou
Da Vinci Code ont tué sa côte de crédibilité. Aux yeux du public américain, il n’est même plus français. Il fallait donc lui trouver un ou des remplaçants. Le star-système de ce nouveau millénaire, un modèle très hollywoodien qui semble reprendre de sa superbe depuis le milieu des années 1990 (après l’effacement considérable du comédien dans les années 1970 et 1980 au profit des personnages), remet sur un pied d’estale les jeunes comédiens, leurs capacités à faire rêver, leur attrait physique et dans notre cas précis : leur exotisme. Marion Cotillard en est l’exemple parfait. Alors que des comédiennes comme
Virginie Ledoyen (
La plage),
Sophie Marceau (
Braveheart,
Le monde ne suffit pas) ou
Emmanuelle Béart (Mission Impossible) se sont une à une cassées le nez sur le chemin pentu qui mène à la gloire US, la jeune comédienne française est parvenue sans crier gare à se faire une petite place aux seins de productions menées par les occupants de la cour des grands.
Tim Burton,
Ridley Scott,
Michael Mann, et prochainement,
Christopher Nolan et Rob Marshall, la liste s’allonge quasiment chaque mois avec un nouveau projet sur les rails. Son secret ? Faire mine de ne pas y prêter attention. Son succès outre-Atlantique, consacré par son Oscar obtenu pour son rôle d’Edith Piaf dans
La môme, l’aurait rendue encore plus nonchalante et désinvolte qu’elle ne l’était déjà. En jouant à celle qui s’en foutait, Cotillard a bien compris le petit jeu du système américain, qui s’apparente à une relation amoureuse conflictuelle : tu me fuis, je te suis, je te fuis, tu me suis. Les comédiens français n’ont pas besoin d’Hollywood pour réussir et c’est ce qui plaît aux studios...
Ainsi, les acteurs bien de chez nous sont partout. Et contrairement à ces dix dernières années, où les comédiens has-been français se réfugiaient aux USA, ce sont désormais ceux qui comptent actuellement au sein de l’industrie cinématographique française qui viennent jouer de leur accent sur les plateaux américains.
Mathieu Amalric et
Simon Abkarian font les grands méchants dans un reboot impressionnant de la franchise 007, Mélanie Laurent casse du nazi dans le dernier Tarantino,
Vincent Cassel fait de la capoiera sous l’oeil avisé du cinéaste le plus « in » de Los Angeles,
Guillaume Canet fait du gringue à Keira Knightley et
Eva Mendes,
Eva Green multiplie les couvertures de magazines, Gaspard Ulliel nous la joue
Anthony Hopkins et
Alain Chabat fait le comique aux côtés de
Ben Stiller. Il est donc loin le temps où la french touch se résumait aux nanars de
Christophe Lambert, aux comédies douteuses de Depardieu et Reno ou au joli minois sous-exploité de Juliette Binoche. La France nous rejoue un épisode des
Envahisseurs et semble investir sans scrupules les écrans de l’Oncle Sam.
Le revers de la médaille, les comédiens français semblent ne la connaître que trop bien et les exemples cités ci-dessus font désormais office de garde-fou. Tout est question d’équilibre. Tourner en France puis à l’étranger… et ainsi de suite. Dans les deux cas, bien choisir ses réalisateurs. Un acteur français ne vous dira plus jamais qu’il souhaite réussir outre-Atlantique car désormais la règle est simple, si vous foulez le sol des USA, c’est que vous avez déjà réussi. De l’immigration positive en somme...