Né le 6 Aôut 1962, Marc Lavoine fait partie de ces artistes aux multiples casquettes. Aussi à l'aise dans la chanson qu'au cinéma, l'homme a su prouver, depuis de très nombreuses années, toute l'étendue de son incommensurable talent. Cette semaine, à l'occasion de la sortie en salles du premier film réalisé par Julien Rambaldi, Les Meilleurs amis du monde, (re)découvrons la carrière d'un homme particulièrement brillant.

L'image-même du séducteur
A l'instar de Florent Pagny, Marc Lavoine débute timidement aux débuts des années 80, face caméra, avant de très vite s'illustrer dans le domaine musical. C'est en effet là qu'il se fait un nom. Parmi ses titres les plus célèbres, on peut bien évidemment citer Elle a les yeux révolver, Pour une biguine avec toi, Même si, Tu me suffiras, J'ai tout oublié, Je me sens si seul, Toi mon amour et plus récemment encore Rue des Acacias. Se crée alors une image de séducteur romantique, notamment par la beauté et la douceur de ses textes. Son charisme aidant, le cinéma ne tarde donc pas à le recruter une fois encore. Inévitablement, le jeune homme y développe son personnage d'enjôleur. En 1984, sous la direction de Claude Chabrol, il apparaît dans L'Enfer aux côtés de François Cluzet et d'Emmanuelle Béart. L'histoire, s'inspirant d'un long métrage inachevé d'Henri-Georges Clouzot, évoque la jalousie d'un homme (admirable Cluzet) tombant progressivement dans la folie, persuadé que sa femme le trompe. Bien que secondaire, Marc Lavoine trouvait là son premier grand rôle. Il est le play-boy de service, celui que l'on redoute par dessus tout. Belle performance. En conséquence de quoi, l'acteur se remarque et commence à accumuler les propositions. L'année suivante, Elie Chouraqui le convie par exemple face à Jean-Hughes Anglade et Valeria Bruni-Tedeshi dans Les Menteurs. Inintéressant. Quelques bides (Le double de ma moitié, Deception) et autres caméos plus tard (Ma femme est une actrice, Les clefs de bagnole), Marc Lavoine fait enfin une rencontre décisive en la personne de Marc Esposito. On est en 2003. Le coeur des hommes s'intéresse à une bande d'amis, inséparables malgré diverses embrouilles, partageant une seule et même passion, les Femmes. Marc Lavoine est Alex, dragueur invétéré. Il captive, charme puis détruit, la plupart du temps sans s'en rendre compte. A l'arrivée, il ne s'agit que d'un enfant, incapable de gérer ses émotions ainsi que son extrême sensibilité. Le second épisode, réalisé en 2007, étoffera ce caractère au point de le voir souffrir à son tour, largué par une femme qu'il a jadis trompé. Une réaction typiquement masculine. Ce diptyque (provisoire, un troisième épisode se développant actuellement) remporte un très large succès dans les salles.
Cependant, Marc Esposito ne se limite pas à un seul trait propre à Marc Lavoine, mais explore au contraire l'intégralité de sa nature. Avec Toute la beauté du monde, inspiré de son propre roman, le cinéaste décrit un être profondément humain. Ne recevant pas l'Amour d'une femme dont il est malheureusement épris, l'homme tente malgré tout de la chérir comme il le peut et d'en devenir l'ami incontournable. Une autre manière de conquérir... En 2009, dans un domaine assez différent, Elie Chouraqui lui propose un personnage certes avenant, mais encore plus délicat et intelligent qu'au préalable. D'ailleurs, la romance existe dès le départ entre Isabelle et Antoine. Seul bémol : la présence d'un enfant né d'un ancien mariage et qu'il convient désormais de captiver. D'autant plus qu'il ne supporte pas cette nouvelle relation et qu'il semble être prêt à tout pour la détruire. Au grand dam des adultes... En ce sens, Celle que j'aime révolutionne quelque peu le genre de la comédie sentimentale. On se laisse alors séduire par ce film d'une efficacité à toute épreuve, même si la qualité principale se trouve en grande partie dans le casting. Il est vrai qu'ici le metteur en scène ne prend pas énormément de risques. Le duo Marc Lavoine / Gérard Darmon n'a rien d'inédit puisqu'il a déjà séduit quelques millions de spectateurs (cf Le coeur des hommes, 1 & 2). Mais peu importe. Il fonctionne à plein régime et se révèle même beaucoup plus drôle de par leur « activité » respective, avec d'un côté l'ex-mari de Barbara Schultz, et de l'autre le nouvel amant. Ainsi donc, Darmon joue l'ironie avec beaucoup de classe, face à Lavoine, touchant d'innocence voire de romantisme. Ils forment ensemble un couple d'antagonistes un peu classique, mais à la truculence rare. Une réussite.
Un acteur surprenant
Au delà de cette représentation, à la limite du cliché diront certains, le comédien Marc Lavoine s'avère être aussi profondément complet, susceptible de jouer n'importe quoi. Sa toute première participation cinématographique en est la preuve irréfutable. En 1984, il se présente ainsi devant les spectateurs français sous les traits d'une créature cybernétique, répliquant à Eddy Mitchell et Jean Rochefort dans l'ovniesque Frankenstein 90. Un nanar de la pire espèce, mi-comédie mi-film d'horreur, dont on peine encore aujourd'hui à saisir l'ensemble des nuances. Venant d'Alain Jessua (Armaguedon, Les chiens...), on en attendait davantage. Mais Lavoine s'en moque. Il faut bien débuter et avec de tels partenaires, les risques semblaient amoindris. En 2002, l'acteur réitère l'expérience, attiré par le script de Blanche, oeuvre de « cape et d'épée » complètement décalée. Hélas, énième ratage. Après deux titres exceptionnels (Les Démons de Jésus et Les grandes Bouches), Bernie Bonvoisin se fourvoie dans la vulgarité la plus totale, sans âme ni fond. Quelques répliques mémorables (« Me prendriez-vous pour une trompette ? », « Tu es à deux doigts de la trappe, on dit même que tu tapes dans la caisse... - ça, je ne le permettrai pas. -Tais-toi connasse !! », « Je vous enfile de face ? », « Ooh putain, je suis en pleine descente ! »...) et des interprêtes en roue libre (ce qui est toujours aussi plaisant à voir, José Garcia, Carole Bouquet et Gérard Depardieu en tête...), ne suffisent pas à nous convaincre. Marc Lavoine, heureusement, ne fait que passer. On préfère, et de très loin, son incursion dans le genre du polar (L'homme de la Riviera, de Neil Jordan, avec Nick Nolte, Tcheky Karyo, Ralph Fiennes, Emir Kusturica et Gérard Darmon) ou bien du drame, tel Liberté, un film bouleversant réalisé par Tony Gatlif et diffusé il y a peu sur nos écrans, traitant avec poigne de la déportation des Roms durant la Seconde Guerre.
En parallèle, Marc Lavoine donne de sa voix dans divers longs métrages d'animation. Le plus illustre, Kung Fu Panda, lui donne l'occasion d'incarner un dangereux léopard du nom de Tai Lung. L'acteur démontre d'ailleurs une attirance toute particulière pour les méchants, car deux ans auparavant, il doublait déjà le terrible Darkos, au service d'Arthur et les Minimoys.
Aujourd'hui, le voilà de retour à l'affiche d'un formidable délire signé Julien Lambardi, Les Meilleurs amis du monde. Il y compose avec Pierre-François Martin-Laval un duo simplement irrésistible, avec d'un côté le beauf prétentieux, de l'autre le pauvre type bien plus malin qu'il n'y paraît (à condition de le pousser vraiment). Une fois n'est pas coutume, Lavoine se lâche jusqu'à l'extrême, au point de révéler un personnage terriblement antipathique, face à Martin-Laval tout en retenue. Drôle et incisif, le film réunit absolument tout ce que l'on est en droit d'attendre d'une bonne comédie française voire même beaucoup plus.
En somme, avec Marc Lavoine, il n'y a jamais de demi-mesure. Cet artiste au grand coeur s'adresse à un large public, partagé entre cette passion artistique qui l'anime et l'envie de plaire. Pour cela, il peut tout aussi bien jouer les embobineurs que les rébarbatifs. Un vrai talent.
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