A chaque festival de Cannes, un petit monde underground grouille dans les salles adjacentes de la Croisette. Autour du palais, les acheteurs potentiels et les journalistes curieux viennent apprécier les buzz d'hier et les acquisitions de demain. Loin des tapis rouges et du glamour ambiant, les salles du marché du film respire le sang, le sexe et le rock'n'roll... Voici nos découvertes et nos plaisirs de cinéphiles, forcément coupables.
SUCK
On commence avec les vampires canadiens de Suck, réalisé par Rob Stefaniuk, un road trip aux dents longues où cinq musiciens rock vont subir les conséquences de la transformation d'un des membres du groupe. Parfois amusant et assez pénible à la longue. Une comédie filmée comme un clip sans génie qui recèle un running gag à base de "Ce n'est pas du tout ce que vous croyez", un vampire méchant méchant nommé Queen et des guests de luxe : Malcom McDowell, Iggy Pop, Moby et Alice Cooper (d'ailleurs, on y a été pour eux). Reste une bande-son remuante et des acteurs qui y croient. NS
ROOM IN ROME
Moins de sang mais plus de chair avec Room in Rome (Habitacion en Roma), huis clos érotique de Julio Medem avec Elena Anaya (le feu) et Natasha Yarovenko (la glace), toutes deux magnifiques de justesse et de morphologie. La structure narrative construit un puzzle obsédant autour de la réelle identité de ces deux jeunes femmes qui se découvrent. Flamboyante, léthargique, hallucinante ou navrante, cette mécanique des corps en fusion émoustille autant qu'elle ennuie. On passe du risible au divin en un battement de plan mais le cinéaste sait où poser sa caméra pour créer le désir et l'émotion. A ce niveau, les plans séquences sont aussi somptueux que les actrices mais on hésite encore : poétique bouleversante ou nanar racoleur ? Une chose sûre : le souvenir organique reste. NS
THE HUMAN CENTIPEDE
On l'attendait cette ignominie filmique, cet objet de terreur venu des Pays-Bas : The Human Centipede ou comment un chirurgien allemand (Dieter Laser, époustouflant de nazisme) kidnappe trois personnes (Ashley C. Williams, Ashlyn Yennie, Akhiro Kitamura) pour les transformer en système digestif à quatre pattes. Ce qui n'est pas montré est finalement ce qui est le plus terrifiant. Comme souvent, nos propres démons prennent le pas sur la réalité audiovisuelle. Les scènes choc ne tournent pas à vide mais sont tellement attendues que leur réalisation devient superflue. Mine de rien, The Human Centipede travaille tout de même au corps et remplira de satisfaction malsaine les plus voyeurs d'entre nous. Les autres se marreront peut-être avec un rire défensif assez commun dans les cas d'horreur extrême. NS

TRASH HUMPERS
Dans les années 90, Harmony Korine avait un projet de long métrage, initialement intitulé "Fight Harm", où l'enjeu consistait à aller dans la rue pour provoquer et se battre avec des mecs trouvés au hasard. Au bout de la sixième altercation, qui l'a envoyé à l'hôpital, il abandonne le défi - même s'il reste quarante minutes de rush. Trash Humpers découle de cette veine sale : on y suit les membres d'une famille de psychopathes qui épuisent leur quotidien en sodomisant des poubelles et en trouvant dans l'art un exutoire à l'horreur du monde. A l'écran, le résultat dont découle une poésie accidentelle évoque surtout Gummo, son premier film, et repose sur des happenings lorgnant vers la série des August Underground Mordum, la surenchère en moins, la touche arty en plus. On peut trouver ça répulsif. Mais aujourd'hui, Harmony Korine reste l'un des seuls, avec Crispin Glover (What is it?), à proposer des expériences aussi autistes. RLV
DYLAN'S WAKE
On avait remarqué Omar Naim avec Final Cut, un petit thriller dans lequel Robin Williams (dans sa période dark side, entre Photo Obsession, de Mark Romanek et Insomnia, de Christopher Nolan) jouait un "monteur" chargé de créer le condensé de l'existence d'un défunt, à l'aide d'une puce enregistreuse placée dans le cerveau dès la naissance du client. Il revient en ne quittant pas ce créneau post-mortem en s'attachant à un jeune employé des pompes funèbres (Nick Stahl, vu dans Sin City) embarqué dans un imbroglio surnaturel et romantique. Deux femmes s'invitent dans sa vie : un ancien amour (Amy Smart) et une junkie (Rose McGowan) - l'une comme un fantôme, la seconde comme un mal de tête. Plus le récit avance, plus il se révèle hélas qu'une énième déclinaison de L'échelle de Jacob (Adrian Lyne, 1991) où un personnage perdu dans les limbes doit distinguer les anges des démons. En dépit d'un twist final attendu, le film retient l'attention pour ses interprètes qui tentent d'injecter un peu de profondeur et de sensibilité à cet univers mental et surtout pour la mise en scène d'Omar Naïm, de la précision des cadres aux trouvailles sonores et visuelles. RLV

L'histoire : Une nuit, deux jeunes américaines en voyage à travers l'Europe, tombent en panne en plein milieu d'une forêt. Par chance, elles découvrent une maison […]
