Par - publié le 29 mars 2006 à 12h01 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h51 - 17 commentaire(s)
Après Virgin Suicides, coup d'essai, coup de maître, et Lost in Translation, rencontre aérienne de deux êtres que tout oppose mais que la solitude rassemble, Marie-Antoinette, le prochain projet de Sofia Coppola, constitue sans peine l'un des événements les plus attendus de l'année. On l'attend au prochain festival de Cannes et dans les salles le 24 mai prochain.



1999: Sofia Coppola surprend le monde de la cinéphilie avec Virgin Suicides, adaptation du roman éponyme de Jeffrey Eugenides, dans lequel la demoiselle scrute sur bobine les regards vides et les visages ternes du clan Lisbon, cinq soeurs qui, on l'apprend par la voix-off, ont décidé de mettre fin à leur vie. Tandis que les images qui semblent issues de n'importe quel teenage-movie défilent, la gravité pointe son triste minois. Entre l'autorité stricte de la mère (Kathleen Turner, méconnaissable) qui cloisonne ses filles et la couardise dingo du père (James Woods, génialement déphasé), les demoiselles ne savent guère comment lutter contre le démon puritain. Pourvu d'un talent formel imparable, d'une fluidité de mise en scène et surtout d'une acuité pour capter les petits riens qui traduisent tous les grands malaises, Sofia réfute toute explication (on ne saura pas pourquoi les soeurs ont mis fin à leur vie), se contente d'instiller le malaise et signe une chronique adolescente sur le mal-être simplement puissante, étonnamment légère sur un sujet aussi grave. Par la grâce de ses interprètes impeccables (direction d'acteur impec) et de la bande-son atmosphérique de Air, l'enfant de la balle qui aimait à traîner dans les clips de Madonna (Deeper and deeper, avec aussi Udo Kier, me direz-vous), entre autres, à travailler pour papa (en tant que styliste - elle a créé les costumes du sketch de Francis Ford Coppola sur New York Stories - mais aussi en tant qu'actrice - Le parrain 2 & 3, The outsiders, Rusty James, Cotton Club, Peggy Sue s'est mariée), est avant tout une cinéaste intelligente dotée d'une sensibilité aiguë et riche de ses expériences diverses.



2004: Cinq ans après son premier opus, Sofia continue de surprendre et d'embraser la critique qui s'ébaubit devant Lost in Translation, oeuvre aérienne d'une infinie subtilité où deux américains - un acteur has-been venu tourner dans un spot de pub et une jeune femme qui accompagne son mari photographe - consolent leur solitude dans un Tokyo anonyme. Tous deux tissent une relation subtile, platonique et sensible faite de regards, de gestes maladroits, de sourires discrets.


En s'inspirant d'expériences vécues, la cinéaste parvient à filmer des sentiments infinitésimaux que les mots ne peuvent retranscrire. La preuve avec la scène du baiser final où Bill Murray (inoubliable) murmure des mots à Scarlett Johansson (craquante) que l'on n'entendra pas. Une idée de cinéma formidable qui rappelle le caractère secret de la douce et fragile Sofia. 2006 ? Marie-Antoinette. Qu'en attendre ? La bande-annonce laissait entrevoir des images sublimes et léchées avec une bande-son volontairement discordante. La démarche rappelle le mineur mais intéressant Guns 1748, de Jake Scott dans lequel le cinéaste dépoussiérait le film d'époque à la sauce MTV. Le tournage du film s'est fait en février dernier au château de Versailles. La réalisatrice retrouve son actrice fétiche Kirsten Dunst qu'elle avait déjà dirigée dans Virgin Suicides et qui incarne présentement le rôle de "l'Autrichienne" ; Jason Schwartzman, récemment vu dans I ♥ Huckabees joue Louis XVI (Alain Delon ayant décliné l'invitation - pas assez Alain Delon pour Alain Delon). Rip Torn, Asia Argento ou encore Marianne Faithull complètent la bande.



L'histoire est connue de tous. Sofia confie : "J'ai toujours aimé l'histoire de Marie-Antoinette et la décadence de Versailles à la veille de la Révolution, et le fait qu'elle n'était qu'un adolescente lorsque les circonstances l'ont forcé a jouer un rôle prépondérant dans l'Histoire." On s'y retrouve : ce sera le portrait d'une adolescente face à un système qui la dépasse (Virgin Suicides, Lost in translation). Marie Antoinette pourrait bien être sous ses dehors didactiques un film éminemment personnel. Pour l'heure, les nouvelles photos parlent d'elles mêmes. Impatience quand tu nous tiens.



> Bande-annonce Quicktime/HD/IPOD
Sortie France : 24 Mai 2006
Sortie USA : NC
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