Si on fait abstraction d'artistes aussi différents que Zero 7, CirKus, Coldcut, Hooverphonic, Portishead et Boards of Canada, Massive Attack reste l'incarnation du trip-hop, genre musical né à Bristol au début des années 90, qui fusionne différentes mouvances (hip-hop, jazz, blues, électro, soul, dub, reggae). Un style à base de samples, dont les ancêtres sont aussi bien Siouxsie & the Banshees, Cocteau Twins que Serge Gainsbourg (en particulier le très sous-estimé L'Histoire de Melody Nelson). Après quelques années de silence, le groupe revient avec un nouvel album, Heligoland, et un premier extrait, Paradise Circus, très hypnotique. Vingt ans de carrière. Vingt ans de musique. Vingt ans de clips.
Le buzz actuel autour de Massive Attack donne à penser que le trip-hop pourrait être un genre en plein revival en 2010. Ce groupe, à l'origine composé de 3D (Robert Del Ninja), Daddy G (Grant Marshall) et Mushroom (Andrew Vowles), a explosé au début des années 90 avec un premier album, Blue Lines, pourvu de morceaux marquants (Unfinished Sympathy ; Daydreaming) et un second aussi brillant, Protection. En désaccord avec l'évolution du style musical, Mushroom, l'un des trois membres, est parti après l'album Mezzanine en 1998. Seuls Daddy G et 3D ont continué l'aventure avec une implication et une régularité variables. Le dernier album, Heligoland, a été enregistré dans le studio de Damon Albarn, ancien chanteur pop du groupe Blur et membre du collectif Gorillaz. Pour les voix, on retrouve quelques habitués comme Horace Andy, venu du reggae et déjà présent sur Blue Lines, ainsi que Guy Garvey (Elbow), Tunde Adebimpe (TV on the Radio), Hope Sandoval (Mazzy Star). Sans parler des musiciens Tim Goldsworthy, Adrian Utley et Dave Sitek.
Sans surprise, c'est leur meilleur album depuis Mezzanine (1998) et il révèle au passage l'incroyable capacité du groupe à faire du neuf avec du vieux. Surtout, il rassemble de manière fédératrice et définitive toutes les influences de leur melting-pot sonore : hip-hop, groove, électro, post-punk. C'est d'autant plus inattendu que le groupe avait affirmé une envie de se séparer complètement d'une culture DJ dont les techniques ont été pillées à outrance. Le dernier morceau de l'album, Atlas Air, laisse promettre le meilleur pour l'avenir et une évolution permanente.
MASSIVE ATTACK EN CLIP
Paradise Circus (2010)
Réalisé par Toby Dye.
Conçu à la manière d'un court métrage par Toby Dye, ce clip sulfureux alterne les confessions de Georgina Spelvin, ex-star du X, et des extraits de l'un de ses films cultes : The Devil in Miss Jones (1973). En voici le teaser soft - la version uncensored qui se balade sur le net est proscrite aux moins de 18 ans.
Splitting The Atom (2010)
Réalisé par Edouard Salier.
Ce morceau de Massive Attack figure également sur l'album, Heligoland. Le clip qui dissipe la provocation de Paradise Circus a été réalisé en 3D par le français Edouard Salier et plonge dans un univers métallique et désincarné de fin du monde, qui communique le sentiment flottant d'apocalypse.
Unfinished Sympathy (1990)
Réalisé par Baillie Walsh.
Filmé en un seul plan-séquence, le clip de Unfinished Sympathy se déroule intégralement dans une rue de Los Angeles et épouse le déplacement d'une femme (l'incroyable Shara Nelson). Tout le trajet est d'une mélancolie inoubliable. Dans la profondeur de champ, on peut apercevoir les trois membres du groupe.
Protection (1995)
Réalisé par Michel Gondry.
Le morceau Protection bénéficie de la voix de Tracey Thorn (Everything but the Girl). Le clip se déroule à Paris, pendant les fêtes de Noel. On visite différents appartements à travers des fenêtres, comme une âme errante. Aidé par son frère au montage, Michel Gondry a usé d'astuces de magicien. Pour commencer, c'est un faux plan-séquence. Ensuite, le décor est à plat. On en apprend plus sur la fabrication du clip dans le DVD The Work of Michel Gondry, chez Labels.
Karmacoma (1995)
Réalisé par Jonathan Glazer.
C'est une succession de tableaux sans logique narrative apparente. Tricky, 3D, Mushroom et Daddy G incarnent des voleurs en fuite ayant ramassé un magot. Entre Shining et David Lynch, Jonathan Glazer (Sexy Beast et Birth) compose le clip le plus halluciné de Massive Attack.
Teardrop (1998)
Réalisé par Walter Stern.
En parfaite adéquation avec la rythmique de la chanson qui reproduit les battements cardiaques, le clip de Teardrop montre un fœtus in utéro. Aussi réputé que Jonas Akerlund en son temps (le clip Smack my bitch up, des Prodigy), Walter Stern a collaboré par le passé avec Nine Inch Nails, Chemical Brothers, David Bowie et Madonna. C'est l'un des clips les plus marquants du groupe.
MASSIVE ATTACK AU CINEMA
Passage en revue (sélectif) des morceaux de Massive Attack au cinéma.
1993 : Unfinished Sympathy dans Sliver, un nanar érotique avec Sharon Stone. Le film n'est carrément pas à la hauteur du morceau ni du clip.
1997 : Spying Glass dans 187 code meurtre.
1998 : Massive Attack participe à la bande originale de Le Chacal et enregistre Superpredators (Metal Postcard), basé sur un sample de Siouxsie And The Banshees.
1998 : Patrice Chéreau utilise Better Things dans Ceux qui m'aiment prendront le train.
1999 : Dissolved Girl dans Matrix. Le score du film des frères Wachowski pillant au passage beaucoup dans celui de Lola, Clubbed to Death. Notamment le classique de Rob Dougan, Clubbed to Death.
2000 : Safe From Harm, dans Révélations, de Michael Mann.
2000 : Angel, dans Snatch, de Guy Ritchie.
2008 : Herculaneum, dans Gomorra, de Matteo Garrone.

