Un peu calmé le Joe Dante depuis ces dernières années. En faisant abstraction de
Looney Tunes back in action, sa dernière mise en scène remarquée
Small Soldiers ne s'était contentée de faire qu'une gentille pichenette à Disney, à peine moins infantile, pour mieux reproduire son plus grand succès
Gremlins en usant habilement de l'outil numérique. Une histoire de petits jouets semant la panique dans une gentille bourgade certes, mais qui ne pouvait nier sa très longue dénonciation du corps militaire suivant aveuglément des ordres comme un seul homme. Un thème cher au cœur du réalisateur qui ne s'est jamais pourtant trop épanché sur le sujet, à l'exception du discret
Second Civil War, au profit du divertissement pur (et globalement très bien fait), mais qui trouve enfin avec
Masters of Horror l'endroit, le temps et les moyens d'adapter à l'écran la nouvelle de Dale Bailey "Death and suffrage" sans avoir de vrais comptes à rendre. Il semble bien loin le mauvais délire avec l'ami Bugs.
HOMECOMINGSegment de la mini-série
Masters Of HorrorUn film de Joe Dante
Avec Jon Penney, Robert Picardo
Durée : 58 minutes
Terreur et scandales étouffent la nation alors que les médias découvrent que les morts vivants ont fait basculer les résultats lors des élections présidentielles. Les petites puces électroniques indiquant longtemps à l'avance qui doit perdre et qui doit gagner sont donc mises de côté pour s'intéresser à un autre abrutissement, celui de la masse américaine clairement montrée du doigt lorsqu'elle a accepté de suivre le mensonge du gouvernement pendant cinq ans, que cela concerne la triture des élections comme l'envahissement de pays qu'aucun des soldats n'auraient su trouver sur une carte. Si
Homecoming est assez malin pour ne citer aucun des dits pays, comme aucun nom de protagonistes réels, jamais une fiction n'avait encore attaqué autant de front un gouvernement toujours en place. Une approche politique presque trop grossière que n'aurait pourtant jamais renié George A. Romero, père spirituel des zombies (puisque c'est de cela qu'il est question) et qui bénéficie de sympathiques clins d'œil à
La nuit des morts vivants dont son propre nom gravé sur une pierre tombale à coté de celle de Jacques Tourneur. Pour sur, ce maître-là acquiesce probablement l'évolution sociale de sa créature.
Donc s'il est bien question de morts-vivants, le gore anthropophage, les violents attroupements, fusillades et huis clos étouffants – qui feraient peut-être tourner le genre en rond – sont bannis pour mieux développer cette perpétuelle recherche des monstres à approfondir leur mimétisme avec ce qu'ils étaient de leur vivant. Une quête plus noble que le déroulage d'intestins collant au plus près des désirs du Big Daddy de
Land of the dead. Il faut se rappeller que lui-même refusait de dévorer qui que ce soit dans le film. La reconnaissance et la recherche du véritable sens de leur vie comme de leur mort, tel est le saint Graal des zombies devant lutter contre une cohorte d'êtres humains préférant tirer dans le tas. Pour cela Dante se penche sur un aspect inattendu, en faisant de ses monstres, des "gens" au plus pur pacifisme qui préfèrent user d'une arme bien plus efficace que leurs crocs acérés.
Les débats électoraux font rage aux Etats-Unis et malgré une certaine assurance, le camp républicain ratisse large en monopolisant les plateaux de talk-show. Tout a beau être planifié et écrit pour mieux servir les intérêts du président toujours en place, il est toujours difficile de répondre à une mère en larme exigeant des explications sur la mort de son fils, envoyé au front chercher une arme de destruction massive qui n'existe pas. En lui répondant quelques banalités idéologico religieuses propres au parti, l'expert en communication de la droite républicaine était loin de se douter qu'il déclenchait une foudre menant le pays à sa perte. Comme une formule magique, son "Je souhaiterais sincèrement que ceux qui sont morts au combat reviennent nous dire combien cette lutte est importante", permet effectivement très rapidement à ceux qui sont tombés de vite se relever pour faire comprendre qu'ils ont moyennement apprécié la manipulation dont ils ont fait l'objet. Mais que faire de ces fils du pays envoyés au casse-pipe qui reviennent déambuler dans les rues sans agresser qui que ce soit ? Politiquement parlant, leur tirer dessus reviendrait à se mettre le peuple à dos, un acte d'autant plus inutile puisque techniquement les zombies sont indestructibles. Pourtant il existe un moyen simple de s'en débarrasser : leur laisser le droit de vote... les créatures s'écroulant aussitôt après avoir glissé le bulletin dans l'urne !

Ensuite pour Dante c'est quitte ou double, puisqu'en transformant ses morts-vivants en citoyens exemplaires le réalisateur pourrait s'engager dans la démagogie en oubliant le vrai sens de son film. Or, il préfère encore orienter son fusil vers le regard perturbé des responsables. Pas le président lui-même, puisque pour faire de l'esprit on pourrait dire qu'il n'est pas responsable de grand-chose. Ni même les électeurs. Mais plutôt leurs intermédiaires. Avec le cynisme qu'on lui connaît si bien, mêlant toujours aussi habilement les couches culturelles et sociales extrêmes (des monstres résidus de fond de brocantes face à une tour ultra moderne remplie de cadres dans
Gremlins 2, le choc rural des peep-shows aux feux de camp de
Hurlements), Joe Dante raconte son histoire de cadavres rampants du point de vue des porte-serviettes de La Maison Blanche. Où un trio infernal d'experts en communication qui ne cessent de se triturer les méninges pour trouver la meilleure manière d'utiliser les monstres sans même se demander une seule seconde comment des cadavres peuvent soudainement se relever.

Une manière de confondre le professionnalisme surentraîné et les situations paranormales à laquelle Dante a toujours excellé et qui touche à son paroxysme avec une galerie de personnages tous aussi excentriques les uns que les autres dans des situations qui ne le sont pas moins. Les déclarations télévisées changeant de discours lorsque les revenants font pencher les voies vers le camp démocrate sont à elles seules de tordantes séquences justifiant un spectacle fou auquel nous n'avons pas encore été habitués. Ensuite, c'est bien évidemment l'humour qui prime puisque l'horreur, la vraie, se situe bien au-delà du métrage lui-même. A l'instar des "Maîtres" de la collection dont le film fait partie, le cinéaste ne se contentera que de peaufiner les principaux traits caricaturaux d'une communication décadente, mais d'une manière suffisamment jubilatoire pour rendre l'ensemble aussi divertissant qu'il est déjà ludique et d'utilité publique quasi-internationale. Ca fait beaucoup pour un simple épisode de série télé, d'autant plus que de notre point de vue (les français), le film de Dante ne fait que confirmer ce que nous redoutions ou savions déjà, mais certaines petites piqûres de rappel ne font décidément pas de mal. Même lorsqu'elles arborent un visage de mort…