Par - publié le 27 novembre 2006 à 04h04 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h18 - 10 commentaire(s)
Réalisateur ultra-sensible et doué, Lucky McKee apporte sa contribution aux Masters of Horror avec Liaison Bestiale (Sick Girl), un sketch génialement hors sujet: une comédie romantique saphique aux relents horrifiques où il retrouve Angela Bettis, l’actrice de May, son excellent premier long métrage, et Sean Hood, son scénariste.


Une entomologiste marginale lookée comme dans les années 50 spécialiste des insectes qui bosse dans les laboratoires du muséum d’histoire naturelle du coin, reçoit un colis mystérieux en provenance du Brésil contenant une nouvelle espèce qu’elle doit étudier (non, ce n’est pas un singe-rat). Alors qu’elle se renseignait sur la bébête, cette dernière disparaît dans l’appartement. Bad trip d’autant que son ex s’est barrée il y a quelques jours parce qu’elle ne supportait pas la passion envahissante de sa copine. Elle croise le regard d’une demoiselle mystérieuse qui passe son temps à dessiner des fées dans le hall du muséum et dont elle tombe illico amoureuse. Pendant la parenthèse idyllique, notre amie scientifique en a presque oublié que la bestiole était toujours dans le coin, à roder, prête à sauter sur sa proie (elle pique l’oreille de la girl friend). Logiquement, rien ne se passera comme prévu.


Avec ce personnage principal lesbien et marginal qui vit recluse avec des insectes et se fait traiter de freak par sa peu charmante proprio (Marcia Bennett, déjà dans The Woods, en vieil prof mutique et nerveuse), impossible de ne pas voir en filigrane le visage des autres héroïnes de Lucky McKee: celles, sensibles et fragiles, qui n’arrivent pas à se frotter aux conventions sociales; celles qui ressemblent tant à leur auteur. Sa nouvelle fiction repose sur les mêmes fantasmes masculins d’un fantastique saphique (May joue également dans ce registre avec la relation périodique entre May et sa collègue de bureau hypersexuée), mais comme souvent ce fantasme est désamorcé par quelque chose qui ne va pas: la misère affective et sexuelle de May qui la pousse à céder à la tentation; l’insecte parasitant la relation amoureuse à venir, reflet des pressions sociales et des regards méprisants de l’extérieur. C’est pourquoi l’épilogue, aussi grand-guignolesque que celui de May, s’achève pareillement par une pirouette immorale: il y a toujours cette volonté de ne pas répondre aux attentes de ceux qui prétendent tout savoir. Lucky McKee n’a pas pu faire le même pied de nez sur The Woods même si désormais le réalisateur se défend d’avoir été charcuté par les studios alors que le film rivalise de fondus au noir douteux, maquillés par un montage discutable. La conclusion ne devait pas être celle que l’on voit dans la version du dvd.


Liaison Bestiale est une déclinaison autour de La Mouche, de David Cronenberg. Du moins, son postulat de base car Lucky ne cherche en aucun cas à livrer une copie carbone et s’aventure dans le chemin plus risqué de la parodie avec des élans oniriques bien sentis qui privilégie la sobriété à l’armada technique d’effets spéciaux (on est en cela définitivement plus proche des résonances parodico-sociales de Poison, de Todd Haynes). Le personnage incarné par Angela Bettis est à la fois déjanté et rigide, pragmatique et barré, totalement dans le ton survolté du segment, qui n’a plus à se réfugier dans la honte et déboutonne progressivement son corset suranné et archétypal, un peu comme dans The Woods où le personnage principal luttait seul contre un système qui cherche à balayer toute trace d’originalité. C’est ce qui explique d’ailleurs le classicisme apparent des premières images.


Pour le rôle de la petite amie, Lucky McKee a été fort inspiré en choisissant l’actrice polyvalente Eric Brown, également connue sous les pseudonymes Sadie Lane et Misty Mundae, spécialisée dans les productions érotico-fantastiques incongrues d’E.I. Independent Cinema et de Seduction Cinema où elle incarne majoritairement des personnages lesbiens à la ramasse (on signalera le savoureux The Lord of G-Strings : The Femaleship of the Strings). La veine féministe est incidemment creusée par l’absence de mecs (le rôle très anecdotique du collègue masculin) et des personnages féminins qui se plaisent parfois à se comporter comme des potiches de séries Z (Eric Brown est encore une fois idoine dans ce registre d’autant qu’elle rêve qu’elle se fait violer par un insecte géant). Pas étonnant que la demoiselle fascinée par les fées devienne un joli mutant: Liaison Bestiale doit se voir comme un conte de fées irréel croisé d’un film de monstres où les ombres de Cronenberg, Clive Barker, Roger Corman voire Gregg Araki période Nowhere ou Larry Clark tendance The teenage Caveman, planent avec une légère ostentation.


Le résultat qui fonctionne tout d’abord au premier puis au second degré est plus drôle que potentiellement effrayant mais il donne surtout envie de découvrir la prochaine collaboration entre Lucky McKee et Angela Bettis (Roman) où les rôles seront inversés (Lucky fera l’acteur et Angela, la réalisatrice) dans un nouveau délice au parfum Polanskien du meilleur goût (May ressemblait tellement à Répulsion qu’il y a de fortes chances pour que Roman – hum, hum – ait un petit goût du Locataire).
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