Il est des villes que le cinéma privilégie et adore investir pour raconter moult histoires et autres comédies. Ainsi, Paris, New York, Los Angeles, Londres ou même Shanghai sont elles des villes que l’on aime à voir et nombre de cinéastes aiment filmer. Théâtre à ciel ouvert des aventures et trajectoires de héros très divers, elles sont peu nombreuses à truster de manière semblable les écrans. Mais mondialisation aidant, d’autres cités plus jeunes et dynamiques tentent de s’imposer. Miami est de ces dernières et parmi les plus récentes à s’illustrer, elle apporte au cinéma une aura de luxure et de corruption aussi rare qu’intense.
Entre jeunesse, immigration et folieSi l’on excepte le film
Miami-New York de Franck Capra, Miami, ville démesurément attirante et nauséeuse, a gagné à partir des années 1970, l’attention des cinéastes de l’Amérique hollywoodienne. A la mesure de ce que la petite cité floridienne était devenue depuis les années 1960. En effet, la charmante cité balnéaire tranquille, réservée autrefois à une villégiature d’un certain âge, n’est plus la même. Devenue désormais la capitale américaine du glamour argenté et de l’ostentation, le visage de cette dernière a changé. Considérablement. Portée par l’immigration cubaine et l’opportunité des grands trafiquants sud-américains de s’implanter ailleurs que dans la mégalopolis et les grandes cités californiennes, Miami est ainsi devenue en quelques années seulement la capitale nord-américaine de la drogue et la plaque tournante de la cocaïne. Avec pour corollaire, des bouleversements sociaux, économiques et urbanistiques comme jamais les Etats-Unis n’en avaient connu en si peu de temps.
Réhabilitée mais aussi vilipendée par sa violence endémique, Miami s’est imposée comme la cité américaine des trente dernières années. Avec son lot de contrastes forts et de réussites emblématiques. En effet, la deuxième ville de Floride après Jacksonville, en bénéficiant du rayonnement de la Sun Belt ? a tiré son épingle du jeu et a en retour profondément attiré le cinéma des dernières décennies. Lieu privilégiée de l’immigration cubaine (
JFK,
Havana et
Scarface), Miami est devenue l’avant-garde des relations privilégiées de l’Amérique avec le reste du continent. Parfait symbole du communautarisme à l’américaine avec ses quartiers réservés et exemple parfait d’une division sociale et géographique initiée par l’argent, la cité des Everglades cristallise aussi les oppositions et autres failles de l’American Way of life (
Cocaïne cowboys,
2 fast 2 furious,
Bad boys 2).
Jeune et branchée, la perle touristique du sud des Etats-Unis affiche sa frime (
Miami Vice,
Bad Boys) mais aussi les contrastes les plus violents, contrastes qu’entrevoient par exemple des séries télévisées comme Les Experts : Miami ou
Miami Vice. Réunissant les extrémismes de tous bords (
Bad Boys 2), les archaïsmes les insupportables (racisme, guerre des clans) et la nouveauté la plus outrageante (
Bad Boys), Miami donne sa pleine vigueur à l’expression du Salad Bowl. De fait, pleinement politique, cette nouvelle capitale du jeu à l’américaine (
L'Enfer du dimanche, Miami Vice) se caractérise aussi par l’actualité des problèmes qui la traversent : la corruption, la délinquance, la drogue, la difficulté à s’intégrer et la latinisation de la société américaine. En effet, à la mesure de l’espoir qu’elle suscite, la quarante-cinquième ville des Etats-Unis a su aussi bien héberger les rêves déchus que les réussites triomphantes.
Scarface en est l’exemple parfait lorsque l’on songe à l’histoire dramatiquement « américano-cubaine » de Tony Montana. En même temps, le fait qu’
Oliver Stone ait choisi pour cadre de ce remake du
Scarface d’Hawks est des plus révélateurs du nouveau statut et de la réalité actuelle de la cité des Caraïbes.
Sexe, violence et urbanismeLucre, stupéfiants et radicalités sont en effet le quotidien de « Magic City ». Capitale financière, touristique et véritable interface avec l’Amérique du Sud, la cité tire certes profit de sa situation mais elle en subit en retour, les plus néfastes impacts. Première ville mondiale de la cocaïne et de sa démocratisation dans les années 1970 (
Cocaïne cowboys), elle est aussi celle où se règlent quantité des problèmes du milieu. On vient y discuter affaires (
Le Parrain 3), parler politique et investissements (
Adieu Cuba,
Havana). On subit et évoque le problème cubain (
JFK,
Havana) et la folie castriste (Treize jours). On s’y affiche (Miami Vice) mais on y règle aussi ses comptes autrement que par la voie des tribunaux (
Scarface,
Cocaïne cowboys, Miami Vice). Ainsi, on la gagne pour réussir (
RTT) mais on la quitte aussi contraint et forcé (
New in town). De fait, lieu des pires excès américains avec Cancun et Las Vegas, Miami incarne toute la puissance et les vices d’une société libérale et féroce. Avec de nombreux enjeux esthétiques, tous très différents de ceux que représentent New York, Los Angeles et San Francisco. Tout d’abord, d’un point de vue urbanistique, la ville respire la santé et la nouveauté à l’instar des nouvelles villes asiatiques, et en même temps, elle apporte en termes de représentations, l’alliance de la modernité et du soleil.
De fait, malgré l’obscurité de ses travers les plus inavouables (prostitution, drogue…), « Sea, sex and sun » résumerait assez bien les représentations les plus conformistes de la cité floridienne, les plus intéressantes au demeurant pour le cinéma américain, et cela quelque soit le genre abordé. Ainsi, les comédies ont investi la ville ces dernières années (
Police Academy 5,
Ace Ventura, détective chiens et chats,
Alerte à Miami Reno 911 !,
Deux supers flics) tout comme les nombreux films d’action qui l’ont choisie comme décor naturel.
In fine, Miami s’affiche de plus en plus comme une place incontournable du cinéma américain par le lot de fantasmes et de clichés qu’il répand ou réactualise. Essentiel aux nouvelles représentations contemporaines, on pourrait toutefois se demander si dans les années à venir, une fois vieillissante et dégradée, la Miami qui séduisit tant Stone et Mann ne trouvera pas plus attirante qu’elle et ne représentera pas pour les années 1990-2000 ce que fut New York pendant les années 1980, celles de l’argent facile et des yuppies.