Par - publié le 22 mars 2006 à 12h02 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h50 - 3 commentaire(s)
Nouvelle immense. Immense nouvelle : Monte Hellman est de retour. Alors qu'on attendait faussement impassible le come-back d'un autre grand nom du cinéma indépendant US (Michael Cimino, si tu nous lis), le cinéaste de Macadam à deux voies crée la surprise. Il va réaliser Desperadoes, un western sur le gang des frères Dalton, qui sera produit par Martin Scorsese et Paul Thomas Anderson. Comme nous, des cinéastes émérites à l'instar de Quentin Tarantino, Larry Clark et Vincent Gallo doivent s'en réjouir.



Les superlatifs et les comparaisons ne manquent pas (ou, si, précisément, manquent !) pour qualifier le cinéma de Monte Hellman. On murmure Antonioni avec une bonne louche de distanciation Brechtienne, on parle d’Howard Hawks comme de contemplation sur fond d’angoisses existentielles. Mais en voyant ces films, on ne pense qu’à lui. Une patte unique pour retranscrire des charivaris intérieurs, des personnages qui évoluent dans des univers étonnamment vastes alors qu’ils semblent coincés dans leur mental, des errances solitaires qui consument du dedans.
Mais Hellman est surtout connu pour son impressionnant road-movie existentialiste : Macadam à deux voies, le seul qui a été produit par un studio (Universal) dans lequel deux aficionados des courses de voiture (James Taylor dont le regard mélancolique hante longtemps et Dennis Wilson, batteur des Beach Boys) slaloment avec une demoiselle énigmatique et un étrange charlatan dans l’Amérique des années 70. C’est l’antithèse de La Fureur de Vivre comme le formidable Electra Glida in Blue, film dans la même mouvance neurasthénique, sera le contrepoint adéquat au surestimé Easy Rider. Quelque chose comme Point Limite Zero en encore plus contemplatif, avec des inquiétudes souterraines, une réflexion métaphysique sur l’existence, ses hasards et ses coïncidences. Et surtout une ambiance mélancolique qui interdit le bavardage inutile. Ici, on ferme sa gueule et on regarde, pétri d’émotion, des personnages s’isoler, se perdre, ne pas communiquer. Seuls quelques grands cinéastes actuels (Béla Tarr, Tsai-Ming Liang, Ceylan…) parviennent à retranscrire ces états indescriptibles de tristesse diffuse, de néant existentiel, de quête de soi dans un monde vide de sens…



Que l'on se réjouisse : après la ressortie récente de son road-movie culte Macadam à deux voies sur les écrans hexagonaux ; après avoir été pressenti pour tourner un des segments de Masters of Horror, Monte Hellman va diriger un nouveau western Desperadoes, adapté d'un roman de Ron Hansen à qui on doit également The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford, prochainement adapté par Andrew Dominik, remarqué avec Chopper et interprété par Brad Pitt. Retour du western en perspective annoncé par Open Range dont le classicisme revigorant a donné un regain d'intérêt pour un genre tombé en désuétude et prolongé avec les "nouveaux westerns": Trois enterrements et Le Secret de Brokeback Mountain. L'histoire de Desperadoes s'articule autour des exploits du gang des frères Dalton et d'Eugenia Moore, qui tomba amoureuse de Bob Dalton et aida la bande à dévaliser des trains. On espère que le réalisateur plaquera sa belle thématique (solitude nue, personnages bouffés par des paysages vastes, ambiguité des relations humaines) dans ce prochain tumulte filmique. Quand on sait que le grand complice d'Hellman, Charles Eastman travaille sur la transposition, pas de doute possible : c'est d'ores et déjà l'un des films que l'on attend le plus. D'autant que le tournage est prévu pour l'automne prochain, à Alberta. De quoi saliver et de quoi donner envie aux néophytes (chanceux) de découvrir deux de ses premiers westerns disponibles en dvd.
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