Après l'immense succès de La Môme, Olivier Dahan fait aujourd'hui son grand retour et nous présente My own love song. Rencontre avec un cinéaste d'exception.

Par Gilles BOTINEAU - publié le 02 avril 2010 à 19h33 ,
MAJ le 07 avril 2010 à 12h49 - 0 commentaire(s)

Olivier Dahan. Un nom aujourd'hui mondialement reconnu. A 27 ans, il réalise son premier long métrage (pour la chaîne Arte), Frères. Quatre ans plus tard, il dirige Benoît Magimel dans le film Déjà mort. La reconnaissance est immédiate. Contre toute attente, l'homme se dirige ensuite vers un projet plus populaire, Le Petit Poucet, relecture moderne d'un conte pour enfants qui destabilisera le public. Il en sera de même avec Les Rivières Pourpres 2 : les anges de l'Apocalypse, suite quelque peu décalée d'un polar sombre et intriguant. Néanmoins, cela n'arrête pas Olivier Dahan. Il poursuit alors son petit bonhomme de chemin comme si de rien n'était, avec La vie promise tout d'abord, puis La Môme, au succès retentissant. Désormais, tout lui est possible. Comme de revenir cette semaine avec un film intimiste, My own love song, brillamment porté par un trio de vedettes américaines, en la personne de Renée Zellweger, Forest Whitaker et Nick Nolte.

Rencontre avec un cinéaste d'exception.


Olivier Dahan, sort-on « indemne » d'un succès aussi planétaire que celui vécu lors de votre précédent long métrage, La Môme ?
Je ne fais pas spécialement attention à ce genre de trucs... J'étais au milieu de tout ça, donc je n'avais pas forcément le meilleur point de vue. Alors j'ai quand même apprécié certaines choses, mais je n'ai jamais vraiment pris conscience de ce tourbillon dont on me parle encore souvent aujourd'hui, le succès, les Oscars, etc... Après La Môme, c'était cool. Ni plus, ni moins. Ça n'a rien changé de spécial dans ma vie, ni même dans ma manière d'aborder un film. (Il réfléchit) Effectivement, quelques rencontres, des portes qui s'ouvrent et qui ne se seraient jamais ouvertes sans cela... Donc oui, à ce niveau-là, c'est intéressant. On se retrouve à travailler avec des gens au delà de toutes espérances...

C'est cela qui aujourd'hui vous a amené à réaliser My own love song ?
Oui, ce sont ces rencontres... Mon amitié avec Forest Whitaker aussi, qui remonte à plusieurs années. C'est même lui qui à l'époque m'avait poussé à réaliser cette histoire, conçue autour de choses bien personnelles. Je lui avais raconté, comme ça, en toute innocence, sans même lui proposer un rôle, et séduit, il m'a encouragé à la développer.

 

 

"Après La Môme, c'était cool."

 


On comprend néanmoins pourquoi vous l'avez choisi. Renée Zellweger était-elle une amie aussi ?
Non, je ne connaissais pas Renée Zellweger. J'ai fait un casting à Los Angeles. On s'est rappelé plusieurs fois. On s'est recroisé à Paris. Et puis nous sommes restés un long moment à discuter. Nous nous sommes très bien entendus. Et ça s'est fait comme ça.

 

My Own Love Song de Olivier Dahan

Votre film raconte une fois de plus l'histoire d'une chanteuse. Vous ne pouvez décidément pas vous en empêcher...
J'adore la musique, c'est un fait. Mais en toute honnêteté, cette histoire je l'avais à l'esprit bien avant La Môme. Et puis les sujets sont très différents. Donc ça ne m'a pas arrêté. Ici, je raconte l'histoire d'une chanteuse, certes, mais ce n'est pas le même trajet, le même arc... Dans La Môme, le personnage se dirige petit à petit vers la mort. Dans My own love song, c'est l'inverse... Elle redécouvre l'art de vivre, le plaisir lié à tout cela. Donc ces films sont comparables en certains points, mais dans le fond ils s'opposent diamétralement.

Vous avez choisi de tourner en Louisiane. c'est un décor assez inattendu. Pourquoi celui-ci ?
Pour la musique. C'est un endroit que je connais bien, depuis une bonne dizaine d'années maintenant. J'avais envie de passer du temps là-bas. Ce film en était l'occasion. En plus, je voulais rendre hommage à cette région, capter son essence-même. La Louisiane ressemble beaucoup plus à ce que l'on voit dans le film que ce que l'on a souvent tendance à imaginer. Pour les touristes, on y trouve par exemple un quartier français qui représente bien cette idéalisation, très entretenue. Je ne voulais surtout pas de ça comme décor. Si j'avais tourné là, ça aurait été comme de planter ma caméra en plein coeur d'Eurodisney. Ce n'était pas l'idée. J'ai donc passé énormément de temps à chercher les décors que je souhaitais. Pas nécessairement glamours, mais en rapport direct avec l'histoire que je raconte.

Etait-ce un projet difficile à monter ? Que ce soit en termes de production, de casting ou autre...
Pas tant... Un peu, mais comme beaucoup. C'est un film plus intimiste que les précédents, donc moins cher. Ceci étant, il faut quand même le trouver, l'argent. Mais cela s'est fait.

My own love song est un film assez complexe. Comment est-ce que vous le présenteriez ?
Je dirais avant tout qu'il s'agit d'un film de transition. Par rapport à ce que j'ai fait auparavant et ce que je compte faire à présent. Mes prochains sujets seront de pures comédies. En ce sens, My own love song me permet de glisser progressivement vers ce registre... Sinon, je dirais que le film est un road movie, avec de l'humour, donc, mais aussi de la tendresse... Sans oublier la musique.

 

My Own Love Song de Olivier Dahan
C'est assez surprenant de vous entendre parler de comédies. On ne vous classe ni ne vous attend au sein d'un tel registre et pourtant, il est vrai que l'on en trouve beaucoup dans My own love song...
Oui, j'aime beaucoup ce genre, contrairement à ce que l'on pourrait penser. Je pense d'ailleurs ne faire plus que ça désormais. (Silence gêné) Je vous assure, ce n'est pas une blague. Au moins trois films comiques de suite. On verra après ce que cela donne.

 

 

"Renée était terrorisée à l'idée de chanter."

 

 

Parlons musique. Comment se sont déroulés vos travaux avec Bob Dylan ?
Je suis fan de Bob depuis tout petit. C'est donc très naturellement que je suis venu vers lui. Nous nous sommes alors concentrés sur le scénario et les choses se sont peu à peu enchaînées. Nous avons d'abord évoqué les thèmes, les divers emplacements de musiques ou chansons au coeur du film, leur contenu...Après, c'est Bob Dylan. Je me voyais mal le diriger avec outrance et précision. C'est quelqu'un d'intuitif. Il faut donc lui laisser sa part de liberté. Aujourd'hui, je suis très heureux de notre collaboration.

A ce sujet, Renée Zellweger chante merveilleusement bien.
Oui, même si cela ne fut pas aussi simple au début. Renée était terrorisée à l'idée de chanter. Au final, c'est une réussite.

My own love song fait aussi beaucoup penser au titre d'une chanson. C'est un choix de votre part de ne pas l'avoir traduit pour sa sortie française ?
Très honnêtement, j'en ai cherché un. Car il n'y avait aucune raison à ce que le titre ne soit pas en français ici. Mais je n'ai pas trouvé. Enfin pas aussi bien que celui en anglais. Alors j'ai gardé My onw love song.


My Own Love Song de Olivier Dahan

Revenons sur vos précédents films. Quelles images en gardez-vous ?
Je ne les revois pas. Je les aimé à l'époque où je les ai fait, tous, sans la moindre exception. Mais aujourd'hui, je ne saurais vous dire. J'ai eu beaucoup de chance, ça c'est sûr. J'ai toujours fait les films que je voulais, dans l'ordre que je désirais... J'ai ainsi pu créer mon propre chemin et je souhaite avant tout garder cette liberté-là. J'aime changer de genres. Peu importe si les gens sont choqués. Le lien entre tous mes longs, je le connais. C'est ce qui compte. Quand j'imagine un film, j'ai d'abord une vision, qui me sert généralement de gouvernail... Pour My own love song, ce furent des dessins, ceux que l'on retrouve d'ailleurs à la fin du film. Ma source d'inpiration principale, c'est la vie. Mais il faut avant tout que ce soit des choses qui me touchent.

 

 

"Le scénario est... J'hésite entre débile et crétin."

 

 

Ce fut le cas pour Les rivières pourpres 2 ?
Je sortais d'un film personnel, que jaime beaucoup (La vie promise, ndlr). Javais envie d'essayer un autre truc, une commande, qui n'est pas de moi. Je voulais faire de la mise en scène pure, sans me préoccuper du scénario. Et puis ça me faisait rire de faire un numéro 2. Au final, j'ai beaucoup appris et cela m'a amusé; Je ne regrette rien. Bien sûr, le scénario est... J'hésite entre débile et crétin. Disons qu'il aurait pu être mieux. Mais je l'ai accepté et je l'assume.

Récemment, on vous a vu en tant que metteur en scène de Mozart, l'Opéra Rock. Nouveau défi ?
J'avais envie de faire de la scène. Et effectivement, c'est cool à faire, de diriger autant de danseurs, de chanteurs... C'était un très gros spectacle. Je n'avais jamais fait cela auparavant. Donc pour apprendre c'est parfait. Je m'adapte toujours très facilement, j'aime m'ouvrir à d'autres choses. Bob Dylan, c'est ma culture. Mozart, beaucoup moins. Mais je ne veux pas m'ennuyer ni même tourner en rond. Là je vais rester dans le cinéma quelques temps. J'ai plusieurs projets en cours d'écriture. Mais rien de vraiment sûr encore. Comme je vous l'ai dit précédemment, ce sera forcément une comédie. Mais laquelle, ça nous verrons bien.

 

 

Propos recueillis par Gilles Botineau


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