Par - publié le 07 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 07 octobre 2009 à 12h30 - 0 commentaire(s)
Comme tout bon nanar qui se respecte, Blood Freak doit s'apprécier entre amis, sous peine de s'auto-flageller pendant de longues heures d'errance mentale. Là où des sommets nanardesques comme Turkish Star Wars parviennent tout de même à engranger un capital talent non négligeable (dans la médiocrité j'entends bien), le film écrit et réalisé par Brad F. Grinter et Steve Hawkes devient vite exaspérant de nullité et donc... d'hilarité !
Lâché par leur principal financier en plein milieu du tournage, les deux hommes parvinrent à terminer le film avec leur propre argent et en engageant notamment des étudiants en art dramatique qui étaient dans la classe de Brad F. Grinter. A voir la prestation de chacun, il est justifié de se demander si leur carrière a finalement décollé...

L'histoire ? Herschell (en hommage au réalisateur de série B Herschell Gordon Lewis, le personnage a été renommé Richard en VF), un motard, rencontre une jeune femme catholique qui lui propose de venir chez elle. Arrivé en pleine "drug party", il fait la connaissance de la soeur de cette dernière qui le fournit en fumette et lui trouve un emploi dans une ferme d'élevage de dinde tenue par son père, un savant fou. Le scientifique et son acolyte vont transformer Herschell en monstre dinde qui va s'attaquer aux dealers et aux consommateurs de drogues pour boire leur sang.

"Qu’est-ce qu’un Catholique ? Hé bien, dans ce cas, un Catholique est une personne qui amènera des changements. Ils peuvent être bons ou mauvais, mais il y en aura, c’est sûr. "



Blood Freak mêle avec un nonsense hors du commun des velléités théologico-philosophiques et du gore risible. Ça commence très fort avec l'introduction de Brad F. Grinter lui-même dans le rôle d'un narrateur mystérieux qui balance un monologue foudroyant d'absurdité et basé sur une définition du "Catholique" tout bonnement simpliste. Remarquez donc que si vous remplacez le terme "Catholiques" par "Nazis", "Presbytes" ou "Écologistes", le résultat est le même. Bref, un grand moment de n'importe quoi qui fait mine d'être cérébralement stimulant. La preuve :

"Nous vivons dans un monde sujet à de constants changements. Chaque seconde de chaque minute de chaque heure, il y a des changements. Ces changements peuvent paraître invisibles et ce, parce que notre perception est limitée. Par exemple, des choses que nous disons et nous faisons, toutes ces choses affectent nos vies. En fait, il semble probable qu’un ordre fantastique régisse tout cela. Quand et comment nous rencontrerons une personne qui deviendra un Catholique, ou qui nous conduira vers l’un d’eux. Qu’est-ce qu’un Catholique ? Hé bien, dans ce cas, un Catholique est une personne qui amènera des changements. Ils peuvent être bons ou mauvais, mais il y en aura, c’est sûr. Vous pouvez en rencontrer n’importe où, dans votre vie de tous les jours, dans un supermarché, drugstore, n’importe où. Même en roulant sur l’autoroute. Une belle fille avec un problème : qui résisterait ? Certainement pas Richard."
La suite de Blood Freak est un assemblage de scènes tordantes dénué de tout savoir-faire. Découpage à la machette avec notamment des champs contre champ qui redéfinissent l'art du montage, suspense arriéré aux effets léthargiques et maquillages désastreux dus à un budget dérisoire. D'ailleurs, la première apparition du monstre dinde procure une jubilation sans nom tant la tête en carton pâte de la créature est humoristiquement terrifiante. Mieux, lorsque la grosse dinde humaine s'en prend à une victime en lui coupant la jambe, le manque de moyens poussera les réalisateurs à embaucher un véritable mutilé.

Blood Freak répond manifestement à la règle des 3 "D" : Drogue, Dinde, Débile.

Mais Blood Freak ne serait rien sans le doublage français apocalyptique qui apporte au film un surplus nanardisant non négligeable. Décalage ahurissant dans la tentative de synchronisation, comme si les doubleurs étaient dans un autre espace temps. Dialogues ridicules dont on se demande s'ils ne sont pas inventés sur l'instant. Cabotinage outrancier, style "on va surjouer de toute manière tout le monde s'en fout". On a l'infime conviction que les doubleurs ont pris autant de substances illicites que les protagonistes à l'écran. Il faut donc à tout prix découvrir le long-métrage dans sa version doublée, comme la vidéo ci-dessous le prouve.



Richard, pris entre deux femmes (la jeune femme catholique et sa soeur junkie), hésite sans cesse entre le Bien et le Mal. Entre deux discours sur Dieu et les méfaits de la drogue, entre deux joints ou rails de blanche au bord d'une piscine, il trouve le temps de manger de la viande de dinde modifiée par deux scientifiques peu scrupuleux (parce que le film traite aussi sans le vouloir des effets de la malbouffe et du transgénique). De là, notre héros se transforme en homme dinde et va se balader la nuit à la recherche de sang humain mais pas n'importe lequel : du sang de drogué. La morale est grossière et on a l'impression d'assister à un film de prévention sur l'addiction aux drogues dures qui aurait été financé par l'Eglise. Pour résumer, tout abus sera puni d'une transformation en oiseau de basse-cour (merci pour la métaphore). Soyez un bon Catholique et ne touchez pas aux drogues !
Blood Freak devient un festival ininterrompu de discours théologiques tombant à plat, une oeuvre échappée d'une autre dimension avec des séquences censées choquer le spectateur mais qui sont tellement mal fichues qu'elles en deviennent drôles. Mais le pire, c'est cette fin ignoble et elliptique (en gros, tout n'était qu'un rêve !) qui fait que les auteurs n'ont pas le courage d'aller au bout de leur récit fantastico-gore. Dommage car le concept d'origine aurait pu se targuer d'un climax et d'une finalité à l'image du ridicule de l'ensemble.
Blood Freak ne répond manifestement qu'à la règle des 3 "D" : Drogue, Dinde, Débile.

Des années après la sortie de ce nanar culte, Steve Hawkes fut interrogé sur son film qui continue de prendre une dimension incroyable. L'auteur réalisateur acteur revint sur son oeuvre et précisa qu'elle se référait à un triste moment de sa vie. Heureusement pour nous, notre émotion à la vision de Blood Freak procure tout l'inverse !

Pour en savoir plus sur le film, un seul site de référence en la matière : www.nanarland.com
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