Par La Rédaction - publié le 11 décembre 2007 à 16h03 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h32 - 0 commentaire(s)
CTV et Excessif vous ont offert la possibilité d'assister à l'avant-première de Norway of life, film intriguant s'il en est. Pour la plupart, vous êtes sortis de cette expérience positivement déstabilisés, comme en attestent ces réactions à chaud...



La découverte de Norway of life fut une belle surprise qui en valait le détour. Norway of Life, c'est un objet cinématographique norvégien très original qu’on ne peut pas vraiment classer dans une catégorie : film fantastique ? Film d'horreur ? Comédie dramatique ? C'est en fait un peu de tout ça, et le tout saupoudré de quelques éléments gore du meilleur effet et dont l’impact est d’autant plus fort qu’il y en a très peu dans le film. Revenons sur l’histoire un moment : Andréas se retrouve dans une ville étrange (vraisemblablement en Norvège) où il trouve une maison, un job et encore plein d'autres choses qui semblaient l'attendre. Et il y aurait comme quelque chose qui cloche...
Je re-écris volontairement un synopsis, car celui qu’on peut lire à droite à gauche en dévoile beaucoup trop à mon goût. L’une des grandes forces du film étant son aspect mystérieux, je pense qu’il est bon de garder intact le mystère jusqu’au visionnage, un peu à l’idée de la bande-annonce qui en dévoile très peu mais qui intrigue beaucoup. Maintenant que c’est dit, on peut s’attarder sur le film.



Attention, critique avec spoilers.
Le film prend lieu dans une ville scandinave où la vie ne semble plus avoir cours : on se demande constamment si c’est l’enfer ou le paradis. Quand notre héros arrive en ville, on a d’abord le sentiment d’un parfait paradis où aucun rouage ne grince : dès son arrivée il dispose d’une maison, puis d’un travail. Il rencontre très vite une femme avec qui il va s’installer. Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais dans un monde parfait, on finit très vite par s’ennuyer… Ici tout est trop lisse, trop beau, trop normal, rien ne sort vraiment du lot, tout a été chromé et aseptisé, à tel point que même la nourriture n’a plus de goût. Il cherche autre chose que cette parfaite monotonie qui pourrait durer éternellement. Il ne veut pas être spectateur de sa propre vie. Il ne s’intéresse pas à l’aspect matériel de la vie comme le font les autres qui passent leur temps à discuter aménagement intérieur : quel sofa choisir ? Quelle couleur de papier peint pour la cuisine ? Le héros ne comprend pas bien la situation, il semble être le seul à penser quelque chose, à avoir des sentiments, il est le Bothersome man (l’autre titre du film, anglais ?), une personne qui ennuie les autres car il les sort de leur routine. Il est dérangeant, mais les autres n’ont pas vraiment de réaction et ils restent gentils avec lui (de toute façon, ils ne pensent rien), comme ils ont toujours été gentils avec lui. A vrai dire, ils sont gentils avec tout le monde. Alors Andreas, notre héros, n’a plus qu’à s’en prendre à lui-même, et c’est ainsi qu’il refoule son mal-être à l’intérieur de lui, sans jamais crier. Et à la tension de monter.



La société décrite ici fait peur. Si certains points semblent typiquement scandinaves : le goût pour les travaux ménagers, le bricolage à la maison, les cuisines « made in Ikea », etc… tout le reste pourrait se transposer sans aucun problème dans nos pays occidentaux. On a donc affaire à un film fantastique/d’horreur/comédie. Un film qui mélange les genres (un peu à la manière de certains films de Hong Kong des années 80-90) avec bonheur. Un film fantastique car même si la critique de la société, norvégienne ? occidentale tout court ? difficile de vraiment savoir, est assez évidente, la fiction est poussée assez loin. On ne sait pas trop quoi penser de ce côté-là, ce qui laisse une grande marge de manœuvre pour apprécier le film, et c’est une grande force. Film d’horreur également. S’il n’y a pas de tueurs sanguinaires, d’horrible mutant sortant d’une colline qui semble avoir des yeux, ou de bête féroce rencontré au détour d’une descente spéléologique dans une grotte, l’horreur provient plutôt de cette société dont le cœur et la passion ont cessé de battre depuis trop longtemps, l’absence de réaction des gens fait peur (cf la scène où Andreas se coupe le doigt – beurk, d’ailleurs, c’est assez gore et très bien fait, soit dit au passage !). Comédie, car le réalisateur a beaucoup d’humour et il crée des situations très drôles par leur singularité. Un mélange très habile où les genres ne se suivent pas vraiment, on dira plutôt qu’ils cohabitent ensemble tout au long du film.



Le métrage est très bien filmé. L’image est belle, on trouve assez souvent des plans larges typiques du western, l’histoire commence et finit d’ailleurs dans un désert. La musique est très jolie et accompagne agréablement tout le déroulement. S’il ne se passe pas beaucoup de choses à la minute (certains pourraient qualifier le film de chiant, maintenant les goûts et les couleurs…), c’est l’ambiance qui est forte et qui agit comme un rouleau compresseur. Le casting est une autre grande force. L’acteur principal (Trond Fausa Aurvaag) est génial dans son rôle, il interprète à merveille ce gars qui semble au bord du désespoir mais qui ne l’exprime que de manière silencieuse (par politesse ? ou par conscience que ça ne servirait à rien ?). Les autres acteurs s’en sortent eux aussi très bien.
Cette jolie découverte qui sort dans les salles est originale, sympa, drôle, effrayante, bref ça mérite le détour. Enfin, si ça peut finir de convaincre certaines personnes d'aller le voir, le film a reçu une batterie de prix cinématographiques en tout genre (des prix norvégiens qui équivalent nos césars en France, le grand prix du festival Gerardmer, le prix Acid du festival de Canne 2006, etc...).


Le titre "Norway of life" est quelque peu réducteur car le film pourrait se dérouler dans n'importe quelle autre ville occidentale. C'est une critique d'une société dans laquelle toute passion, toute émotion et où tous les aléas de la vie sont remplacés ou formatés dans un "politiquement correct" sans concession. Le film laisse la place à des questions ouvertes : le héros se trouve-t-il perdu au paradis ou en enfer ? Le bonheur peut-il être formaté ? Le film est très bien fait, avec des acteurs formidables de vérité dans l'indifférence et pour le héros le désarroi. La réalisation joue parfaitement avec les décors pour donner une ambiance et un rythme bien à part. Le film mêle l'humour avec quelques petites scènes sanglantes et des interrogations dérangeantes sur la vision que l'on peut avoir de la société idéale et lisse.



Ce film m'a paru... étrange ! L'histoire est très originale et la vision d'un monde sans goûts, sans odeurs et sans sentiments et très bien rendue. Les acteurs sont très bons, mais malgré ça, je n'ai pas beaucoup accroché. En effet, même si une pointe de comique apparaît de temps en temps, il reste quand même plusieurs longueurs. Bref, ce film ne m'a pas déplu, mais je m'attendais à quelque chose d'un peu plus réaliste et rythmé.



Je suis très mitigé sur ce film que j'ai à la fois aimé et trouvé décevant ; j'ai aimé le sujet, la façon de filmer et l'ambiance envoûtante du film. Par contre je trouve que la différence entre le personnage principal et les autres n'est pas assez marquée. Ingeborg par exemple a parfois des sentiments. La critique visible de la société est trop concentrée sur certains points et on a l'impression que le réalisateur n'a pas su choisir entre un film social et un film fantastique. D'ailleurs le choix est laissé au spectateur qui peut voir une critique exacerbée de la société qui rejette celui qui est différent et a encore des rêves d'où l'absence d'enfant, reflet de désirs et d'avenir non établi, ou on peut imaginer un film purement fantastique le héros ayant fait une tentative de suicide et se trouvant dans un monde de coma intermédiaire avec encore des sentiments et finissant par retourner à la vie. Ce film me semble un peu inachevé, mais attirant cependant.


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