Les biopics se suivent et ne se ressemblent pas. On se souvient qu'en 2007 Olivier Dahan relança le « genre » grâce au succès planétaire de son film La Môme. Par la suite, bon nombre suivirent l'exemple, d'Antoine de Caunes à Joann Sfar, en passant par Jean-Paul Rouve. Cette semaine, à l'occasion de la sortie en salles de Gainsbourg (vie héroïque), les rédacteurs d'Excessif ont imaginé quels pourraient être les prochains biopics envisageables sur nos écrans. Nos rêves rejoindront-ils un jour la réalité ? Petit florilège...
Tex Avery, par Julie Decottignies
Génie de l'animation, Fred Bean « Tex » Avery révolutionna le cartoon en y insufflant folie et absurde. Si sa vie ne paraît pas au premier abord faire le matériau idéal du biopic, nul doute que son imaginaire peut enrichir n'importe quelle histoire, la sienne comprise. Là est le truc : insérer ledit imaginaire à l'écran, mêler à la réalité le monde de Tex, un monde où la gravité n'existe que si l'on regarde en bas et où les chiens neurasthéniques finissent toujours vainqueurs. Mais gardons-nous bien de croire ses dessins totalement irréalistes, rappelons-nous par exemple, de son « Der Gross Méchant Loup » nazi tourné en ridicule par trois petits cochons alliés et censuré en conséquence. Outre retracer une page d'Histoire, un biopic serait l'occasion de sortir des tiroirs les œuvres censurées du maître, et bien sûr, de tracer le portrait d'un génie dans son genre comme de l'incroyable studio où il exerça, le « Termites Terrace », lieu si exceptionnellement humain que Tex ne blâma jamais le collègue dont la blague potache lui coûta un œil. Parce que, You know what ? He's happy. Un titre qui rendrait plutôt pas mal, accolé sur une belle affiche à la bobine de John C. Reilly.
Edgar Poe, par Nicolas Houguet
L'ambiance de ce biopic serait évidemment noire et marquée par le désespoir qui domina l'existence de l'écrivain, rongé par l'alcool et mort dans de troubles circonstances. Sa jeunesse est celle d'un poète, fauché. Il connaît une longue période de nécessité avant la reconnaissance. Enfin, il y aurait la maladie et la mort de sa jeune épouse Virginia, l'une des causes de sa propre perte. On imagine aisément un film suivant le destin de cet homme, parsemé de séquences évoquant son oeuvre et son imagination tourmentée. Passionné par le sujet depuis longtemps, Sylvester Stallone avait choisi Viggo Mortensen pour incarner l'auteur. Les succès récents de Sly auraient pu relancer le projet ainsi qu'il l'espérait. Mais il semble que les producteurs n'attendent pas cela de lui. Et c'est fort dommage...
Charles Baudelaire, par Nicolas Houguet
Il est tout simplement incompréhensible de ne pas avoir vu la vie de l'un des plus grands poètes français adaptée dignement au cinéma. Son destin offre quelques beaux épisodes : sa jeunesse dispendieuse de Dandy, son voyage avorté aux Indes, sa fréquentation des bordels et des paradis artificiels, sa passion pour Jeanne Duval (sa « Vénus noire »), le scandale et le procès à la sortie des Fleurs du Mal, l'aphasie qui l'a frappé à la fin de son existence... On pourrait imaginer des poèmes intercalés à l'image de ce qu'a fait Jane Campion dans Bright Star pour Keats. L'oeuvre serait belle, il faudrait pour interpréter le poète, un acteur de la prestance de Terence Stamp dans sa jeunesse (à la fois distingué et fiévreux)... cela pourrait devenir un beau film. Il faudrait que quelqu'un se saisisse du sujet.
Erasme, par Magali Menin
Il reste la figure emblématique de la Renaissance tant sur le plan intellectuel que théologique. Je pense que ses nombreux voyages, notamment la traversée des Alpes à cheval lui permettant de rallier Florence à Londres donneraient lieu à de magnifiques séquences à l'écran. Qui plus est, ce fils illégitime de prêtre a eu un parcours suffisamment mouvementé et pérenne pour donner lieu à un biopic riche en sensations et réflexions qui, bien sûr, laisserait une place de choix au personnage de la Folie cher à l'humaniste.
Harry Houdini « le roi de l'évasion », par Jérôme Béalès
Resté dans toutes les mémoires pour ses évasions spectaculaires, Houdini, de son vrai nom Ehrich Weiss, a déjà eu les honneurs d'un biopic. C'était en 1953 avec Tony Curtis dans le rôle-titre. Une version plus moderne de son existence mouvementée serait toutefois la bienvenue. Christopher Nolan, qu'on a vu très à l'aise dans l'univers de la magie avec son excellent Le Prestige, est un cinéaste tout indiqué pour mettre en images la vie et la carrière de cet immense entertainer. Passé maître dans l'art de mettre en scène le suspense autour de sa propre survie, Houdini fut considéré comme l'un des plus grands magiciens de tous les temps. Il consacra également sa vie à dénoncer les charlatans en tout genre, et notamment les adeptes, nombreux au début du XXe siècle, du spiritisme. Cette croisade lui valut d'ailleurs de se brouiller avec Sir Arthur Conan Doyle, le père de Sherlock Holmes. Une vie entière placée sous le signe du mystère, jusqu'à une mort en 1926 qui ne déroge pas à la règle, restée de nos jours controversée. Tous les ingrédients d'un biopic haut en couleurs sont donc réunis. Dans le rôle-titre, pourquoi pas Johnny Depp ?
Les Marx Brothers, par Damien Duvot
A l'heure où un biopic sur les Three Stooges peine à se mettre en place, pourquoi n'y en a-t-il jamais eu sur les frères les plus connus du cinéma ? Groucho a déjà référencé de multiples anecdotes sympathiques dans ses nombreuses biographies, Harpo a aussi écrit la sienne et étant donné que le « tétratrio » a sévi depuis le début du siècle dernier jusqu'aux années 50, on pourrait ainsi assister aux débuts d'Hollywood. Tel un Chantons sous la pluie, pourquoi pas en faire un musical, Chico au piano, Harpo à la harpe, Groucho à la chanson ; sur les scènes de vaudeville des années 20. Le projet courait depuis de nombreuses années avec Billy Cristal dans un des rôles, Ivan Reitman aux commandes, et l'on aurait bien vu à l'époque Bill Murray en génial moustachu. Aujourd'hui pourquoi pas un Robert Downey Jr en Groucho, Jim Carrey en Chico, Steve Carrell en Zeppo et l'excellent Lee Evans en Harpo ? Les Idées sont là, au besoin, appelez-moi.
John Wayne, par Laurène Guillaume
Marion Michael Morrison. Appelé plus communément Le Duke. Sa gueule d'ange nous incite à le voir en un Homme Tranquille, mais avec un caractère de "bérets vert". Sa carrière, aussi fascinante soit-elle, découle, entre autres, d'un réalisateur : John Ford. Sans cet acolyte, John Wayne n'aurait pas eu cette carrière-là. Et vice versa. Une chevauchée fantastique qui n'a épargné personne. Pas même La prisonnière du désert. Le duo fait la paire. Inséparable. Indissociable. Si bien qu'à la mort du réalisateur, le Duke verse une larme. Humain tout simplement... Le dernier des géants véhicule des notions d'individualisme, d'honneur et d'intégrité. Attaché aux valeurs traditionnelles, viscéralement anti-communiste, il représente ce symbole de l'Amérique. Cow-boy chevaleresque, icône de toute une génération, sa mort a marqué la presse en titrant : "Monsieur Amérique est mort".
Alain Bashung, par Laurène Guillaume
"Vertige de la vie"... L'épitaphe de Libé, tout aussi sobre et élégante que pouvait être celui qu'elle célébrait, résume en quelques mots le parcours, toujours pris en « contre-allée », du poète-rockeur Bashung. Jamais personne d'autre que lui ne sut aussi bien osciller entre la nuit et la légère éclaircie de Vénus, entre la quête absolue de sophistication et la recherche de la simplicité immédiate. Solaire, comme sur un trapèze, l'auteur se révélait sur scène où il parvenait, pour un moment, à sortir de sa timidité parfois autarcique pour mieux transmettre, sans impudeur mais parfois avec imprudence, ses sentiments les plus profonds. Complexe sans être contradictoire, improbable mais magnifique alliance des extrêmes, (il suffit de parcourir sans aucun express son travail, du déhanché décalé de Gaby à la silhouette monolithique de Bleu Pétrole, en passant par la rémission de ses blessures gainsbarriennes à l'aune de la fantaisie militaire, du Jésus Arrabalien qui multiplie les hamburgers, à son propre personnage discutant autour d'un thé avec Arno vu à travers le regard tendre et ironique de Benchétrit), l'oeuvre de Bashung est, et restera un bijou : incroyablement riche, osée, poétique et humaine.
H.P. Lovecraft, par PitouWH
Véritable monument de la littérature américaine (et même mondiale) à laquelle il insuffla une toute nouvelle conception de l'horreur, Howard Phillips Lovecraft n'a cependant jamais eu les honneurs d'un véritable biopic. Et on comprendrait presque pourquoi tant sa vie n'a rien eu du grand roman d'aventure, du destin fabuleux dont l'écho se répercuterait aujourd'hui en première page de tous les tabloïds. Sans oublier que ses prises de position les plus douteuses le rendraient difficilement sympathique. Et pourtant, si l'on trichait un peu en injectant par un moyen détourné (rêves, folie...) du fantastique dans le récit de son existence, nous obtiendrions à n'en point douter quelque chose de passionnant et visuellement excitant, une plongée fiévreuse dans les insondables abysses de sa création. Ron Howard a bien sur sa liste d'attente un projet semblable, The Strange Adventures of H.P. Lovecraft, mais pour le coup ce devrait être trop romancé et le véritable biopic de l'auteur reste donc à être imaginé. Et tant qu'à s'y atteler, mettre Clancy Brown dans la peau torturée de Lovecraft pourrait être une excellente idée !
Louis de Funès, par Gilles Botineau
Si on nous annonçait aujourd'hui la création de ce biopic, il serait certainement très difficile de trouver l'acteur capable d'incarner la célèbre star. Après avoir traversé les générations sans la moindre faille, son image, sa voix et ses expressions resteront à jamais gravées dans la mémoire collective. Y toucher serait finalement considéré comme une triste offense. Mais de par son aura et l'incroyable parcours dont il fut « victime », voilà une personnalité qu'il serait tout à fait intéressant de traiter sur grand écran. Des années de vaches maigres au piano-bar, de ses nombreuses rencontres qui l'ont aidé (Daniel Gélin, Robert Dhéry, Fernandel...) aux premiers succès, du triomphe absolu aux crises cardiaques, son existence demeure fascinante. Au delà de l'historique, le seul caractère du personnage est une véritable énigme. Comment un acteur d'une telle puissance, à la limite de la tyrannie sur certains plateaux de tournage, a pu se révéler d'une aussi grande timidité face à de nombreux journalistes au point d'être parfois totalement incompréhensible (bafouillages, marmonnements...) ? Enfin, son Amour pour la Nature (et plus précisément les roses), sans oublier l'importance de Jeanne (sa dernière épouse) à ses cotés sont des thématiques au potentiel cinématographique extrêmement fort. Alors, qui tente ?
Bill Gates, par Marion Thuillier
Etrange que le cinéma hollywoodien ne se soit pas encore emparé du parcours de ce self-made-man, un type de destin dont il se montre si friand traditionnellement. L'ascension de ce geek avant l'heure, devenu l'homme le plus riche du monde, réunit pourtant les ingrédients idéaux du biopic à l'américaine. Une intelligence précoce, puisqu'il fonde à seulement 20 ans la société Microsoft. Une compétition acharnée avec Steve Jobs, le cofondateur d'Apple, qui a déjà fait l'objet d'un téléfilm intitulé Les Pirates de la Silicon Valley. Une vie de famille épanouie, et enfin un tournant humanitaire sans précédent par le biais de sa Fondation dans les années 2000. Qui mieux que Spielberg pourrait nous montrer de l'intérieur un destin aussi semblable que le sien ? Comme acteur, j'envisage Matt Damon, brillant en jeune surdoué dans Will Hunting et en porteur de lunettes dans The Informant !.
Parcours en images d'une mannequin glorieuse devenue actrice, qui s'est imposé peu à peu avec superbe. De Falbala à Brigitte Bardot, on a pu assister à son évolution à l'écran.