Venu naturellement au cinéma par sa famille, Olivier Assayas a la pellicule dans la peau et une obsession en tête, l'apprivoiser. Ainsi, après avoir commencé aux Cahiers du cinéma, le retrouve-t-on bien vite derrière la caméra au point de s'imposer comme l'un des fers de lance du nouveau cinéma d'auteur français. C'est donc non sans envie qu'aujourd'hui il renoue avec Cannes quatorze ans après Irma Vep, pour Carlos, un projet fou qui convie la télévision aux joies du grand écran.
Carlos et le cinéma : la fascination d'une épopée noire
Lorsque l'auteur de Boarding Gate se lance dans Carlos, l'adaptation pour Canal + de l'histoire du terroriste international, il ne sait qu'une chose : celui qui hanta trois décennies de notre histoire avant d'être arrêté a tout pour être un héros de cinéma. Il a l'aura noire du révolutionnaire, les combats de son temps et surtout, il n'a jamais caché assumer leur radicalité. En somme, fascinant comme toutes les légendes obscures qui parcourent leur époque en ayant du sang sur les mains de Mesrine jusqu'au Che, il possède cette densité romanesque qui fait les personnages les plus illustres, mais aussi les plus discutés. Et plus sûrement encore, cette complexité qui caractérisent ceux que l'on juge, que l'on craint mais que l'on ne peut oublier.
Car Carlos n'est pas n'importe qui. Il résume à lui seul, la dangerosité d'une époque et la tragique destinée d'une jeunesse rebelle qui au tournant des années soixante prit les armes pour se faire entendre et changer le monde qui l'entoure. Il sera ainsi de tous les combats et ne reculera devant rien pour se faire entendre et les remporter. Prise d'otages, meurtres, voitures piégés : tout sera bon pour faire valoir ses convictions et le prix de ses idées.
Pour autant, Illich Ramirez Sanchez dit Carlos n'incarne qu'imparfaitement cet idéal d'homme révolté au charme presque désespéré. Il n'est aucunement de ceux qui n'aiment à lutter que pour de justes causes. Bien au contraire. Tueur redouté, il s'impose avec le temps comme un assassin professionnel et un mercenaire très éloigné du romantisme qui sied aux indomptés, ceux qui s'éprennent de justice et de liberté. Dès lors, le trouble d'une telle personnalité et l'outrance de ses engagements ne pouvaient qu'en faire un figure de cinéma presque parfaite. Personnage idéalement retors et incarnation malsaine d'un être qui assume sa noirceur et la revêt avec fierté.
Olivier Assayas, un faiseur aussi passionné qu'audacieux
Il n'en fallu donc pas davantage pour qu'Oliver Assayas se lance dans l'aventure et commandite trois épisodes pour traiter de la destinée de celui que l'on surnomma le chacal. Et la démesure du projet de 5h30 qui allait en découler n'aurait pas moins d'ampleur que l'existence qu'il se plait à raconter. Car Carlos s'impose comme une fresque où l'audace dispute à l'action, le soin de découvrir un homme, par delà ses actions et au travers de ses méfaits. Sans jugement ni procès.
Et quand on sait qu'elle est signée par l'homme à qui l'on doit Demonlover et L'Heure d'été, il ne pouvait y avoir rencontre plus profitable et diablement inspirée. Olivier Assayas possède en effet le don d'une écriture riche qui n'hésite pas à aborder de front les choses les plus complexes tout en s'offrant le luxe de parvenir à pleinement les faire partager. Sans parler de sa capacité à mettre en situation, avec sécheresse et sobriété, ses comédiens avec pour seule et unique intention, l'intensité et le récit de leurs actions.
Ainsi, à l'instar de Sidney Lumet avec Serpico, d'un Francis Ford Coppola pris dans son adaptation du roman de Mario Puzzo ou plus proche de nous, de Jean-François Richet, l'ex-compagnon de Maggie Cheung signe avec Carlos, un triptyque comme le cinéma français en connait peu. Et peu importe en définitive, qu'il ait été tourné pour le petit écran ou qu'il ait suscité une si vive polémique au moment où il fut proposé car il démontre qu'un cinéma français et ambitieux peut exister et qu'aujourd'hui, il y a des hommes comme Olivier Assayas pour le porter.

