A l'occasion de la sortie en Blu-ray de son Platoon, revenons un peu sur la mythologie américaine tissée par le sulfureux Oliver Stone...

Par Nicolas HOUGUET - publié le 14 mai 2010 à 13h00 ,
MAJ le 14 juin 2011 à 13h48 - 0 commentaire(s)

S'il est un homme qui déchaîne les passions, c'est bien Oliver Stone. On le déteste ou on l'aime jusque dans ses excès et son engagement. C'est un metteur en scène entier. Aucun de ses films n'est sorti sans qu'une polémique se déclencha. Parce qu'il y va et à fond, ils fonce dans le tas (dans la forme comme dans le fond). Ses films sont profondément personnels, violents, engagés jusqu'à frôler le sectarisme ou la caricature parfois. L'homme est totalement impliqué dans ce qu'il fait, dans une posture presque fusionnelle. Il s'investit dans ses films au point qu'on se demande s'il n'y risque pas sa vie. Ils sont tous intenses, furieux, révoltés, excessifs, totalement engagés, parfois agaçants. 

Mais son intégrité et son honnêteté ne font pas de doute. Son œuvre est sa vie, depuis le début comme en témoigne mieux qu'aucun autre Platoon, désormais disponible chez nous en Blu-ray. Mais avec la sortie de W.: l'improbable Président ou Wall Street : l'argent ne dort jamais, il a adopté une approche plus nuancée, plus assagie dans la forme, tendance déjà présente d'ailleurs dans le portrait de Nixon qu'il a dressé il y a quelques années. Il n'est pas manichéen comme on pouvait s'y attendre et comme il le fut jadis. 

 
Wall Street 2 - Oliver Stone - Michael Douglas


Son oeuvre est donc multiple et ne peut se traiter d'un seul bloc. Il faut cependant commencer par souligner sa portée extrêmement autobiographique, une manière d'aborder l'histoire par son intimité et sa subjectivité, son expérience propre qui fonde son oeuvre de cinéaste.
Il est né en 1946 dans une famille new yorkaise assez aisée (son père travaillait à Wall Street, ce qui donne au film éponyme une portée assez autobiographique). D'un milieu privilégié et conservateur, il grandit dans la haute société. Jeune idéaliste (et républicain convaincu alors), il veut faire ses preuves en tant qu'homme en s'engageant dans la guerre du Vietnam (pour voir s'il était capable d'y faire face). Revenu traumatisé et marqué par l'expérience, il a consacré sa vie et son œuvre a exploré ses blessures, la face cachée du rêve américain, créant au fur et à mesure des films une sombre mythologie moderne.

Il officie d'abord en tant que scénariste des films comme Midnight Express ou Scarface et participant à l'adaptation de Conan le Barbare, oeuvres mythiques et détonantes. Il dénonce dans l'un les tortures et les traumatismes atroces d'un homme arrêté pour détention de Marijuana en Turquie et que la prison va briser. Dans l'autre, il transforme le mythique personnage du gangster Tony Camonte (son nom dans le roman original d'Armitage Trail) en Tony Montana, immigrant cubain rejeté par Fidel Castro, réinterprétant du côté obscur le motif du « self made man ». Il choisit pour ses scénarios marquants, un sujet directement inspiré de faits réels ou d'un enjeu cinématographique fort (la brutalité sans concession et les temps farouches de Conan le Barbare). Il joue à la fois sur l'implication « citoyenne » du spectateur, ses convictions et ce qu'il attend d'un film (le suspense, les frissons, la fascination obscure). Une œuvre engagée certes mais également divertissante.

  

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Dans ses premières œuvres en tant que réalisateur, il s'affirme plus encore traitant de sujets qui le touchent profondément, qui lui sont intimes. On ne peut d'ailleurs pas douter pour aucun de ses films de la profonde sincérité d'Oliver Stone. Il y met toutes ses tripes. L'un de ses premiers efforts, Salvador, dénonçait l'ingérence des Etats Unis, leur complicité avec les dictatures qui étouffent l'Amérique du sud, il montrait avec la nervosité qu'on lui connaît, James Woods, dans la peau d'un reporter, obligé de prendre position, de s'engager contre l'horreur des tortures et autres exactions dont il est témoin. Ce problème de l'ingérence en Amérique du sud et dans d'autres pays n'est certes pas nouveau. On se souvient de l'assassinat du président Allende, et le soutien des USA au général Pinochet. C'est d'ailleurs ce qui a motivé l'engagement de Che Guevara auprès de Fidel Castro (auquel Stone a consacré deux documentaires, dont le très controversé, Commandante). Ils voulaient s'affranchir de cette tutelle. 

 

Platoon
On se souvient aussi que c'est cette même attitude de « gendarme du monde » qui provoqua la guerre du Vietnam dont Stone fut un acteur direct, traumatisé par ce qu'il y a vécu et en témoignant dans son second film Platoon en 1987. Il fut récompensé plusieurs oscars dont celui du meilleur réalisateur en pleine ère Reagan. 
Ce film eut l'effet d'une bombe. Son grand prédécesseur sur le sujet fut Apocalypse now de Francis Ford Coppola, mais ce dernier pouvait encore passer pour un trip, une parabole sur ce que la guerre fait commettre aux hommes. Le film était d'ailleurs l'adaptation de Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad, roman datant du XIXème dont l'histoire était transposée au Vietnam. Avec le film de Stone, pas de doute possible, il raconte ce qu'il a vu, les horreurs dont il a été témoin, la folie meurtrière qui gagnait ces hommes désemparés et vaincus dans « l'enfer vert ». La préparation des acteurs est entrée dans la légende, entraînés au cœur de la jungle dans des conditions très éprouvantes pendant deux semaines pour réellement ressentir le traumatisme de la guerre et investir totalement leur personnage. Oliver Stone a parlé pour ce film de « method directing » (actors studio version hard). On sent d'ailleurs que Charlie Sheen est son double. On sent la part immense d'autobiographie et de traumatisme et la part finalement assez mince de fiction. Même la rivalité entre les sergents Barnes et Elias (qui sert de ressort dramatique à l'histoire) n'est pas si fausse que ça, Stone dit d'ailleurs qu'il s'est inspiré de gens qu'il a connus pour les écrire (Elias est inspiré d'un « indien » qu'il a connu là bas, on le remarque d'ailleurs à la façon dont Willem Dafoe se comporte). Tout dans ce film a l'air authentique, par l'exigence et le refus absolu des compromis du metteur en scène.

Ce qui ne trompe pas, c'est qu'on se souvient distinctement de la première fois où on a vu Platoon, comme du moment où on a eu le sentiment de comprendre enfin quelque chose à la guerre. Il ne s'agit pas de stratégie, de frappes chirurgicales, d'objectifs militaires au service d'une noble cause. Il s'agit de massacres d'hommes de femmes et d'enfants, d'exactions, de destructions, d'assassinats qu'aucune cause, si noble soit-elle ne saurait justifier. On ressent d'ailleurs autant de peine pour ceux qui tombent sous les balles que pour ceux qui les tirent. Même si on peut succomber quand on est enfant aux belles gravures dans les livres d'histoires, aux exploits de Napoléon ou Jules César, la réalité de la guerre, c'est ça. Platoon devrait être projeté dans toutes les écoles dès que les enfants sont en âge de comprendre. On ne doit pas se protéger de certaines vérités. Et Stone ne vous ménage pas comme spectateur. Parce qu'un tel sujet n'est pas romantique, il n'y a rien d'héroïque à montrer là dedans. Lorsqu'on voit ce film assez jeune, on suit un peu le même cheminement que le personnage principal, engagé par principe pour défendre héroïquement des valeurs auxquelles il croit. Mais sur le terrain aucun de ces nobles idéaux ne tient la route. Stone en a fait là une brillante démonstration.


Né un quatre Juillet
Dans Né un quatre Juillet, Stone évoque les vétérans de cette guerre inutile, à travers l'évocation du destin de Ron Kovic, jeune homme exemplaire, américain modèle, sportif, patriotique, membre d'une famille WASP, exemplaire elle-aussi. Tout l'incite à s'engager au Vietnam. Et il y va, fier et la fleur au fusil, pour honorer son père combattant de la seconde guerre mondiale. Une fois sur place, il voit les paysans qu'on terrorise, les cris d'un bébé dans les bras de sa mère tuée, les villages incendiés car abritant prétendument des vietcongs. Une sorte de peur l'étreint dans le crépuscule d'un combat incompréhensible. Dans un état second, il tire sur une silhouette qui court vers lui, abattant ainsi l'un de ses compagnons dans ce qu'on qualifie par l'expression ridicule de « tir ami ». Plus tard, après avoir été blessé au talon, il cédera à la furie, tirant à découvert et se faisant finalement toucher. Cette blessure le rendra paraplégique à vie.

 
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S'ensuit alors l'une des plus belles et douloureuses remise en question jamais mise en scène au cinéma. Ce film constitue sans doute également le plus beau témoignage de ce que peuvent ressentir les gens handicapés ou paralysés, leur sentiment d'exclusion et la façon dont ils doivent se réinventer. C'est beaucoup plus profond qu'une réflexion sur les vétérans et ce qu'ils endurent. L'oeuvre pose la question d'un homme que tout destinait à être totalement intégré dans sa communauté, contraint de se rendre compte que toutes les valeurs auxquelles il adhérait étaient trompeuses, que la société est agressive quand vous ne renvoyez pas l'image du « vainqueur » ou que vous ne correspondez pas à la norme, comme il est difficile de s'accepter différent et de l'assumer. Cet homme est littéralement fauché par le Vietnam, sans la possibilité de connaître une femme, sans même l'espoir d'être regardé avec admiration (ainsi qu'il regardait les anciens combattants quand il était enfant). 
Mais dans ce purgatoire où il vit après sa blessure, il finit par devenir quelqu'un de bien, d'unique, hors des préceptes idiots de l' « American way of life », il a fallu tous ces traumatismes pour qu'il sorte de cette civilisation d'apparences et qu'il gagne en sagesse. Il s'agit là d'un chef d'œuvre et de l'un des tous meilleurs rôles de Tom Cruise (avec celui de Magnolia), incarnation de l'Américain modèle, du héros typique, dont l'image vole en éclats dans ce film. Et ici l'emphase d'Oliver Stone, parfois déplacée ailleurs (dans Alexandre), ses effets d'insistance sont parfaitement dans le ton. Un grand film lyrique et  passionné sur la condition humaine, où la prise de conscience du personnage principal suit celle de son pays. C'est sans doute son film le plus sensible.


Oliver Stone retournera une troisième fois au Vietnam en 1994, pour en explorer le traumatisme, mais avec un film plus mineur, Entre Ciel et Terre. Une analyse du conflit vietnamien et de ses séquelles à travers le destin d'une femme Ly et de sa famille. L'intérêt de ce film étant que cette fois il est vu du point de vue des vietnamiens, remontant à la guerre d'Indochine contre les Français et s'étalant après la défaite des américains. 
On sent chez le réalisateur une volonté d'explorer le passé, assez honnêtement d'ailleurs, puisqu'il ne se cache jamais d'être subjectif ou engagé. Il livre son interprétation de l'histoire, revient sur ce qu'il a vécu. Mais il a également abordé des sujets plus symboliques, objets de fascination pour lui.


La carrière d'Oliver Stone témoigne constamment du besoin de montrer une époque, celle des années 60 notamment (JFK, Nixon). Il montre des temps révélateurs, qui traumatisèrent et façonnèrent l'Amérique moderne jusqu'au 11 septembre. Il veut en pointer la mauvaise conscience. Mais il expose également son interprétation de l'histoire et des grandes figures qui le fascinent (The Doors, Alexandre, W.: l'improbable président).


The Doors

Dans The Doors, la figure de Jim Morrison n'est précisément pas celle du hippie typique. Elle en est la négation, le côté obscur, quelqu'un qui côtoyait les gouffres. On le verrait assez mal avec des fleurs dans les cheveux. Morrison est lié à la mort dans sa sombre légende. Il est l'homme qui simulait l'exécution d'un soldat sur scène. La mort était omniprésente dans les textes qu'il écrivait. On peut regretter que ce film demeure très à la surface et tombe dans le panneau des films biographiques, à savoir le recueil d'anecdotes un peu maniérées et ampoulées qui finalement amoindrissent le personnage. On a l'impression de voir « un mec bourré qui se prend pour un poète » (pour citer le personnage de Philip Seymour Hoffman dans Presque célèbre), plutôt que le symbole d'une mauvaise conscience américaine. On trouve là l'un des gros travers de Stone, sa complaisance pour l'ivresse, les orgies (pour accentuer le dionysiaque), la violence, le spectaculaire, l'imagerie un peu naïve du « sex drugs and rock n'roll ». Morrison aurait mérité bien davantage. Val Kilmer trouve pourtant là son rôle le plus marquant. 
Et comme tous les films de Stone, même les moins réussis, la tentative est intéressante dans son ambiance décadente, même si elle est trop emphatique, appuyée et finalement un peu grossière. Ça arrive parfois à Stone, de manquer son but à force d'insister sur sa « thèse » et de transformer ses personnages en stéréotypes (Alexandre). Pourtant, ces « ratages » ne manquent ni de panache, ni d'intégrité artistique et valent bien des films.  jfk_4 JFK
La plongée de JFK dans la face cachée de l'histoire est beaucoup plus convaincante et marque sans doute une date aussi importante que celle de Platoon dans la carrière du metteur en scène. On ne peut penser à un épisode plus symbolique dans le vingtième siècle américain, ni plus fascinant, d'une portée quasi-mythologique. On trouve dans ce film une évolution majeure dans le style de Stone. Il intercale dans son film des documents d'archives, utilise divers filtres de caméra, diverses qualités de films ( du noir et blanc abîmé au super 8) et un montage ultra nerveux (qui se trouvera poussé jusqu'à l'hystérie -mais à bon escient- dans Tueurs nés et L'Enfer du Dimanche). Ce procédé où la frontière devient floue entre la fiction et la réalité rappelle ce que James Ellroy fait en littérature dans sa grande trilogie « underworld USA », c'est à dire évoquer cette période traumatisante de l'histoire  américaine, l'exécution de Kennedy et y ajouter un traitement, un point de vue personnel. D'ailleurs, leur projet est le même, montrer la face cachée de l'événement, les coulisses troubles, les manigances et les complots qui ont pu mener à cet assassinat. Cela passe par une reconstitution minutieuse de l'événement (avec les images inédites du cameraman amateur Zapruder qui remettent en cause la conclusion du tireur solitaire, Oswald, celle soutenue par la commission Warren). 
Oliver Stone, à travers l'histoire vraie de Jim Garrison, procureur de la Nouvelle Orléans qui fut le premier à mettre en cause les conclusions officielles. Il écorne la version héroïque et lisse que les livres d'histoire exposent. Et il est très méticuleux dans son enquête, très méthodique dans sa manière d'en montrer le cours, même s'il demeure Oliver Stone et qu'il prend parti. Mais dans ce cas précis, c'est salutaire. Personne ne croit plus à la thèse d'Oswald l'espion communiste et solitaire, sniper hors-pair qui tua le président d'une « balle magique ». Une commission d'enquête a d'ailleurs tranché sur ce sujet à la fin des années 70 concluant à un probable complot menant à l'assassinat de Kennedy. Les preuves s'accumulaient, mais cette thèse ne fut pas poursuivie faute de témoins (ils disparaissaient mystérieusement avant de témoigner, les uns après les autres, c'est un fait.). Le président s'était mis à dos la CIA en virant son très respecté directeur, Allen Dulles, voulait restreindre les pouvoirs de J.Edgar Hoover, le tout puissant directeur du FBI, s'était mis les grands pontes de la mafia à dos depuis la croisade de Robert Kennedy contre eux (ils avaient pourtant probablement apporté des voies au président à Chicago par l'intermédiaire de Sam Giancana), l'armée était contre lui depuis la baie des cochons et il était soupçonné de laxisme vis à vis des communistes (notamment dans son esprit de détente et son hésitation à s'engager au Vietnam). Tout ça, on le voit et on en a confirmation dans le film, à travers l'enquête de Garrison. A vérifier d'autres sources, cette présentation des faits est exacte, les raisons d'assassiner JFK sont suffisantes.
Là où prendre Garrison comme base semble plus discutable, c'est dans la seconde partie du film, lorsque la procédure commence et que l'on s'attaque à Clay Shaw, homme haut placé à la Nouvelle Orléans qui aurait eu des accointances avec Oswald. C'est la limite du procès intenté par Garrison qui visait une personne alors que, comme le laisse présager son face à face avec le mystérieux personnage de Donald Sutherland, sorte de « Gorge profonde », c'est tout un système qui est impliqué. Mais il fallait bien attaquer quelqu'un, commencer à éveiller les soupçons pour que le dossier soit réouvert et espérer une réaction en chaîne. Cependant, la partie contre Clay Shaw présente moins d'intérêt que la première partie du film, cours d'histoire exemplaire, didactique, minutieux, qui fait réfléchir sur ce qu'on tient pour acquis. Un cinéma comme ça est d'utilité publique parce qu'il invite à la réflexion. Même s'il présente un point de vue, des hypothèses, une vision partisane manquant un peu de nuances (mais Oliver Stone est homme de passion), elle a le mérite d'ouvrir les yeux. En utilisant des images choc (montrer de nombreuses fois la tête de Kennedy qui explose, reconstituer l'assassinat d'Oswald, des images appuyées, des dialogues intenses), on peut dire que le metteur en scène atteint son but avec ce qu'il faut de manipulation. Il sait comment présenter sa thèse, comment l'orienter. 
Il a un point de vue risqué et on se souvient du scandale que ce film provoqua à sa sortie, il appuyait là où ça faisait très mal, comme pour le Vietnam. Il eut aussi le mérite non négligeable d'accélérer le processus d'ouverture des archives (largement censurées tout de même...) et d'ouvrir le débat et de délier quelques langues. L'exemple type de ce qu'Oliver Stone veut, on le tient avec ce film. Faire un cinéma sensationnel qui éveille les consciences et qui joue un rôle citoyen, militant. Ici, il a réussi son coup. 

 
Anthony Hopkins


Nixon

Pour Nixon, en 1995, il reprend à peu près ce même credo, faisant de son personnage principal controversé un héros shakespearien à la Richard III (c'est le prénom qui veut ça !), torturé par ses démons et ses manigances. Son chemin est pavé de mensonges et de morts qui le hantent. Ici, on est projetés dans l'intimité du pouvoir, dans ce que l'on ne divulgue jamais aux médias, dans les conversations cachées par Nixon lui-même sur ses fameuses bandes, l'impliquant profondément dans le scandale du Watergate, dans l'escalade des bombardements au Vietnam, dans son obsession d'être celui que l'on déteste, par opposition à Kennedy qu'on adule. « Quand ils te voient, ils voient ce qu'ils aimeraient être, quand ils me voient, ils voient ce qu'ils sont » dit-il en s'adressant au portrait de JFK. Nixon, dont on ne sait s'il fut une telle figure tragique, devient alors un héros typiquement stonien, torturé, pris au piège de cette bête fauve, le pouvoir, qu'il ne parvient pas à dompter. Il apparaît tellement empêtré dans ses mensonges qu'il finit par y croire et par se couper de ses proches les plus dévoués. Il y a de la fatalité dans ce personnage : un homme pris dans le tourbillon de ce qu'il a mis en branle et dont il ne peut plus se tirer, le mécanisme tragique par excellence, marqué par son enfance, sa mère, sa propre laideur... On peut voir un certain pathos, voire de la roublardise dans ce portrait de Richard Nixon, une étrange connivence avec cet animal politique sans grande conscience. Oliver Stone admet lui-même que au fond des yeux de son interprète, Anthony Hopkins, il y a une émotion, une douleur, indécelable dans celui de Richard Nixon. L'homme est décrit ici dans sa faiblesse, celle grâce à laquelle il est arrivé au sommet et celle qui le précipite dans l'abime. 
Faire de Nixon une figure mythologique, il fallait le faire ! Force est de reconnaître que Stone, toujours à l'aide de cette image protéiforme qui est sa marque (flash back en noir et blanc, effets d'une camera amateur super-8, incrustant ses acteurs dans des images d'archives, recréant minutieusement la qualité des apparitions télévisées...) y parvient avec panache. Il conclut surtout son diptyque historique en livrant un grand film politique, sur l'intimité du pouvoir à travers l'intimité d'un homme annonçant W. L'improbable président. Tout y est vu du point de vue du héros, de Nixon ou du procureur Jim Garrison dans JFK. Cela inscrit ces films dans une optique subjective qui permet à l'auteur de livrer sa vision, de garder sa liberté d'interprétation et d'expression, sans trop bafouer l'histoire.


Alexandre
On peut voir dans Alexandre un prolongement de cette obsession d'éclairer l'histoire. Ce film est certainement imparfait mais très intéressant et surtout symptomatique de son auteur et sans doute le film de sa vie, celui qu'il rêvait de faire. Son parti pris est de raconter la vie d'Alexandre le Grand par un de ces proches, Ptolémée. Cela donne à ce film un peu l'aspect d'un livre d'une grande ambition : évoquer par chapitres et dans sa totalité la vie de ce personnage légendaire et présenter son idéal. L'entreprise est pharaonique et presque mégalomaniaque. Un homme est à la tête de cela, Oliver Stone, qui porte le sujet en lui depuis très longtemps (on y voit un clin d'œil dans The Doors), il fait partie de ses références et il peut trouver le souffle épique de cette histoire dans son expérience de metteur en scène (car d'une certaine façon, JFK et Nixon traitaient déjà de figures mythologiques). 
Seulement, on se souvient du côté maladroit et un peu grossier de Stone quand il s'agit de traiter de symboles, par exemple la manière un tantinet ridicule dont il fait déclamer des tirades à Val Kilmer (en fait des poèmes de Jim Morrison incorporés au script de The Doors) dans des scènes de la vie quotidienne, rendant le personnage très agaçant et très prétentieux, presque radoteur. On pouvait redouter ce genre de citations dans Alexandre. Et aussi le côté très démonstratif de Stone qui ici, se retourne contre lui, puisqu'à force de seriner que le roi de Macédoine voulait abolir les frontières du monde et réunir les hommes sous un seul modèle (le sien) tout en respectant leurs spécificités culturelles, il en fait une sorte de mégalo égoïste, un va t-en guerre compulsif indifférent à la souffrance de ses hommes et prêt à tout sacrifier pour satisfaire sa chimère (plutôt nébuleuse telle qu'elle apparaît dans le film). « Les rêveurs nous tuent » conclut sagement Ptolémée. Il eut été bon que Stone insiste sur ce point...Bref la passion de Stone pour son sujet l'aveugle jusqu'à ce que son propos se trouble. On retrouve également sa passion « dionysiaque » pour les orgies, les sentiments poussés à bout, l'ivresse de tous poils.

 

Colin Farrell dans le film Alexandre


Ce film a donc les défauts des qualités de son auteur et c'est en cela qu'il est très intéressant. Il déborde de passion, d'excès, de bruit et de fureur, revêt l'antiquité des couleurs criardes qu'on lui a oubliées, livre de belles scènes à la furie Angelina Jolie (qui tient là son plus beau rôle). Bref, l'intention est bonne, la passion ardente et aveuglée par le mythe. Il s'agit d'une grande fresque imparfaite, mais intense. Ne pas en reconnaître le souffle et l'intégrité, c'est passer à côté de quelque chose. Ici Stone cherche à connaître Alexandre, même avec des moyens psychanalytiques un peu gros (complexe d'Œdipe exacerbé, homosexualité...). Il va trop loin comme toujours, s'enflamme, se fourvoie peut-être dans le déchaînement de passion qu'il met à faire son film, dans sa manière d'appuyer, d'exagérer... Pourtant, l'antiquité palpite ici, le sang bouillonne. A l'inverse des productions aseptisées comme Troie ou les vieux péplums, on sent une aspiration à la noblesse dans ce film. Et pour citer encore Ptolémée-Anthony Hopkins : « Son échec retentit plus fort que bien des réussites ». 
Car Oliver Stone est totalement dans ce film, avec ses défauts et ses qualités (l'intensité des scènes de batailles), son romantisme qui le pousse parfois trop loin mais qui procure de fort belles émotions (la face à face entre le cheval Bucéphale et l'éléphant Indien), même avec son lyrisme appuyé qui le pousse parfois aux frontières du ridicule.
 

World Trade Center
World Trade Center était avant tout un hommage aux victimes du 11 septembre qui a beaucoup pris de cours. On attendait sans doute de Stone un récit polémique (à l'image de Farhenheit 9/11 de Michael Moore). Or il n'en fait rien, colle à l'événement en train de se produire et aux vies qu'il affecte. Il élève une sorte de mémorial cinématographique à cette tragédie.
Nicolas Cage, pompier qui a déjà connu l'horreur des attentats, se trouve coincé sous les décombres, avec l'un de ses collègues. Dans le noir total et sous un enchevêtrement inextricable d'acier, ils sont piégés et parlent entre eux pour se maintenir en vie. Ils se raccrochent à ce qui reste lorsque tout semble perdu, l'amour qu'ils éprouvent pour leurs proches. On voit leur familles, ballottées dans la stupeur de ce jour-là et l'inquiétude horrible de les savoir disparus. 
Stone va très loin dans les symboles, appuie un peu trop ses effets (notamment dans une métaphore christique extrêmement affirmée), et pousse quelque peu certains clichés (les personnages deviennent tous représentatifs de la diversité de la société américaine. Il adopte la structure chorale typique des films catastrophes). Il n'a jamais été reconnu pour sa finesse. Les ficelles dont il use sont assez conventionnelles, sans cette audace formelle qu'on lui a souvent trouvé ailleurs. Le respect sincère et l'humilité qu'il a à traiter ce sujet, accouchent d'une oeuvre plus et plus policée aseptisée que celle qu'on attendait de lui. 
Cependant, il ne mérite pas le déchaînement de critiques qui lui ont été faites. Le film n'est ni raté, ni racoleur, ni malhonnête. Il est au contraire plein d'une humanité, d'une émotion sincère (qui vire certes vers le sentimentalisme). Cela se serait perdu s'il était parti dans une veine plus contestataire. D'autre part, Stone, célèbre pour critiquer les travers de son pays, montrait qu'il pouvait simplement l'aimer, à hauteur d'homme, quand dans le choc d'un drame tous les liens se resserrent. 

 
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Il faut voir World Trade Center comme une oeuvre maladroite sans doute, mais intègre et respectueuse (peut-être trop), dictée par un patriotisme dénué de ses relents nauséabonds: Stone se concentre sur la dimension humaine du drame. Certes ce n'est pas là son meilleur opus. Il tentait ici de revenir en grâce après le bilan mitigé d'Alexandre. Mais à le revoir, on ne peut lui dénier sa sincérité. World Trade Center est bien loin d'être un film indigne ou incohérent dans son parcours. 


Cette passion, ces excès et parfois même ces contradictions font partie de son style. Tout cela fait qu'on l'aime ou qu'on le déteste. Il n'illustre pas l'histoire, il ne l'interprète pas seulement, il la fait sienne, ce qui est son privilège de créateur. Il s'y engage totalement. Ainsi il prend souvent à contre-pied, par la sensibilité extrême qu'il met dans son sujet. Il peut faire preuve d'un sens de la nuance inattendu, dépeindre avec acuité une psychologie tourmentée (Dans Nixon ou dans W.: l'improbable président, où il n'a pas transformé Bush fils en bouffon). 
Il peut également en exalter les symboles, à sa manière excessive (brillamment dans JFK, d'une manière plus emphatique dans Alexandre, plus convenue dans World Trade Center). Son interprétation de l'histoire est profondément subjective et sensible. Il en donne une représentation personnelle et souvent pleine de souffle. Il a adopté une forme qui a exploré toutes les audaces (et les outrances) pour dépeindre la réalité qu'il ressent.


Oliver Stone a pu aussi se consacrer à des films qui traitaient aussi de faits de société qu'il voulait dénoncer, poussant sa grammaire cinématographique jusqu'à la frénésie ou même l'hystérie. Pour souligner une réalité en totale perte de contrôle, vampirisée et désaxée par les images de la télévision où des médias qui la transforment en zapping géant. 
Une partie de son œuvre s'est donc orienté vers cette critique d'une réalité qui ne voit qu'à travers les médias, de Talk Radio à l'Enfer du Dimanche. On pourrait appeler ça sa troisième période tant ces films sont marqués stylistiquement. Pourtant, cette inspiration beaucoup plus proche de personnages en crise, annonçait déjà le personnage central que Stone a portraituré dans W. L'improbable président, où il n'est pas seulement une figure historique mais où il a une jeunesse turbulente et quelques démons dont il doit se débarrasser. Cet autre versant de son oeuvre est également le plus contestataire, la plus audacieuse formellement. Un aspect de George W. Bush  cristallise toute cette violence et cette folie que Stone a mis en scène. D'une certaine manière, il en est la conséquence. 

 
Image Talk Radio de Oliver Stone


Déjà en 1988, Talk Radio montre à quel point la verve provocatrice d'un seul animateur radio peut pousser ses auditeurs jusqu'à leurs dernières extrémités, les mettre hors d'eux, les pousser vers la violence, l'hystérie et le mal, dont le concept est devenu flou. Mais la forme est encore classique et « sage ». Dans Wall Street, l'ignoble personnage de Michael Douglas est un modèle dans un monde qui ne vénère que la gloire et l'argent sans accorder d'importance à la manière dont on les gagne. Le personnage de Charlie Sheen est celui qui prend conscience de cela et qui passe de l'attirance au dégoût pour ce monde sans morale. Mais là encore, le discours est virulent mais la forme classique. 
 

Tueurs nés
C'est dans Tueurs-nés que la fureur explose, que ce message est assené jusqu'au vertige. Dans un film qui exploite absolument tout ce que la mise en scène peut offrir, tous les filtres, tous les traitements, dans une mise en scène frénétique au nombre de plans insensé (un peu du Tony Scott sous amphétamines). Oliver Stone expérimente son discours et fait de son spectateur une sorte de cobaye qu'il bombarde de plans et d'images, projetant d'autres images dans les fenêtres, sur les façades, utilisant des images subliminales... Tout est fait pour simuler cette société d'images où il est impossible de faire la part des choses et où deux tueurs en série complètement destroy, perturbés et à la philosophie plus que simpliste, peuvent devenir des héros populaires, des icônes (alors que ce ne sont que deux abrutis défoncés en permanence et animés d'une barbarie idiote). 
Là où le film est confus, voire ambigu, c'est qu'à travers ces images montées comme des rafales de mitraillette, le couple de Mickey et Mallory devient presque séduisant, cool. On se retrouve pris au piège de ce qu'on est censés dénoncer. On se souvient de l'épisode sitcom de l'enfance de Mallory avec son père dégueulasse et incestueux et les rires enregistrés qui ponctuent la scène. Il y a aussi le personnage du journaliste sans vergogne campé par l'excellent Robert Downey Junior, ou le directeur de prison sadique et caricatural campé par le cabotin Tommy Lee Jones, où encore le flic Scagnetti totalement détraqué (interprété par le délicieusement déjanté Tom Sizemore)... Bref, tous ces personnages (à l'exception notable et révélatrice de l'indien en dehors de cette société d'images incontrôlées) sont pires que le couple assassin, ce qui les rend finalement assez sympathiques. C'est la cause du scandale à la sortie du film. On n'a pas suffisamment vu que tout était vu du point de vue des tueurs nés (comme la scène d'ouverture et les multiples tonalités dans le restaurant, le suggère), tout est déformé. 
Et finalement, cette altération de la perception (« too much TV » voit-on en surimpression sur leurs torses dans le seul moment « sain » du film, chez l'indien) a envahi toute la société qui finit par élever des autels à Charles Manson ou ici, à Mickey et Mallory dans leur chevauchée meurtrière. Ce que Oliver Stone reprend ici, c'est l'idée de Jim Morrison qui disait « Je crois que spécialement aux Etats-Unis, il faut être nécessairement un politicien ou un assassin pour devenir une superstar » et reprend l'idée de ce même Morrison qui parlait des « cieux de télévision » qui nous gouvernent. La conclusion du film et son grand zapping, passant du procès d'O.J Simpson à la ferme de Waco, le suggère assez bien. La télévision nous submerge d'images de crimes en permanence dans une surenchère nauséeuse où l'atrocité du jour efface celle de la veille, créant l'amnésie et l'insensibilité. 

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L'Enfer du Dimanche
Ce montage frénétique et « télévisuel », cette avalanche d'images, Stone l'a adopté à nouveau pour probablement l'un des très rares bons films consacrés au sport, L'Enfer du dimanche. Peut-être est ce dû à cette mise en scène qui maintient la tension même après maints visionnages. Consacré au spectaculaire football américain, sport violent et tactique (presque guerrier), ce film est fun et rythmé (un montage musical admirable, en accord avec des images presque clipées). A travers le point de vue de Pacino le vieux coach, qui sait à quel point la beauté du jeu a été pervertie par la télé, qui incita à la surenchère, au dopage, aux salaires indécents jusqu'à l'absurde, nous tenons là une problématique pas si éloignée de celle de Tueurs nés. L'apparence tue l'essence. C'est le parcours initiatique qu'accomplira le jeune joueur doué (Jamie Foxx), échappant de peu aux sirènes de la gloire pour retrouver sa passion originelle. 
C'est aussi un film de gladiateurs où les matchs de football américains ressemblent à d'âpres batailles. Jamais, la métaphore guerrière sous-entendue dans tous les sports d'équipe n'a été montrée avec autant d'efficacité et d'évidence. Ici, on voit les coups, la douleur, les blessures et les existences conditionnées par un jeu, un plaisir, une futilité au départ. Tout cela a pris une importance ridicule médiatiquement et financièrement jusqu'à créer des athlètes contre-nature et souvent dopés, presque « génétiquement modifiés », hommes sandwich de luxe pour sponsors en mal de prestige. 
Et il y a aussi l'existence dorée que mènent ces sportifs déconnectés de la vraie vie, pleine de bimbos, de belle voitures, de fêtes monstrueuses et d'excès de toutes sortes. Oliver Stone n'a jamais craint depuis ses premiers scénarios (Scarface) à pointer ce que le péché peut avoir de séduisant et de sexy. 
Il y a surtout les matchs dont la mise en scène fait ressentir l'enjeu, la frénésie la pression et le suspense, comme jamais au cinéma, à travers Al Pacino totalement investi dans son rôle d'entraîneur, à la fois désabusé et passionné, à qui il donne son intensité et son énergie. Ce film est un modèle du genre, jusque dans les excès formels du metteur en scène qui sont ici parfaitement adéquats (ralentis, gros plans, déluges d'images et de couleurs, les effets d'accentuation des discours d'avant match, sa manière de tout ponctuer avec force qui convient parfaitement au milieu sportif). L'un des meilleurs Stone récents où on le retrouve tout entier et très en forme.


Dans U-turn, film qui, à le revoir est loin d'être négligeable (comme j'ai pu l'écrire par le passé, mea culpa), Sean Penn se retrouve aux prises avec l'Amérique profonde et ses péquenauds (rednecks) à la suite d'une panne de voiture. Cela permet à Stone de régler quelques comptes avec cette réalité-là, sans doute la plus vile de son pays. Ce film est aussi un hommage aux vieux films noirs, Jennifer Lopez étant la femme fatale qui fait commettre un crime à son amant (Sean Penn), pour sortir de son trou et se débarrasser de son dégueulasse de mari (Nick Nolte, toujours excellent), accessoirement shérif du patelin. On retrouve ici les vieilles obsessions de Stone, le dérèglement des sens, l'Indien... 

 
Image U-Turn de Oliver Stone


C'est toujours filmé avec maestria et de cette manière qu'il a expérimentée avec Tueurs nés, pour souligner l'étrangeté de cette réalité là, la rendre déplacée, hystérique, l'exagérer. L'oeuvre ressemble à un cauchemar. Penn est en pris dans une fatalité aussi tragique qu'absurde, fuyant les créanciers qui le poursuivent, se retrouvant piégé dans un bled paumé, dans les filets d'une nymphette hystérique (Claire Danes), sous la menace de son petit copain (Joaquin Phoenix) également dérangé, son sort entre les mains d'un garagiste goguenard et sous le charme d'une créature vénéneuse. 
Ce qui frappe, c'est l'ironie constante et débridée avec laquelle Stone raconte la perdition de son héros. Il donne un caractère outré et presque comique à la fatalité qui gouverne à son destin, jusqu'à sa fin, tragiquement dérisoire. U-Turn est un film sur l'égarement, la spirale d'un pécheur qui s'enfonce sans cesse dans une situation inextricable. Le microcosme au milieu de ce désert, montré presque comme une hallucination, est le théâtre de sa tragédie. Car le cinéaste, malgré les formes parfois expérimentales qu'il adopte, est un conteur classique qui se réclame souvent des grands ancêtres à travers les citations qui ouvrent souvent ses oeuvres (de la Bible à Virgile).


A évoquer l'ensemble de son œuvre, on remarque qu'Oliver Stone n'a cessé de livrer son interprétation d'événements qui ont fondé la mythologie américaine et la perception qu'on en a. Certes sa vision est subjective et excessive, pleine de bruit, de fureur, d'excès. Mais c'est aussi une peinture intègre, passionnée et réellement habitée de son pays et de sa civilisation à laquelle Stone ne cesse finalement de rendre hommage, même quand il la critique. 
Sa filmographie est une grande fresque héroïque de l'Amérique qui déchaîne les passions, sans doute la plus belle représentation d'un rêve américain qui ne cacherait pas sa part d'ombre. Oliver Stone en est l'historien, au sens antique du terme (comme Hérodote). Il reprend les symboles et explore les légendes, les fondements d'une nation, les traumatismes récents qui l'ont façonnée: la guerre du Vietnam, l'assassinat de JFK, la figure tragique de Nixon, le 11 septembre, le règne des médias tous puissants ou celui de George W. Bush.
Il livre de l'histoire, une vision profondément personnelle, inspirée, marquée par sa sensibilité. C'est ce qui fait de lui un très grand artiste, avec ses travers et ses grandes qualités. Tout cela le distingue. On reconnaît instantanément son style, riche d'une intégrité qui ne s'est jamais démentie, celle d'un auteur passionné, engagé et entier.


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