Jean-Jacques Annaud revient en force et en forme en cette fin d'année 2011 avec
Or noir, une grande épopée autour de la découverte du pétrole dans la péninsule arabique. Une production au casting international réunissant Antonio Banderas, Mark Strong, Freida Pinto mais aussi Tahar Rahim dans le rôle principal.
Nous avons pu rencontrer
Jean-Jacques Annaud qui nous parle avec passion de sa façon de faire les films, de son goût pour les grands espaces ou de sa volonté de mélanger différents acteurs.
Excessif : Au risque de se répéter de film en film, Or noir est encore un film qui ressemblent à vos précédents films...
Jean-Jacques Annaud : Oui c'est vrai ! J'ai eu le sentiment très tôt dans ma vie de cinéaste qu'il y avait des thèmes puissants que j'avais envie de traiter mais que j'ai toujours essayé de masquer. Mais presque tous mes films racontent l'histoire d'une jeune personne qui se transforme à la rencontre du monde, que ce soit mon héros préhistorique de La Guerre du feu qui, au cours d'un voyage rencontre une tribu beaucoup plus avancée que lui et qui comprend autre chose du monde, ou dans mon tout premier film, La Victoire en chantant, ce jeune géographe qui, alors qu'il avait le nez dans les livres se retrouve chef de guerre, c'est carrément l'histoire que je raconte avec mon jeune prince dans
Or noir. Il y a toujours un thème qui est extrêmement lié à moi qui est celui du bonheur de découvrir la raison des autres, une autre civilisation ou une autre culture que celle qui est la mienne.
Cette transformation, c'est aussi un peu votre histoire ?J-J. A. : Elle a été mon histoire à la sortie des écoles de cinéma, j'ai été envoyé en Afrique avec, à priori, aucun intérêt pour ce continent. Je suis tombé en amour pour l'Afrique en deux heures, et cet amour, je l'ai toujours. Je remercie l'Afrique de m'avoir transformé, de m'avoir fait voir les choses autrement, d'avoir chamboulé mon champ de valeur... Et c'est vrai que je suis maintenant à la recherche de ce moment où je vais être amené à aimer la différence, à m'identifier à des gens qui ne sont pas moi mais que je comprends.
D'où vous vient ce goût pour les grands espaces qu'on retrouve souvent dans vos films ?J-J. A. : Ayant grandi dans une maison charmante mais à l'espace limité, j'aime le souffle du désert, le souffle des grands espaces. Quand j'étais enfant et ensuite en école de cinéma, j'aimais le style de l'épopée, j'aimais Kurosawa, Eisenstein... je n'avais pas la moindre idée qu'un jour on me donnerait les moyens de faire ce genre de films mais c'est vrai que c'est mon bonheur.
Dans Or noir, on est dans une autre épopée avec la découverte du pétrole au Moyen-Orient mais on est aussi dans un film d'aventure à l'ancienne avec une dimension politique et religieuse.J-J. A. : J'aime bien les films que je décris comme des mille-feuilles ou des pyramides. Quand j'ai fait
Le Nom de la rose, c'était certes un polar dans un lieu étrange et mystérieux, mais il y avait une réflexion sur le savoir interdit, sur le rôle de la religion dans la paralysie de l'évolution de la pensée. J'ai toujours aimé aller au cinéma pour être diverti, être embarqué dans un monde que je ne connais pas et ressortir avec le sentiment que j'étais meilleur en sortant que quand j'étais entré, que j'ai appris quelque chose. J'ai un bonheur infini à passer deux ans à bouquiner, à voyager, à rencontrer des spécialistes, les gens des civilisations que j'ai à décrire. Je ressens un bonheur inouï à partager leur vie et, encore une fois, à la faire partager avec les autres. En choisissant une histoire avec un grand drame classique à la manière shakespearienne, on se retrouve dans ses grands espaces qui ont fait la force du cinéma américain, du cinéma russe d'avant-guerre, du cinéma japonais que j'ai tant aimé. J'aime cette intemporalité. Ce qui me fait plaisir, c'est que mes films soient revus des années plus tard sans qu'ils ne soient trop datés par une musique qui va marquer une époque très précise, des costumes avec des pantalons à fleurs et des chemises cintrées qui font vieillir les films d'une manière colossale ou qui les placent dans une nostalgie ennuyeuse. Avec
Or noir, c'est vrai que cette dimension d'universalité et d'intemporalité d'une grande épopée m'a beaucoup plu à faire.
Et en plus, vous êtes l'un des rares cinéastes français à le faire, un casting international avec une révélation française Tahar Rahim et des pointures comme Antonio Banderas, Mark Strong ou Freida Pinto.
J-J. A.: J'ai toujours eu le goût de ça. Si vous regardez tous mes films, il y a toujours eu des castings internationaux. C'est comme en cuisine, j'adore mélanger les saveurs. Je redoute beaucoup de faire des films avec des comédiens qui se connaissent trop ou qui sont de la même école de cinéma. C'est fascinant de mettre un Anglais, un Espagnol, un Français d'origine algérienne, une Indienne, une Ethiopienne et de les faire jouer ensemble pour la même cause, celle d'une population aux influences multiples, celle de la péninsule arabique, une région entre l'Inde et l'Afrique avec au Nord, la Jordanie, la Syrie et le Liban. Une région avec l'influence des anciens croisés que l'on retrouve avec des Arabes aux yeux bleus, c'est Mark Strong qui a lui-même des origines austro-italienne ; Antonio Banderas qui se pense de sang arabe parce qu'il est Andalou et qu'il est difficile d'être Andalou sans avoir du sang arabe dans les veines après une occupation si longue. Et puis avec eux des acteurs de différentes origines. Cela donnait une fusion, je voulais que le film ne soit pas cantonné à un minuscule royaume d'Arabie, je voulais que ce soit le monde musulman tout entier qui se retrouve dans cette aventure.
Or noir de Jean-Jacques Annaud, dans les salles le 23 novembre 2011.