Comme pour l'animation, les Français étaient relativement absents de cette cession. Seuls répondaient présents de petites sociétés comme Mathematic qui, avec une équipe de 16 personnes et seulement quatre ans d'expérience, a réalisé des pubs stupéfiantes. Ou encore Mikros, cantonnée là encore cette année aux publicités sans oublier un joli spot de Digital District pour Amnesty International. Les amateurs d'FX n'étaient néanmoins pas floués, grâce à la venue du président-fondateur de The Third Floor, mais aussi grâce à un nouveau partenariat entre ParisFX et la Film London qui nous permettant d'assister à des conférences passionnantes de trois des meilleurs sociétés d'effets spéciaux anglaises : Moving Picture Company, Cinesite et Double Negative.

Ancienne filiale de Lucasfilm, The Third Floor s'est spécialisée dans la prévisualisation, ces story-boards animés en image de synthèse grossière. Très actif dans la quête de reconnaissance de ce nouveau métier du cinéma, le président de la compagnie, Chris Edwards est aussi le fondateur de la Previsualisation Society. Et c'est en tant que tel, qu'il prit soin de replacer son corps de métier dans une perspective historique, revenant sur le rapport aux story-boards d'Hitchcock, sur les rip-o-matics de
La Guerre des étoiles (les batailles spatiales étaient définies à l'aide d'images d'archives de films de guerre), ou encore sur la toute première prévisualisation, datant de 1986 pour le méconnu
The Boy Who Could Fly. Mais sa présentation valait surtout pour un nombre impressionnant d'anecdotes croustillantes. Nous y découvrions notamment les story-boards affreusement mal griffonnés par Spielberg pour la réalisation de plusieurs scènes primordiales de
La Revanche des Sith, ou encore que Lucas sur ce même film avait tellement tâtonné, qu'ils conçurent plus de 7 000 plans ! Nous découvrions aussi que Burton n'est en rien responsable du découpage de la scène de la chute d'Alice dans
Alice aux pays des merveilles, le réalisateur se contentant d'indiquer aux employés de The Third Floor que «
la chute devait être physiquement difficile, pas comme dans le film Disney ». Charge à eux de faire le reste ! On découvrait enfin que Marvel n'avait laissé à The Third Floor que 12 heures pour faire leur preuve sur un test, afin de remporter le contrat d'
Iron Man. Cette conférence passionnante se concluait sur les différentes déclinaisons de la prévisualisation : les post-viz, permettant de concevoir grossièrement les trucages une fois le tournage terminé, ou encore les pitch-viz, petits films utilisés par les réalisateurs et producteurs pour aider au montage financier d'un film. Edwards reconnaissait néanmoins que la conception d'un film est de plus en plus non linéaire, et que c'est sur le temps réel que reposait le cinéma de demain, rendant à terme la prévisualisation obsolète.
La filiale de Kodak, Cinesite, venait lever le voile sur l'un des FX les plus classiques de la franchise
Harry Potter, à savoir le nez de Ralph Fiennes effacé pour le transformer en Voldemort. Un trucage plus complexe qu'on ne pourrait le croire, une énorme portion du visage du comédien étant entièrement virtuelle dans tous ces plans. Nous apprenions notamment que le simple fait que ce visage soit privé d'appendice nasal, changeait toute la répartition des muscles, posant des soucis insoupçonnés à l'étape de l'animation.
C'est ensuite avec une fierté parfaitement justifiée que Paul Davies, un ancien de Sony Picture Imageworks, venait nous parler de son travail sur
Iron Man 2. Si ILM a été beaucoup mis en avant sur la nanar de Jon Favreau, on a moins parlé de l'excellent travail de la société londonienne, qui a écopé d'un vilaine patate chaude : toute la séquence située à Monaco. Paul Davies a ainsi souligné le fait que Double Negative dut reconstituer numériquement la quasi totalité du décor de cette scène, notamment pour les plans de course, mais est surtout revenu sur les soucis de conception de la séquence. Problèmes de design tout d'abord, notamment avec les fouets de Mickey Rourke, mais aussi avec l'armure d'Iron Man. Le design a changé tant de fois, que les produits dérivés d'
Iron Man 2, et notamment les jouets, n'ont plus rien à voir avec le design qui aura été finalement approuvé. Entièrement numérique dans toute la séquence, l'armure d'Iron Man comportait plus de 3 000 pièces, dont il fallait gérer l'animation en évitant les pénétrations. Mais c'est surtout sur l'écriture visuelle du film que la séquence a posé souci, et notamment sur le déploiement de l'armure. Double Negative dut en effet remplacer Robert Downey Jr. partiellement ou entièrement dans la plupart des plans, ou même ajouter des inserts qui n'étaient pas prévus pour obtenir un résultat lisible et convaincant. À la fin de la postproduction, Jon Favreau, pourtant réputé très avare en compliments, aurait déclaré à l'équipe de Double Negative qu'ils étaient parvenus à transformer la séquence la plus problématique du film, en scène la plus mémorable.
Enfin, on ne s'attendait pas forcément à être émerveillé devant la conférence de MPC qui traitait du
Choc des Titans,
Le Monde de Narnia : l'odyssée du passeur d'aurore et
Harry Potter et les reliques de la mort. Et pourtant, la directrice artistique des effets spéciaux visuels, Virginie Bourdin, nous a présenté certains des plus beaux travaux de cette cession de ParisFX. Sur
Le Choc des Titans, MPC a conçu Argos, citée certes entièrement imaginaire mais inspirée de lieux réels, comme La Valette ou les favelas de Rio. On remarquait surtout l'intelligence de la réflexion urbaniste sous-tendant le design de cette ville, ou encore comment la chorégraphie des scènes d'action avait pu influer la topographie de cet énorme décor numérique. Sur
Harry Potter et les reliques de la mort, Virginie Bourdin et son équipe se sont chargés des séquences d'Appariting, des déplacements magiques quasi instantanés, qui devait être viscéraux et douloureux. Les concepts, mélangeant les corps et les objets, rappelaient les plus beaux délires graphiques de Michael Ploog pour
The Thing. Dommage que le compositing et les multiples particules qui inondent ces plans au final nous empêchent d'en profiter. Mais le clou du spectacle provenait, à notre grande surprise, du
Monde de Narnia : l'odyssée du passeur d'aurore, film pour lequel MPC s'est chargé d'un immense serpent de mer qui attaque le bateau des héros. Étonnamment, la Fox a choisi un look plutôt inhabituel, poussant les designers et les sculpteurs de MPC à laisser libre cours à leur imagination. En photographiant des poulpes et des poissons achetés au marché (et qui embaumèrent la compagnie à mesure qu'ils pourrissaient !), en multipliant les appendices du monstres (ce qui fit cauchemarder l'équipe du rig et les animateurs), MPC est parvenu à des images absolument dantesques qui, isolées de leur contexte, sont dignes des scènes les plus évocatrices de Lovecraft. Et on pèse nos mots !
Bref, encore une foison d'images et d'informations de première main, qui continuent de faire de ParisFX un rendez-vous immanquable pour tout cinéphile qui se respecte !
ParisFX première partie : l'animation