Quiconque regarde la filmographie récente de Paul Greengrass ne peut faire abstraction de l'intérêt de notre homme pour l'époque et ses tourments.

Par Jean-Baptiste GUEGAN - publié le 12 avril 2010 à 11h18
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Quiconque regarde la filmographie récente de Paul Greengrass ne peut faire abstraction de l'intérêt de notre homme pour l'époque et ses tourments. D'aucuns lui reprocheront sûrement la facilité de son implication quand d'autres au contraire lui contesteront le droit d'être légitime en tant que cinéaste et acteur désormais majeur d'une industrie prompte à simplifier et viser uniquement les bons offices du divertissement. Et pourtant, force est de constater que notre homme n'en a que faire.

 

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Portrait d'un homme de son temps
 
Anglais originaire du Surrey, Paul Greengrass est amateur de sujets forts et plus encore de sujets de son temps. Incontestablement. Attiré par le journalisme au terme de ses études universitaires, il s'engage ainsi bien vite dans la voie du cinéma et s'en sert davantage comme d'un outil pour comprendre et restituer son époque que comme d'un moyen de divertir à bon compte.
 
Ainsi, Ressurected, son premier long-métrage tourné en 1989 le montrait déjà, lui qui conte les déconvenues de Paul Williams, soldat britannique considéré comme perdu lors de la guerre des Malouines et qui fait sa réapparition soudaine des semaines après sa disparition. Cependant, après Envole-moi, deuxième film plus mélodramatique néanmoins appuyé dans son intention frontale de montrer aussi bien l'amour que la maladie, c'est plus sûrement Bloody Sunday qui va le confirmer. Emblématique d'un style qu'il saura cultiver et faire évoluer, ce film par ailleurs récompensé à Berlin par l'Ours d'Or, n'est pas le moindre sur la guerre impitoyable que se livraient Irlandais et Anglais dans les années 1970. Et surtout il accordera à ce dernier l'aura d'un cinéaste au pire versé dans l'exploration de sujets historiques et polémiques, au mieux investi pour saisir et dire autrement les injustices du passé.
 
Certes, Hunger est loin et Bloody Sunday n'a ni la portée de Chronique des années de braise ni la puissance de La Bataille d'Alger, l'un de ses modèles. Pourtant, il révèle les troubles d'une conscience autant que le souhait de s'impliquer puisque ce film produit entre autres par Jim Sheridan (Au Nom du père) fait suite à l'envie pour Paul Greengrass d'aller plus loin, en faisant un film sur son pays, la Grande-Bretagne, alors que Tony Blair se décidait à questionner les évènements d'Irlande du Nord. Une réflexion qu'il poursuivra d'ailleurs avec profit en produisant Omagh de Pete Travis, drame sur le terrorisme aveugle et la radicalisation de l'IRA.

 

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De l'Irlande à l'Amérique : s'investir reste la règle
 
« En portant son regard sur un évènement particulier, un cinéaste peut y avoir quelque chose qui dépasse le cadre de cet évènement et touche à l'essence de la société. Vol 93 a été réalisé dans cet esprit. »     Paul Greengrass au sujet de Vol 93
 
Mais ce qui concrétise plus encore ses intentions, outre ses productions télévisées, ce sont assurément Vol 93 en 2006, le premier film à parler explicitement du 11 septembre et aujourd'hui Green Zone. Deux films qui reviennent chacun à leur tour sur le terrorisme, ses sources et leurs conséquences lorsqu'elles sont lues au prisme de l'action politique, qu'elles soient indécentes, troublantes ou mensongères. Car si Vol 93 revient sur le détournement d'un des avions qui s'écrasa malgré l'action de ses passagers et sur l'inanité des autorités, Green Zone insiste - avec du retard certes - sur les manipulations qui présidèrent à l'intervention en Irak et les mensonges qui la justifièrent, creusant plus encore une veine explorée récemment et pour bien d'autres raisons, par Roman Polanski avec The Ghost Writer.
 
Acteur, suiveur ou moralisateur ?
 
De fait, comme Paul Greengrass lui-même l'exprime, si « les cinéastes ont également un rôle à jouer » au point de ne pas devoir «  négliger notre monde et sa réalité », lui reste pour l'heure un acteur qui s'assume. Et l'un de ceux qui traitent en conscience de sujets que défrichèrent avant lui Sidney Pollack, Sidney Lumet ou encore Alan J. Pakula lorsqu'ils tournèrent l'objectif de leur caméra vers le monde.
 
Toutefois, il serait fortuit et grandement exagéré d'en faire l'un de ces hérauts d'un cinéma politique et que l'on qualifie par abus et facilité, d'engagé. Non, Paul Greengrass, s'il sait le monde qui est le sien, n'en reste pas moins un acteur parmi d'autres d'une industrie dont l'objectif majeur n'est pas la contestation ou la prise de position. Evidemment, il est plus investi que d'autres. Il sait se servir de ses films et du cinéma pour cela. Mais il ne faudrait pas non plus trop en attendre car aujourd'hui, c'est tout autant l'entertainer que l'on discerne après la série des Jason Bourne, que l'éminent critique de nos élites et de nos travers.

 

Green Zone de Paul Greengrass
 
Somme toute consensuel après tout et peu enclin à pouvoir prendre d'autres risques dans des cadres si étroits, on pourrait allégrement croire qu'il puisse être tenté de se parer de l'aura offusquée qui siérait alors à son rôle : celle du dénonciateur si chère au pamphlétaire Michael Moore. Ainsi, bénéficierait-il à moindre frais d'un surplus d'âme pour l'argumentaire promotionnel de ses films. Et pourtant, tout laisse à penser qu'il semble ne pas s'y résoudre ni s'en laisser convaincre. Car derrière l'artiste et l'homme, se cache un réalisateur qui œuvre dans les méandres des productions hollywoodiennes comme nombre d'autres glorieux anciens avant lui. Porteur d'une vision morale et politique, ses films parlent pour lui et peu importe qu'ils soient datés ou paraissent opportunistes, tous expriment clairement et pour le moins, le regard d'un acteur responsable et d'un citoyen impliqué. Et ce n'est pas le moindre des talents. 
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