Par Nicolas Houguet - publié le 06 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 09 octobre 2009 à 14h23 - 7 commentaire(s)
Certains acteurs sont des légendes. Des icônes, des vraies. Peu atteignent ce statut, cette marque qui fait de chacune de leurs interprétations quelque chose de très particulier. Brando l’a eu. Nicholson l’a. Et assurément Paul Newman aussi, mais d’une manière moins tapageuse. Même octogénaire quand on le retrouve comme récemment à l’écran sous la caméra de Sam Mendes dans Les Sentiers de la perdition, où il est pourtant un vieux gangster au fond assez impitoyable, c’est la même sympathie que l’on ressent, l’attachement pour un acteur exemplaire qui a marqué de sa présence tout un pan de l’histoire du cinéma américain.


Parce que personne ne peut détester Newman. Il dégage quelque chose de malicieux, d’humain, d’espiègle et de sensible, une nonchalance à toute épreuve, alliée à un professionnalisme et un perfectionnisme qui se rencontrent rarement. Il pousse son interprétation jusqu’à la rendre fluide, naturelle, facile, avec toute la technique que cela implique. Il est un acteur chevronné et l’un des plus éminents représentants de l’actor’s studio. Seulement il a quelque chose de plus, cette grâce indéfinissable qui le rend tout simplement cool, sympathique, attachant plus que n’importe qui. Personne n’égale son aisance, sa facilité. Personne ne fait passer l’ironie et la malice comme lui. Cet anticonformisme discret qu’il parvient à suggérer à chaque rôle. Parvenir à être rebelle en demeurant moral, équilibre superbe.


Les premiers films qui viennent à l’esprit quand on évoque Newman sont Luke la main froide ou ceux de ce glorieux duo qu’il forme avec Redford, dans l’Arnaque et Butch Cassidy et le kid du grand George Roy Hill. Toujours des rôles d’arnaqueur, de voyou, d’honnête brigand. C’est le plus grand des voleurs oui mais c’est un gentleman (ce n’est pas de moi, je le concède, mais ça rend justice aux grands personnages de Newman). Il a l’honneur et la rouerie des hors-la-loi, ce qui le rend éminemment sympathique. Il n’est jamais une fripouille complète, ni un bon samaritain idiot, droit dans ses bottes. Il est toujours dans cette ambiguïté sympathique, de rusé renard : celle de Robin des bois ou du héros des fabliaux médiévaux, Renart. Et c’est ainsi qu’il est mythique. L’un des derniers héros glorieux de Hollywood, avec cette classe, cette noblesse et ce supplément d’âme qui sont accordés à bien peu d’artistes.


Alors on peut déplorer dans ce panorama représentatif de son oeuvre, que ses grandes heures manquent à l’appel (L’Arnaqueur, Butch Cassidy et le kid, L’Arnaque). Mais on retrouve Newman dans son travail, dans sa belle manière d’évoluer tout en conservant la même intégrité, dans la cohérence de ses choix et dans le sérieux minutieux avec lequel il aborde chaque rôle.
Chacun de ces films perdrait gros s’il n’était pas au générique. Parce qu’il a cette présence amusée et pleine de finesse et de second degré quand c’est nécessaire, toujours d’un enthousiasme sans faille qui donne de la profondeur à chacune de ses apparitions. Il a cette chose indéfinissable qui s’appelle le charisme et le charme qui vous font le retrouver comme un vieil ami à chaque film. Essayez donc d’établir ce genre de lien avec des acteurs aussi charismatiques que Tom Cruise ou Keanu Reeves... Newman a ce talent là, d’une manière innée, cette humanité qui rend chacun de ses personnages extrêmement proche.


Peut-être parce que lui-même est un homme bien, investi honnêtement et pas pour la pub dans de justes causes pour lesquelles il se dévoue sans compter (acceptant régulièrement d’apparaître pour en faire la promotion, lui qui n’aime pas l’exposition excessive). Il ne se prête pas aux grands cirques médiatiques et ne l’a jamais fait.
Il n’a jamais abusé de son statut de légende. Il n’a jamais eu cette maladie dommageable qui atteint tant de monde aujourd’hui, où chacun veut être célèbre et ferait n’importe quoi pour passer à la télé.
Ce qui frappe chez Newman dans ses rôles et dans sa vie, c’est son humanité profonde. Cette simplicité et cette humilité rare pour ceux qui sont sous les projecteurs et pour les aspirants à la gloire, c’est un acteur qui a fait sérieusement son travail, un peu à l’image du grand Philippe Noiret en France, qui a parfait son artisanat avec un sérieux et une implication intacte, en lui ajoutant cette touche « canaille », cet amusement intact que lui seul est capable d’insuffler avec tant de grâce dans tous ses rôles (qu’ils soient légers ou graves).
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