À l'occasion de la sortie des Aventures de Philibert, capitaine puceau, petit retour sur les leçons d'histoires revues et corrigées par les nanars.

Par Nicolas GILLI - publié le 04 avril 2011 à 12h00 ,
MAJ le 04 avril 2011 à 12h26 - 0 commentaire(s)

Le nanar est un genre à part entière. Généralement il est drôle sans le vouloir, et c'est la raison principale pour laquelle il est considéré comme un nanar, en apparence d'un sérieux sans reproches mais hilarant au second degré. Avec Philibert c'est différent car le film est pensé pour être drôle... sauf qu'il ne l'est pas. Pathétique, donc amusant selon le recul pris par le spectateur. Et c'est ainsi qu'il s'inscrit dans une tradition antique du nanar historique.

Les aventures de Philibert, capitaine puceau de Sylvain Fusée

Ces films qui revisitent l'histoire sans honte, brandissant leurs effets de mise en scène et leurs propos douteux avec conviction, sont toujours sur la frontière entre nanar et navet (la nuance est importante, le navet est indéfendable au millième degré), mais peuvent pourtant être considérés comme de bons films également. En toute subjectivité, revisitons l'histoire de l'homme, et de la France aussi, à travers une poignée de nanars.


Le nanar préhistorique


Signe distinctif du nanar préhistorique : il n'hésite pas à faire se côtoyer les hommes et les dinosaures. Aberration scientifique mais élément essentiel du genre, avec les mammouths. Ici on ne parle pas d'Un million d'années avant J.C. de Don Chaffey par exemple qui, malgré son âge et son côté kitsch aujourd'hui, reste une référence. Par contre, des perles telles que La Guerre du fer d'Umberto Lenzi prouvent que les Italiens sont les maitres du genre depuis toujours. Mais pas seulement ! Par exemple du Clan de la caverne des ours de Michael Chapman jusqu'à 10.000 de Roland Emmerich, le cinéma préhistorique a toujours su prouver sa part nanardesque, et ce ne sont pas les Robins des bois et leur exceptionnel RRRrrrr!!! qui nous diront le contraire.

 

Jean Paul Rouve - RRRrrrr !!!

Au rayon des variantes, le nanar se plait également à insérer des éléments préhistoriques dans l'époque contemporaine, comme des mini tyrannosaures dans la série des Carnosaur produits par Roger Corman, des ptérodactyles dans le bien nommé Ptérodactyles de Mark L. Lester ou Les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec de Luc Besson, voire carrément des hommes des cavernes, comme dans le très Z Humains de Pierre-Olivier Thévenin et Jacques-Olivier Molon.


Le nanar guerrier


Pour faire le lien, citons l'incroyable Aztec Rex de Brian Trenchard-Smith, rencontre improbable entre un tyrannosaure et des guerriers aztèques qui nous emmène doucement vers la catégorie de nanars qui nous intéresse, celle avec des hommes et des épées. Mais avant d'en arriver au temps des nobles destriers et mousquetaires à moustache retroussée, il convient de traiter cette longue période de plusieurs siècles menant grosso-modo jusqu'au XVe. La fenêtre temporelle étant la plus vaste, c'est ici qu'on trouve la plus grosse quantité de nanars, à tel point qu'en établir une liste tient de l'impossible. Et s'ils sont nombreux, ils sont également de qualité (relative aux nanars). Parmi la multitude d'œuvres nous devons citer l'inénarrable Vercingétorix de Jacques Dorfmann, le rôle le plus emblématique de Christophe Lambert. Ce film est la définition même du nanar historique : un viol sauvage de la grande histoire, des acteurs complètement à côté de la plaque, un traitement visuel excessivement moches et des astuces tellement visibles qu'elles finissent par amuser. Ne manquent à l'appel que des stock-shots et c'était la perfection nanardesque incarnée.

nanarvercingetorixpic05

Mais ce n'est pas le seul, car on peut lui adjoindre le tout récent Dernier des templiers, outrage ultime de Nicolas Cage, ou encore l'hilarant (tant il est mauvais) Nouvelle-France de Jean Beaudin. Quelques exemples parmi d'autres, d'autant plus que le nanar guerrier s'est exporté jusqu'à notre XXe siècle par le biais du film de guerre revisitant l'histoire à sa manière. Des exemples sont entrés dans la légendes : Delta Force avec Chuck Norris et Rambo III, preuves que le genre ratisse très large.


Le nanar de cape et d'épée


C'est ici qu'arrive Philibert, comédie qui n'hésite pas à jouer avec les codes du genre qu'il parodie, quand d'autres ont souvent tenté de les réinventer, aboutissant sur des nanars sublimes. C'est essentiellement en France que le nanar de cape et d'épée s'est le plus exprimé. Le Bossu de Jean Delannoy entre aisément dans cette catégorie tant il fut raté à l'époque. Par la suite, nous pouvons citer Les Quatre Charlots Mousquetaires, fondamental, ou encore Lady Oscar, LE nanar de Jacques Demy (personne n'est à l'abri). Plus récemment certains s'y sont essayé avec par exemple Blanche de Bernie Bonvoisin dans lequel le parlé français de notre époque s'invitait au XVIIe siècle, ou encore le presque nanardesque, même s'il l'est pour beaucoup, Le Pacte des loups de Christophe Gans dans lequel les arts martiaux chinois arrivaient au Gévaudan.

 

Les Trois Mousquetaires 3D de Paul W.S. Anderson

Et si la France est championne du monde en la matière, nos voisins d'outre-Atlantique ont su prouver avec notamment L'Homme au masque de fer Randall Wallace, qui inventait un jumeau à Louis XIV et en faisait un roi parfait, ou Les 3 Mousquetaires avec Chris O'Donnell, à quel point ils pouvaient exceller dans l'art du nanar historique souillant l'histoire avec tellement d'entrain qu'il en devenait très drôle. Gageons qu'à ce titre ce pauvre Philibert sera bien vite oublié dès lors que débarquera en salles le déjà culte Les 3 Mousquetaires de Paul W.S. Anderson qui risque bien de redéfinir les normes du nanar historique.


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