Les polars sont souvent des histoires de famille, et vice-versa. Dans Blanc comme neige, en salles demain, Christophe Blanc se place dans la tradition du film policier où les liens du sang mènent le récit avec détermination.

Par Geoffrey CRETE - publié le 15 mars 2010 à 22h51
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Les polars sont souvent des histoires de famille, et vice-versa. Dans Blanc comme neige, en salles demain, Christophe Blanc se place dans la tradition du film policier où les liens du sang mènent le récit avec détermination. Paradoxalement salvateur et destructeur, l'amour fraternel mènera ainsi François Cluzet à plonger dans une bien sombre histoire de voitures volées et d'argent emprunté. Et comme souvent, rien n'est bien qui finit bien.


Affiche du film Blanc comme neige


Pour son attachement à la blancheur immaculée des paysages enneigés, Blanc comme neige rappelle Un plan simple. Dans le film de Sam Raimi, la géométrie dramatique est sensiblement différente mais invariablement tragique. En plaçant quatre personnages simples et emblématiques - un homme droit, sa femme enceinte, un frère simplet et un ami sanguin - dans une situation qui les dépasse - la découverte d'un avion écrasé dans les bois du Minnesota avec à son bord, une mallette remplie de billets verts - Sam Raimi orchestre la collision entre deux univers bien distincts. D'un côté, la peinture sociale d'un groupe de gens dont la morne et triste existence au sein d'une petite communauté est rythmée par les parties de chasse et les problèmes d'argent. De l'autre, l'intrusion du film policier via le crash d'un avion qui entraînera une suite d'évènements que rien ne laissait présager - meurtres, FBI, magouilles. Et c'est justement parce que leurs chemins n'auraient jamais dû se croiser que les réactions des personnages vont les mener droit dans le mur. Chacun se voit forcé à révéler ce qu'il est, véritablement et profondément, et les cartes sont loin d'être attendues. Le grand frère instruit et honnête, dont l'assise sociale lui permettra immanquablement d'échapper à toute suspicion, fera preuve d'un sang froid et d'une violence insoupçonnés, surtout après avoir longuement refusé de garder l'argent volé. De l'autre côté, le cadet attachant et limité montrera une humanité nettement plus forte, préférant mourir plutôt que devoir à vivre avec autant de morts sur la conscience. D'une ironie noire et morbide, le dénouement condamne les quelques rescapés à une existence dont la normalité n'aura finalement pas changé.



Dans 7h58 ce samedi-là, la ville remplace la forêt mais finalement, les instruments restent les mêmes. A l'opposé du futur père de famille respectable et sobre joué par Bill Pullman chez Raimi, Philip Seymour Hoffman tient celui d'Andy, un agent immobilier marié et noyé sous les vices - drogue, argent et abus de biens sociaux. Dans l'espoir de réparer tous les maux, il entreprend de cambrioler la bijouterie de ses parents, comptant sur le remboursement des assurances pour contrebalancer la faute. Il embarque avec lui son jeune frère, Hank, et un ami de celui-ci, truand véritable du nom de Bobby. Mais comme souvent dans ce genre de situation, rien ne se déroule comme prévu, et à 7h58 ce samedi-là, tout dérape. La mère des deux frères est arrivée plus tôt et par réflexe d'autodéfense, déclenche une fusillade et se retrouve plongée dans le coma après avoir mortellement blessé le troisième homme. Contraint de se résigner à la laisser mourir, le père se lance alors dans une vendetta pour retrouver les coupables, sans savoir qu'en regardant ses deux fils dans les yeux, la réponse lui tend la main. Les personnages satellites accélèrent la machine - la femme d'Andy le quitte après lui avoir avoué sa liaison avec Hank, le beau-frère de Bobby fait chanter Andy - et poussent les personnages dans leurs retranchements. Totalement perdu et meurtri, Hank enchaîne les mises à mort sous le regard de son jeune frère jusqu'au moment où leur conflit prend le pas sur les évènements. Telle une tornade, le braquage provoquera l'implosion d'une cellule familiale apparemment unie jusqu'à la détruire complètement. Et là encore, la conclusion est d'une violence inouïe.




Véritable esthète en la matière, James Gray a, en trois grands et beaux films, posé un regard saisissant sur les liens entre la famille et le crime. Plaçant constamment une limite infranchissable entre les ambitions criminelles de ses personnages et leur attachement à une cellule familiale hermétique, le cinéaste frôle la tragédie shakespearienne dans sa trilogie policière. Little Odessa suit le chemin de Joshua, un tueur à gages de la mafia russe, contraint de retourner dans son Brighton Beach natal duquel il a été chassé par son père. Afin de l'écarter de son jeune frère Reuben et de sa mère gravement malade, le patriarche a rejeté un fils qui a déshonoré la famille en refusant l'autorité paternelle - tournant par la même occasion le dos à ses origines - contre l'argent de la mafia. Sur un terrain très proche, The Yards raconte comment un jeune homme fraîchement sorti de prison, résolu à se racheter une conduite, se retrouve malgré lui lié aux sombres affaires d'un oncle dont la fortune et la renommée reposent sur diverses crimes organisés. Dernier volet avant son incursion tout aussi tragique dans la romance, La nuit nous appartient en est également le plus puissant. Reprenant le duo formé quelques années auparavant par Joaquin Phoenix et Mark Wahlberg, le film suit le douloureux éveil d'un homme qui s'est évertué à s'éloigner de son frère Joseph et son père, tous deux membres de la police New-Yorkaise dans les années 80. Patron d'un club réputé où les gangsters russes règlent leurs affaires, Bobby assiste un soir à la descente des Forces de l'Ordre et refuse de coopérer avec son frère. Tandis que les relations avec son père se compliquent encore plus, Joseph est agressé. Blessé par balle, il est plongé dans un profond coma. En lui rendant visite à l'hôpital, il réalise la gravité de ses choix de vie et convainc son père de s'infiltrer pour les aider. Chacun à leur manière, les héros meurtris de James Gray se retrouvent face à un choix qui les déchire profondément. La famille se résume à une entité paradoxalement protectrice et destructrice dont les codes et les lois morales entrent en directe contradiction avec les aspirations personnelles du personnage principal. Est-il alors nécessaire et possible d'affronter violemment son clan en faveur de ses croyances ? Pour James Gray, la réponse est complexe et a forcément des répercussions tragiques. La mort devient un passage obligé, déclencheur ou punition suprême.



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