Par Thomas Legal - publié le 26 octobre 2007 à 15h03 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h24 - 0 commentaire(s)
Coup de projecteur sur le réalisateur de A la recherche du bonheur, Gabriele Muccino, déjà auteur en Italie de quelques grands succès aussi bien critiques que populaires.



Né à Rome en 1967, il a débuté très tôt dans le cinéma en devenant assistant-régie pour Marco Risi ou Pupi Avati. Puis il passe par le Centre Expérimental du cinéma, fréquenté en leur temps par Visconti, Fellini, Pasolini ou même l’écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez. Cette formation, complétée par des cours d’écriture, lui permet de réaliser ses premiers courts-métrages.

En 1998, il réalise son premier long, Ecco fatto. Cette histoire d’amour entre un étudiant de 20 ans et une femme plus âgée est nommée au Festival de Toronto. Deux ans plus tard, Comme toi… attire l’attention de la presse et reçoit récompenses et nominations dans plusieurs grands festivals internationaux. Co-écrit et interprété par son jeune frère Silvio, le film prend à nouveau cadre dans le milieu étudiant. Juste un baiser, en 2002, montre une évolution du réalisateur. Cette fois-ci, ces personnages sont des trentenaires, hésitant à entrer dans la réalité de l’âge adulte. Le film est un immense succès en Italie. Il est récompensé par cinq David di Donatello, dont celui de meilleur réalisateur. Mais c’est surtout son prix du public à Sundance qui va le faire connaître du public américain, et notamment de Will Smith qui le contactera pour A la recherche du bonheur après avoir été émerveillé par Juste un baiser. Mais avant son départ pour Hollywood, il réalise un dernier film en Italie, Souviens-toi de moi en 2003. Servi par un très bon casting (dont Monica Bellucci qui en tire l’un de ses rôles les plus intéressants), le film ne connaît pas la même folie que Juste un baiser mais est tout de même nommé 11 fois aux David.



A la recherche du bonheur rencontre quant à lui un immense succès outre-Atlantique, dépassant actuellement les 150 millions de dollars au box-office.
Avec un tel score, Gabriele Muccino bénéficie actuellement d’un grand crédit auprès des studios américains. Même si le projet de remake de Un petit jeu sans conséquences, produit par Alain Chabat, semble aujourd’hui compromis, il s’est déjà investi dans la réalisation et la production de Viva Laughlin, une série musicale avec Hugh Jackman.


Depuis son premier long-métrage, Gabriele Muccino a construit ses films en s’inspirant de sa propre vie. Chaque oeuvre est marquée par une efficacité incroyable dans le traitement des personnages grâce à une proximité entre leur âge et celui de Muccino quand il les a mis en scène. Ecco fatto et Comme toi… se situent dans l’univers étudiant, Juste un baiser chez les trentenaires, et Souviens-toi de moi arrive à la croisée des chemins entre adultes et enfants avec un portrait complet d’une famille italienne. A la recherche du bonheur, même s’il ne l’a pas écrit, constitue une étape cohérente dans l’œuvre de Muccino avec cette histoire d’un père ayant un enfant à sa charge. Ce thème était déjà évoqué dans Juste un baiser où le personnage principal paniquait à l’idée de devenir responsable d’un enfant et d’un foyer. Ce foyer familial est l’une des bases de l’univers cinématographique de Muccino. Il occupe toujours une place primordiale, centre de décision et d’interdiction, lieu de rencontre de personnages du même sang mais de caractères diamétralement opposés, et synonyme de pression et de dispute incessante.



La famille fait également office de refuge pour une entité encore plus fragile : le couple. Thème récurrent chez Muccino, le couple est souvent le fil conducteur de ses films. Tromperie, confiance, haine, amour naissant, désir, ses personnages vivent leur histoire d’amour avec rage. Les disputes entre hommes et femmes sont d’une rare violence, empreintes de ce caractère méditerranéen passionné. Ces scènes ne sont d’ailleurs pas sans rappeler certains films de John Cassavetes (d’origine grecque) par la colère et la vie qui transpire à l’écran.
Cette énergie débordante s’en ressent jusque dans la mise en scène, où steadycam et travellings sont utilisés à profusion. La traversée de l’Atlantique ne l’a pas empêché de faire courir le personnage de Will Smith avec la même force que ses personnages italiens.



Cette arrivée à Hollywood ne l’a pas vraiment déboussolé dans ces habitudes de réalisateur. Les scores musicaux omniprésents dans les productions hollywoodiennes l’étaient aussi dans ses précédentes œuvres. Dramatiques, chargées d‘émotion, ses précédentes bandes-originales ont pu choquer le public français, plus habitué à une discrétion musicale dans leurs productions nationales. Mais force est de constater qu’elles possèdent une efficacité sans pareil, sublimant, subjuguant la mise en image.

Autre habitude qui a traversé toute sa filmographie, l’emploi de la voix off. Particulièrement efficaces, ces voix off de personnages ou de narrateur apportent un réel plus à la narration, loin de l’utilisation inefficace et futile dont certains réalisateurs se font malgré eux la spécialité.



Le cinéma italien avait perdu son âme depuis quelques années. A part Moretti, personne n’avait vraiment réussi à percer, à s’imposer au grand jour. En cinq films, Gabriele Muccino a démontré son sens de la mise en scène et du récit. Au même titre que Cuaron en Espagne, Klapisch et Kassovitz en France, Boyle en Angleterre, Tykwer en Allemagne, il représente cette nouvelle génération de metteurs en scène audacieux, grands portraitistes de la jeunesse actuelle et prêts à tenter de nouvelles expériences à l’étranger sans pour autant perdre leur âme.

Filmographie
Ecco fatto - 1998
Comme toi… (Come te nessuno mai) - 2000
Juste un baiser (L’Ultimo bacio) - 2002
Souviens-toi de moi (Ricordati di me) – 2003
A la recherche du bonheur (The pursuit of happyness) 2007


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