Hilary Swank entrait dans la légende en 2005 en devenant la troisième plus jeune actrice à remporter deux fois l'Oscar du Meilleur Rôle Féminin, après Luise Rainer et Jodie Foster. Depuis sa première consécration en 1999, elle n'a cessé de confirmer la fabuleuse impression laissée par son interprétation de Brandon Teena dans
Boys Don't Cry. Entre premiers rôles flamboyants et seconds rôles charismatiques, cette comédienne de trente-deux ans n'est jamais là où on l'attend et se forge l'air de rien une carrière exemplaire et audacieuse, film après film. Après s'être prêtée aux artifices de la femme fatale dans
Le Dahlia Noir de Brian De Palma, elle nous revient en professeure engagée dans
Ecrire pour exister de Richard LaGravenese, long métrage chaleureux adapté de l'histoire vraie d'Erin Gruwell. Bien que le rôle ne requière pas de transformation physique comme elle nous y a habitués dans ses films les plus marquants, le film témoigne une fois de plus de l'amour que porte la comédienne aux causes que d'aucuns qualifieraient de perdues d'avance. Un challenge de plus, en somme.
ECRIRE POUR EXISTERNée en 1974 dans le Nebraska, Hilary Swank débute sa carrière sur les planches de son école à l'âge de neuf ans, en entrant dans la peau du Mowgli du
Livre de la Jungle. Cette passion pour le jeu, de plus en plus forte à mesure que les années passent, lui permet d'échapper en partie à un quotidien nettement moins enthousiasmant, celui du divorce de ses parents alors qu'elle n'a que treize ans. Fauchée, sa mère n'a rien d'autre à lui offrir qu'une caravane en guise de toit, et ce jusqu'à ce qu'elle finisse par pouvoir se permettre de louer un appartement. Cette vie difficile explique peut-être que la future actrice n'ait pas poursuivi plus avant ses études, abandonnant définitivement le lycée pour se tourner vers les castings. Elle décroche un premier rôle à la télévision en 1990 dans un épisode de la série
ABC TGIF, qui sera suivi d'autres apparitions plus ou moins anecdotiques sur le petit écran durant les années 90. La transition vers le cinéma s'opère dès 1992, avec un petit rôle dans
Buffy The Vampire Slayer de Fran Rubel Kuzui, avec Luke Perry et Kristy Swanson. On la retrouvera en disciple de Pat Morita en 1994 dans
The Next Karaté Kid de Christopher Cain, le premier rôle pour lequel elle doit mettre à profit ses capacités de sportive accomplie. Ses quelques expériences cinématographiques de l'époque (
Kounterfeit de John Mallory Asher et
Sometimes they come back… Again d'Adam Grossman en 1996) ne la dissuadent pas de continuer sa route à la télévision jusqu'en 1998. Supposé durer deux ans, le personnage qu'elle incarne dans la célèbre série
Beverly Hills tirera cependant sa révérence au bout de seize épisodes seulement. Cette déconvenue ne tardera heureusement pas à se transformer en aubaine puisqu'elle lui laisse le champ libre pour amorcer le tournant le plus significatif de sa carrière
Boys Don't Cry.
THE NEXT KARATE KIDObtenu de haute lutte après que des centaines de comédiennes ont été auditionnées, le rôle trouble et fascinant de Teena Brandon / Brandon Teena représente une chance inespérée pour Hilary Swank, qui s'investit corps et âme dans le film au point de vivre la vie de son personnage durant les semaines précédant le premier coup d'envoi du tournage. Le résultat est à la mesure de cette implication de tous les instants : elle
est Brandon, cette jeune femme qui rêve de se changer en homme et qui bluffe tout son entourage dans l'attente de l'opération providentielle. La métamorphose stupéfiante de l'actrice tient à un entraînement physique rigoureux, mais aussi à sa façon d'être, ni femme ni homme, comme un adolescent qui hésiterait encore devant la voie à suivre. La réalisatrice Kimberly Peirce trouve le ton juste pour conter cette histoire étonnante inspirée d'un fait divers tragique, et trouve en Hilary Swank l'interprète idéale pour porter ce personnage avide d'absolu, qui l'obsède depuis des années. La force de
Boys Don't Cry doit aussi aux interprétations des toujours remarquables Chloë Sevigny et Peter Sarsgaard, dont les personnages sont comme le jour et la nuit pour Brandon Teena. L'Oscar que décroche l'actrice pour ce rôle vient couronner en 1999 une longue pluie de récompenses, les diverses associations de critiques rendant unanimement hommage à son exceptionnelle prestation. Une prestation que l'on ne saurait résumer à une simple "performance à Oscar". Rien ne laissait en effet présager que ce petit film indépendant au sujet audacieux recevrait un tel accueil, et permettrait en outre de révéler l'une des plus brillantes actrices américaines actuelles. Quant à la trop rare Kimberly Peirce, récompensée elle aussi par de nombreux prix à l'instar de Chloë Sevigny, elle ne reprendra la caméra qu'en 2007.
BOYS DON'T CRY
IRON JAWED ANGELSDepuis
Boys Don't Cry, les choix de Hilary Swank attestent de sa prédilection pour les personnages de femmes peu conventionnelles, pour les battantes que rien ni personne ne peut arrêter. Lorsqu'elle monte pour la première fois sur les planches de Broadway, en 2003, c'est pour y interpréter Annie Sullivan, la tutrice bienveillante d'Hellen Keller, dont la mission préfigure celle d'Erin Gruwell dans
Ecrire pour exister. La pièce s'intitule
The Miracle Worker et s'inspire elle aussi d'une histoire vraie, dont elle tire des leçons humanistes. En 2004, le téléfilm
Iron Jawed Angels de Katja Von Garnier et le film
Red Dust de Tom Hooper poursuivent dans cette voie engagée, alliant personnage et sujet forts. Le premier exhume l'un des chapitres clé de l'histoire des Etats-Unis, celui du combat des suffragettes pour l'adoption du 19ème amendement qui accordera le droit de vote aux femmes. La comédienne y incarne une suffragette radicale qui ira jusqu'à entamer une grève de la faim depuis la prison afin de sensibiliser l'opinion et l'establishment à la cause commune. Ce rôle sans concession lui vaut une fois encore de se distinguer auprès de la critique américaine et lui rapporte de nouvelles récompenses méritées. Dans
Red Dust, elle est une avocate originaire d'Afrique du Sud qui tente de faire la lumière sur les conditions de détention d'un ancien activiste. Ces "rôles de combat" à répétition ne l'empêchent cependant pas de faire plusieurs incursions dans le film de genre, comme en témoigne sa présence dans
Intuitions de Sam Raimi (2000) et
Insomnia de Christopher Nolan (2002), ou encore – choix plus contestable – le film catastrophe
Fusion : The Core de Jon Amiel (2003).
MILLION DOLLAR BABYA ce stade de sa carrière, on aurait pu croire que Brandon Teena était le rôle de sa carrière. Pourtant, Hilary Swank réitère l'exploit dès 2004 avec une bouleversante prestation dans le superbe
Million Dollar Baby de Clint Eastwood. L'exploit, c'est d'abord le rôle lui-même, celui d'une femme peu gâtée par la vie qui décide envers et contre tout de se mettre à la boxe à l'âge de trente ans : un nouveau combat, dans tous les sens du termes, qui nécessitera là encore une implication hors du commun. Mais c'est aussi un Oscar, le deuxième en l'espace de cinq ans, qui plus est une fois encore pour un vrai rôle de premier plan et non pour un "premier rôle féminin" (comprendre : second rôle dans le film). Mieux,
Million Dollar Baby est lui aussi sacré par les Academy Awards, faisant de Clint Eastwood et Hilary Swank les deux grands vainqueurs de l'édition 2005. Le film, qui repose sur la confrontation de leurs personnalités, de leurs univers a priori antithétiques, parvient à déployer des trésors d'émotion sans jamais sombrer dans le produit tire-larmes si cher au cinéma hollyoodien. Face au monstre sacré qu'est Clint Eastwood, la jeune comédienne fait preuve d'une finesse et d'une maturité hors pair, imprimant à son personnage une force et une dignité extraordinaires. La qualité du film, la puissance de l'interprétation de l'actrice permettront aisément de pardonner le faux pas
Le Dahlia Noir en 2006, son grand retour après deux ans d'absence sur les écrans. Il n'est pas certain que cette adaptation insipide du roman de James Ellroy ne profitera à aucun des membres de son casting, ni même à son réalisateur…
THE REAPINGParmi les projets de Hilary Swank, le plus attendu n'est autre que
The Reaping de Stephen Hopkins, un retour vers le film de genre pour la comédienne puisqu'il s'agit d'un thriller surnaturel, dans lequel elle a pour partenaires David Morrissey, Idris Elba, Anna Sophia Robb et Stephen Rea : elle y sera une ex-missionnaire chrétienne qu'une tragédie a détournée de la foi et qui s'attelle depuis à démontrer l'infondé des phénomènes religieux. Bien sûr, on se doute que la foi va lui être nécessaire pour combattre les forces maléfiques placées sur son chemin. Autre projet, en post-production celui-ci :
P.S. : I Love You, comédie romantique sur laquelle elle retrouve le réalisateur d'
Ecrire pour exister, Richard LaGravenese. Ces deux longs métrages ressemblent à de petites pauses eu égard aux œuvres militantes qui lui tiennent tant à cœur et qui jalonnent sa filmographie. Mais sa pri
se de contrôle sur
Ecrire pour exister, dont elle est productrice exécutive, laisse à penser que de tels films auront toujours ses faveurs. Tant mieux.