Il aura suffi de quelques productions et de deux réalisations pour que le nom de Judd Apatow soit sur toutes les lèvres à Hollywood. Homme de l’ombre pendant une majeure partie de sa carrière à la télévision et au cinéma, le réalisateur de
En Cloque – Mode d’emploi connaît enfin son heure de gloire mérité, mais il n’en a pas toujours été ainsi. Retour sur un parcours atypique et semé d’embûches…
Judd Apatow admet avoir connu une enfance relativement normale en grandissant vers Long Island, à quelques kilomètres de New York. Né en 1967 à Syosset, il est élevé dans une ambiance banlieusarde qui lui permet de garder les pieds sur terre. Tout au plus reconnaît-il avoir eu quelques problèmes d’intégration sociale durant ses années à l’école primaire : «
J’étais le genre de gosse qu’on choisissait en dernier pendant les cours de sports. Parfois, je passais même derrière les filles et les handicapés. Je vivais une humiliation publique tous les jours parce qu’on me faisait constamment comprendre que j’étais mauvais dans telle ou telle discipline ». A cause de ce malheur quotidien, le jeune Judd trouve alors un certain réconfort dans la comédie, au point de vouloir très tôt en faire son métier. Effectivement, à l’âge de dix ans, Judd Apatow décide qu’il sera comique et se produira dans des one man shows à travers tout le pays. Fasciné par les Marx Brothers, George Carlin, Bill Cosby et surtout Steve Martin, qui deviendra son idole, le futur réalisateur de 40 ans toujours puceau entreprend même à l’adolescence, une émission de radio comique diffusée sur les ondes du lycée et grâce à laquelle il parvient tout de même à interviewer quelques célébrités de l’époque, tels que Jerry Seinfeld et Jay Leno.
C’est après avoir abandonné le cursus cinéma de l’USC que le jeune Apatow, tout juste âgé de 23 ans, se lance dans l’écriture et la production pour certaines valeurs montantes du show-biz. Ainsi, il produit ou écrit (parfois les deux) des émissions de télé pour Jim Carrey et Tom Arnold avant de se lancer dans l’aventure du
Ben Stiller Show qui, comme son titre l’indique, révèlera le jeune Ben Stiller aux spectateurs en 1992. L’émission sera de courte durée puisqu’elle ne durera qu’une saison, mais elle suffit à lancer une collaboration durable entre les deux hommes, qui se retrouvent sur l’inédit
Heavyweights de Steven Brill en 1995, mais surtout sur
Disjoncté qui, en 1996, marque la seconde réalisation de la future star de
Mary à tout prix et
Dodgeball. Connu comme le premier « bide » de Jim Carrey (qui sera la première star à toucher 20 millions de dollars),
Disjoncté est produit par Apatow, qui réécrit le scénario de fond en comble, y apportant déjà sa patte mordante et touchante sans pour autant recevoir le moindre crédit, la WGA (Guilde des scénaristes américains) lui refusant son nom au générique aux côtés de celui de l’énigmatique Lou Hotz Jr. Entre la réception plus que mitigée de
Disjoncté et celle, catastrophique, de
A la gloire des Celtics (une comédie sur le basket avec Damon Wayans et Dan Aykroyd), Judd Apatow voit ses espoirs de percer dans le cinéma se réduire à peau de chagrin en cette année 1996. Aussi, l’homme de l’ombre derrière les bides de Jim Carrey, Ben Stiller ou encore Dan Aykroyd retourne à la case départ, c'est-à-dire la télévision qu’il critique ouvertement dans
Disjoncté mais qui lui a pourtant permis de se faire un nom. Mais même si l’avenir est morose en termes professionnels, l’expérience lui permet cependant de rencontrer sa future femme, l’actrice Leslie Mann, qu’il fera tourner dans 40 ans toujours puceau et
En Cloque – Mode d’emploi.
Il faut croire que l’accueil réfrigérant réservé au film
Disjoncté pousse Judd Apatow à se remettre en question. Quelques épisodes du
Larry Sanders Show plus tard (sur lesquelles il officie en tant que producteur, scénariste et parfois réalisateur), il tente alors de s’émanciper pour mettre son travail à profit pour sa carrière, et non celle des autres. En résultent deux séries télévisées au destin paradoxal. En effet,
Freaks & Geeks (1999) et
Les années campus (2001) ne connaîtront qu’une saison chacune avant d’être annulées, mais leur réception critique permettra à Judd Apatow de se faire un véritable nom, ainsi que de nombreux fans qui vouent un véritable culte à ces deux shows qui ont initié plusieurs pétitions pour un retour à l’antenne. En France, leur diffusion sera épisodique (sans jeu de mot) et ne provoquera malheureusement que l’indifférence générale des téléspectateurs. Il s’agit évidemment de deux émissions comiques, particulièrement autobiographiques puisqu’elles traitent respectivement du passage à l’adolescence (
Freaks & Geeks se déroule dans un lycée des années 80), puis à l’âge adulte (Tout est dans le titre français pour
Les années campus). C’est d’ailleurs sur ces deux créations personnelles que Judd Apatow va commencer à se constituer un clan de travail, puisqu’il engage de nombreuses personnes comme Seth Rogen, Jay Baruchel, James Franco ou encore Jason Segel qui auront à l’avenir beaucoup d’occasions de collaborer avec lui. Malgré l’échec relatif de ces deux séries, Judd Apatow semble prendre confiance en lui, au point même de s’adresser violemment à la Fox quand celle-ci décide d’annuler abruptement
Les années campus, comme elle l’avait déjà fait avec le
Ben Stiller Show des années auparavant.
En effet, suite à la décision de Fox, Apatow fait encadrer un article du Times qui proclame que
Les années campus fait partie des dix meilleurs shows télés actuels et le fait parvenir aux exécutifs de la chaîne avec un petit mot doux qui dit en substance : « Comment parvenez-vous encore à m’enculer aussi profondément quand votre bite est toujours là depuis la dernière fois ? ». Explicite ! Notons enfin que cette fois, ce sont les autres qui viennent travailler pour Judd Apatow sur
Les années campus, puisque la série s’offre quelques caméos croustillants, comme ceux de Will Ferrell, Adam Sandler (ancien camarade de chambrée d’Apatow), Jenna Fischer ou encore Ben Stiller. Les bonnes critiques concernant son travail poussent Judd Apatow à retenter la chance sur grand écran, cette fois avec succès. En 2004, il confirme le statut de star de Will Ferrell avec
Présentateur Vedette – La légende de Ron Burgundy, réalisé par Adam McKay, un transfuge du Saturday Night Live. Les trois hommes remettront le couvert en 2006 avec un autre succès encore plus impressionnant cette fois : Ricky Bobby – Roi du circuit (qui ne connaîtra qu’une sortie en DVD en France). Mais c’est évidemment avec sa première réalisation que Judd Apatow marque le plus de points. En effet en 2005,
40 ans, toujours puceau démontre son talent pour l’humour fleuri, la défense des opprimés sociaux et le mélange des genres, puisque le film, qui révèlera Steve Carrell, passe tour à tour de la comédie au drame doux-amer avec une aisance telle qu’elle dévoile son humanité à fleur de peau.
Cette année, le succès de
En Cloque –mode d’emploi confirme que nous n’avons pas fini d’entendre parler de Judd Apatow, qui a déjà enchaîné avec le carton outre-atlantique de
Supergrave (en salles le 31 octobre prochain) et promet déjà sept nouvelles productions, dont
Drillbit Taylor (avec Owen Wilson),
Pineapple Express (avec Seth Rogen et James Franco),
Forgetting Sarah Marshall (avec Jason Segel) et
You don’t mess with Zohan, le prochain Adam Sandler. Autant dire qu’avec un tel avenir au cinéma, Judd Apatow ne risque plus d’être choisi en dernier ou que ce soit.