Par Damien DUVOT - 26 janvier 2010 - 0 commentaire(s)

En ce jour anniversaire de sa mort, revenons sur un des plus grands comiques du cinéma français, connu internationalement, le grand, l'immense (mais pas par la taille) Louis de Funès.
 
Fufu et la vache enragée
 
Décembre 1966, La Grande Vadrouille atteint le record de 17 270 162 entrées, et reste pendant 31 ans le plus gros succès cinématographique dans les salles françaises. Pour la première fois de sa vie, Louis de Funès touche un pourcentage sur les recettes et amasse une immense fortune. Il achète ainsi le château de Clermont pour sa femme Jeanne, d'une valeur de 800 000 francs, ancienne demeure des Maupassant, dont elle en est une descendante. La Grande Vadrouille devient le point d'orgue de De Funès, qui dès lors, n'arrêtera plus de tourner que des succès populaires. Mais entre 1941, date de son inscription au cours René Simon et 1966, Louis de Funès a mangé un « paquet de vache enragée ».

 

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« Désolé, on n'a rien pour vous »
 
Art et essais
Louis de Funès de Galarza (son vrai nom) est né en 1914 à Courbevoie, d'un père diamantaire. Si sa mère lui donne quelques cours de piano dès l'âge de 5 ans, c'est surtout son père qui cherche à en faire quelqu'un. Louis a pour ambition de devenir propriétaire d'une librairie, mais son père a d'autres projets pour lui. Inspiré par son voisin fourreur, il l'envoie pour ses 16 ans à l'école de fourrure de la rue des Tournelles, à quelques pas de la maison. Louis sera viré quelques mois plus tard pour avoir tué le canari du directeur à coup de carabine à plomb, et dès lors, cumulera quasiment tous les métiers possibles et imaginables, excepté la librairie. Il commencera à trier des épingles dans un commerce de fourrure avant d'être mis à la porte pour avoir balayé le tout, comptable pendant 48h, il s'est aussi essayé au travail de diamantaire comme son père, mais n'arrive pas à distinguer les saphirs des émeraudes ; il deviendra dessinateur industriel pour le carrossier Labourdette, puis pour les voitures Rosengart, sera employé concepteur d'une agence de publicité, et devient étalagiste. Il gagne d'ailleurs le concours des magasins Uniprix en temps que meilleur étalagiste, mais la guerre mettra un terme à cette carrière.
 
Les années Pigalle
Par suite d'un mélange de dossiers, il se voit réformé et se dirige vers Pigalle où il devient pianiste de bar comme Darry Cowl, rencontre Eddie Barcklay et se planque dans les toilettes dès qu'une bagarre se déclenche.
C'est durant ces années de guerre qu'il rencontre sa femme, pianiste elle aussi, avec laquelle il aura trois enfants. Pigalle le prépare à ses futurs personnages de patron grincheux, dur avec les faibles, mais faible avec les puissants. En effet, un jour Louis est enfin reçu par son patron, et essaye tant bien que mal de faire passer son salaire de 1000 à 1100 francs. Le téléphone sonne alors et le directeur décroche, il s'agit d'un acheteur pour une propriété qu'il a mis en vente. Pendant qu'il explique à De Funès que demander 100 francs de plus c'est le pousser à la ruine, il effectue en même temps une transaction au téléphone qui lui fera gagner plusieurs centaines de millions. Louis le haït alors.
Cherchant à améliorer sa condition, De Funès s'inscrit en 1941 au cours René Simon où il rencontre Daniel Gélin. Il s'essaye alors à la scène, dans un rôle minuscule de curé où son seul travail consistait à traverser la scène tout de noir vêtu. Le soir de la première, Louis se coince la soutane en coulisse et se retrouve sur les planches chemise blanche et pantalon retroussé. En 1944 il jouera dans L'Amant de Paille devant une salle vide mais touchera tout de même 2,50 francs de cachet. 

 

Louis de Funès


« Fufu, on a un petit quelque chose pour toi »
 
Savoir descendre du train en marche
C'est par un curieux concours de circonstances que De Funès obtient son premier rôle au cinéma. A la station Villiers, il sort du métro tandis que Gélin y rentre. L'apercevant, Daniel lui crie « Appelle-moi, j'ai un petit truc pour toi ». Ce petit truc, c'était une apparition dans La Tentation de Barbizon où Louis n'a qu'une porte à ouvrir, mais fait la moue. Cette moue est le début d'une centaine d'apparitions sporadiques au cinéma, dont le meilleur exemple reste Du Guesclin où le jeu, tel Où est Charlie ?, est de repérer les rôles différents du comédien (un astrologue, un bandit...). Fernandel le prendra dans plusieurs de ses films, toujours pour de petits rôles, tout comme Sacha Guitry, tandis qu'au théâtre il sera chapeauté par Pierre Brasseur et Jacqueline Maillan comme dans Ornifle d'Ahnouil en 1955. Au même moment, il intègre la troupe des branquignols avec Robert Dhéry, pour la pièce Ah les Belles Bachantes de 1953 qui sera portée à l'écran l'année suivante.
Il faudra attendre 1956 et son célèbre rôle de Jambier de La Traversée de Paris, aux côtés du couple Gabin-Bourvil, pour que les réalisateurs le voient enfin comme un rôle de premier plan. De Funès a trouvé plus de naturel dans son jeu, se force moins, et de ce fait, en 1957 il sera le rôle principal de la comédie Comme un cheveu sur la soupe où il interprète un pianiste de bar incapable de se suicider qui engage un assassin pour le tuer. Il gagne alors le prix « Record du monde du rire » pour son interprétation. L'année suivante, il jouera le rôle du braconnier « Blaireau » et devient très populaire auprès du grand public.
 
Sur les planches
En 1957 il est engagé par un producteur pour jouer L'Avare. En sortant du bureau, Louis est pris de panique, il se dit qu'il n'est pas prêt pour faire du Molière, puis quinze jours après, le producteur lui propose une pièce nommée Oscar, qui avait déjà triomphé avec Jean-Paul Belmondo auparavant. Pour se débarrasser de L'Avare, De Funès accepte. Soir après soir, il peaufine son personnage, met au point des mimiques, dont la fameuse scène du nez où il l'étire jusqu'à l'absurde, le coinçant sous son pied ou jouant du violon dessus. Un soir, le shah d'Iran est dans la salle et rit aux éclats, c'est un triomphe, Louis de Funès jouera Oscar 700 fois. Un autre soir, il trouve sur le pas de sa loge un message « Fufu, il faut que je te vois, j'ai une idée pour toi » signé Robert Dhéry. Cette idée, c'est la mise en scène de La Grosse Valse, un spectacle écrit exclusivement pour Louis De Funès où il interprète un douanier pendant 2h30, avec seulement quinze lignes de dialogues sur toute la durée. Il y aura plus de 400 représentations, et La Grosse Valse va l'asseoir définitivement au panthéon des grands comiques de la scène.
 
Les coups de pouce
Au cinéma, Louis va jouer dans le film à sketchs de 1962 Le crime ne paie pas dirigé par Gérard Oury. Louis de Funès voit tout de suite le potentiel comique du jeune homme et le convainc de se mettre à la réalisation de comédies. L'année suivante, il jouera dans l'adaptation de la pièce Pouic-Pouic aux côtés de Jacqueline Maillan ; puis en 1964 il enchaînera coup sur coup la comédie populaire Le Gendarme de St Tropez de Claude Zidi, et Jean Marais lui donnera un coup de pouce pour Fantômas. Marais, visant à revenir sur le devant de la scène, est l'instigateur du projet, mais il laissera Louis de Funès mettre son nom sur l'affiche avec la même typographie que le sien. Par retour d'ascenseur, Gérard Oury le met à l'affiche de sa première comédie, Le Corniaud, aux côtés de la star Bourvil, et improvisera des scènes juste pour lui, dont la fameuse scène de douches avec Monsieur Muscles, ainsi que la scène du garagiste (quitte à cumuler les erreurs de raccords pendant la poursuite). Bourvil le laissera aussi mettre le nom De Funès sur l'affiche en aussi gros caractères que le sien.
Trois gros succès à la suite, De Funès atteint enfin la consécration du public après avoir déjà plus de 110 films à son actif.

 

Louis de Funès
 
« Monsieur De Funès, dans quel film aimeriez-vous jouer ? »
 
Une star boulimique
C'est donc un De Funès différent que Bourvil retrouve en 1966 pour La Grande Vadrouille. S'il est resté toujours le même perfectionniste répétant ses scènes jusqu'à l'indigestion, il est accueilli tous les matins par un « Alors, toujours obsédé sexuel ? » de Bourvil pour le dérider. Car De Funès n'est toujours pas sûr de lui, de son propre potentiel. Il confiait à la même époque qu'il n'est qu'un acteur de second plan passé au premier. Il ne rit jamais en se voyant sur le grand écran, étudie tous ses défauts et cherche à comprendre pourquoi Bourvil le fait toujours rire aux éclats. Désormais célèbre mais cherchant à fuir les responsabilités du vedettariat, Louis délaisse les diners mondains pour se réfugier dans son Château de Clermont. Il enchaîne les tournages jusqu'à trois films par an, c'est la profusion des suites du Gendarme et de Fantômas. C'est Le Tatoué avec Gabin (qui impressionne tellement De Funès qu'il n'ose jamais l'aborder hors tournage, donnant l'impression que les deux acteurs ne s'apprécient pas), c'est l'adaptation d'Oscar sur grand écran, L'Homme orchestre, les retrouvailles avec Dhéry pour Le Petit baigneur, Hibernatus, l'excellent Jo avec Blier, La Folie des grandeurs qui devait se faire avec Bourvil, puis Les Aventures de Rabbi Jacob.
 
L'implosion
De Funès remonte sur les planches pour La Valse des toréadors d'Anouilh, et tandis qu'il se prépare pour la comédie physique Le Crocodile d'Oury, son cœur lâche à deux reprises. Forcé au repos, Louis prend une année sabbatique en continuant à analyser le génie de Chaplin, son maître, pour comprendre la mécanique du rire. Les assureurs, eux, ne veulent plus prendre de risque. Il apparaît sporadiquement au cinéma, dans L'Aile ou la Cuisse avec Coluche (où les médecins sont aux aguets 24h/24), La Zizanie avec Annie Girardot, et Le Gendarme et les extraterrestres en 1979. En 1980 il réalise enfin son rêve en portant L'Avare sur grand écran et en jouant Harpagon. La même année, il obtient également un César d'honneur des mains de Jerry Lewis. 1981, il joue dans La Soupe aux Choux qu'il a écrit, puis Le Gendarme et les Gendarmettes. Sa santé précaire le force ensuite à tenir la chambre.
 
Le 27 janvier 1983 au matin, il sort s'occuper de ses roses (dont une variété porte toujours son nom) et dira à son jardinier : « Je m'ennuie dans ma chambre ». Quelques heures plus tard, il décède dans la clinique de Nantes, rejoignant Bourvil et les autres. Fufu avait 68 ans et avait tourné dans plus de 150 films.
Là-haut, ça doit bien faire 27 ans qu'ils se fendent la poire.

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  • le_corniaud_1
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    Portrait : Louis de Funès27 janvier 2010 - 0 commentaires

    En ce jour anniversaire de sa mort, revenons sur un des plus grands comiques du cinéma français, connu internationalement, le grand, l'immense Louis de Funès.

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