A l'occasion de la sortie dans les salles du film d'Olivier Couusemacq, L'enfance du mal, arrêtons nous un instantsur la carrière de Pascal Greggory...
Dernier né d'une riche famille protestante, Pascal Greggory a très vite préférée les arts de la scène à l'héritage professionnel des siens. Dès le milieu des années soixante-dix, c'est entre le cinéma, la télévision et le théâtre que sa carrière se partage. Ses premiers rôles, il les aborde sous les auspices de la figure du jeune premier aux traits purs. Pour André Téchiné par exemple, il incarne le jeune frère éperdument amoureux d'une femme inaccessible dans Les sœurs Brontë en 1979, un rôle qui le fait remarquer. Très vite Pascal Greggory va trouver son lignage dans la profession par le biais d'une longue collaboration avec le cinéaste Eric Rohmer. Ainsi ce dernier lui propose l'un des rôles principaux de la pièce de théâtre Catherine de Heilbronn dont le réalisateur fait une captation télévisée à Nanterre en 1980. Pascal Greggory y joue le rôle du chevalier Conte de Strahl, accusé par l'armurier Theobald d'avoir ensorcelé sa fille unique. Les cheveux blonds, la cuirasse luisante, l'acteur impose déjà une certaine présence corporelle.

Le cinéaste réaffirmera sa confiance en l'acteur avec Le beau mariage, réalisé en 1982 mais surtout Pauline à la plage l'année suivante. Pascal Greggory y interprète l'un des rôles principaux, là encore un jeune premier, Pierre, fou amoureux d'une jeune femme qui s'est éprise d'un homme manipulateur là où Pierre conçoit le sentiment amoureux comme une chose pure qui s'impose d'elle-même. Grand succès public, le film reçoit surtout l'Ours d'Or du Festival de Berlin cette année-là. Suivront un court-métrage, Bois ton café, il va être froid, une pièce de théâtre, Le trio en mi bémol en 1987, un téléfilm, Les jeux de société en 1989, puis un dernier long métrage, L'arbre, le maire et la médiathèque en 1993, sur les considérations de la politique rurale d'un petit village de Vendée. Pascal Greggory y retrouve Arielle Domsbale, sa partenaire dans Pauline à la plage, dans le rôle du maire soucieux d'apporter à sa petite communauté un projet de bâtiment culturel et sportif. Châtelain et fils de la région, il se convainc d'être proches de ses élus et de vouloir développer sa commune faute d'avoir réussi dans les précédentes élections.

Leur film suivant, Ceux qui m'aiment prendront le train, n'échappe pas à cette analyse. Le film plonge une quinzaine de personnages dans la tension d'un enterrement houleux, celui d'un défunt détesté mais qui a influencé profondément d'une manière ou d'une autre cette petite clique de protagonistes. Moins emphatique que La reine Margot, Pascal Greggory peut explorer dans ce film un certain réalisme que ses précédents rôles lui interdisaient. Là encore le ton est juste et acerbe pour servir un texte dialogué intelligent et cynique. Sa collaboration avec le cinéaste ne cesse pas là, l'acteur apparaît dans un rôle plus mineur dans Son frère, tourné en 2003, mais surtout dans Gabrielle, en 2005, une étude de mœurs du début du XXème siècle brillamment mise en scène par Patrice Chéreau. C'est un film de détails sur la bourgeoisie marchande devenue dominante par la grâce de l'ère industrielle. Le cinéaste y analyse la désagrégation d'un couple, incarné par Isabelle Huppert et Pascal Greggory, qui finit par conclure que leur mariage ne s'est jamais fondé sur un amour vrai et partagé. L'homme se veut aristocrate, cultivé et influent face à une femme qui gagne peu à peu son autonomie jusqu'à s'apercevoir que rien ne comble cette relation vide de tout sentiment. Peinture acerbe et accusatrice d'une classe qui s'impose, Gabrielle est l'occasion pour l'acteur d'un retour au texte classique et enlevé. Sa relation avec Patrice Chéreau l'a transformé d'un acteur doué en un acteur confirmé, représentatif d'un cinéma français exigeant qui n'empêche pas les passerelles vers un cinéma plus commercial.

Car Pascal Greggory n'a jamais dédaigné un cinéma plus populaire, plus accessible. Que ce soit sous les commandes de Claude Berri dans Lucie Aubrac ou encore celles de Luc Besson pour la fresque historique Jeanne d'Arc, il a même donné dans les films plus nerveux tels que Nid de guêpes de Florent Emilio Siri ou encore Zonzon de Laurent Bouhnik. Dans ce dernier film il entre dans la peau d'un condamné pour meurtre qui ne veut en aucun cas se faire briser par la prison. Rôle à fleur de peau, il fait admirablement appel à son corps tout de nerfs et d'acier. Une silhouette sèche et racée alliée à une voix sûre intimidante. L'acteur retrouvera par ailleurs le même cinéaste pour un film fort différent, 24 heures de la vie d'une femme, dans un rôle plus discret. Ces choix sont parfois moins heureux, on le retrouve de façon surprenante dans la comédie ratée La soif de l'or de Gérard Oury en 1993 ou dans l'adaptation bancale du roman de Maurice Leblanc par Jean-paul Salomé, Arsène Lupin, aux côtés de Romain Duris en 2004.
Ces dernières années, un troisième cinéaste s'est associé à la carrière de l'acteur, Jacques Doillon. Il dirige l'acteur désormais plus mature dans des films tels que Raja en 2002, Aux quatre vents et Le mariage à trois en 2010. Ce dernier est une comédie savoureuse sur les affres de la création et les atermoiements amoureux entre un écrivain de théâtre et son ex-épouse, sa principale actrice au demeurant. Pascal Greggory joue l'homme maître de ses sentiments et de ses relations, il s'y montre fin manipulateur et surtout esthète en séduction. Le corps toujours en grâce, il joue de la caresse comme certains prodiges excellent au piano. Le film est l'occasion de jouer avec les dialogues savoureux dignes d'une étude de mœurs, entre légèreté, cynisme et sincérité, l'acteur déploie son jeu verbal en passant d'un ton à l'autre avec une facilité déconcertante.

En plus de trente ans de carrière, Pascal Greggory n'a cessé de changer de registre en évoluant avec son métier. Acteur discret détestant les feux de la rampe d'un cinéma spectacle, il s'impose au contraire à l'écran avec sa présence si particulière, une présence silencieuse mais nerveuse servie par des traits soulignés et un regard pénétrant. Pascal Greggory n'est pas le charmeur dilettante et amusé, il est un séducteur plus profond, parfois plus torturé. Avec l'âge le cinéma lui confie des rôles plus tranquilles (celui d'un mari attentif et conciliant dans La tourneuse de page de Denis Dercourt ou encore celui d'un patron quelque peu machiavélique mais serein dans Rien de personnel de Mathias Gokalp par exemple) sans jouer pour autant expressément sur son âge mais davantage sur une maturité certaine. Son dernier film, L'enfance du mal, d'Olivier Coussemacq, sort ces jours-ci sur les écrans.
David A.

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