Lundi matin : Zack Snyder présente une
preview de son nouveau film
300 à la presse, quelques jours seulement après la parution sur le net d’une bande-annonce électrisante. Les extraits qu’il a sélectionnés (l’introduction fracassante, une scène du combat au bord de la falaise, une scène d’amour avec la reine, le passage avec les Immortels, la confrontation Xerxès et Léonidas) ne révèlent pas tout le potentiel du projet – les effets spéciaux n’étant pas finis, il réclame notre indulgence. Ce n’était pas la peine: ce que l’on a pu en voir (plus la bande-annonce) reste puissant dans sa fidélité au comic d’origine. Son casting anonyme ne devrait pas être une embûche. On compte sur lui pour redonner au péplum ses lettres de noblesse de manière plus incisive que les précédentes tentatives.

L’histoire ? En 480 avant Jésus-Christ, l’armée persane s’apprête à écraser la Grèce, île de raison et de liberté dans une mer d’obscurantisme et de tyrannie. Entre la Grèce et cette vague destructrice, trois cents guerriers (les Spartiates) sont prêts à défendre leur terre. Originellement, la bande dessinée d’origine de Frank Miller se focalisait sur la bataille des Thermopyles, l'un des plus célèbres faits d'armes de l'histoire antique. Le roi grec Léonidas et ses 300 soldats y furent massacrés par les Perses. Selon la légende, leur courage et leur sacrifice encouragèrent le peuple grec à s'unir contre les armées perses et à fonder la démocratie. A peine a-t-il eu le temps de nous présenter les images de son opus que Zack Snyder, réalisateur doué de
L’armée des morts tient à rassurer les aficionados en expliquant ses choix, en évoquant la liberté de ton comme sa volonté de coller à tout prix à l’esprit de la bédé originelle de Frank Miller. Vues les prémisses, c’est plutôt encourageant: on notera juste que comparativement à la bédé il a ajouté quelques zébrures gores et accentué la violence graphique pour les combats. Mais il ne fallait pas s’attendre à autre chose de la part d’un cinéaste qui a commencé par faire de l’horreur.

Ouvertement, il confesse avoir été très influencé par les inspirations nippones de Frank Miller qui se retrouvent dans la majorité de ses romans graphiques et, corrélat, met en évidence le fait que certains personnages de bédés du maître forment une corrélation intrinsèque: Marv dans
Sin City est proche de Léonidas dans
300 dans le style brute épaisse ironique et sensible. Comme on lui a signalé, le traitement formel se révèle proche des films de Vikings et notamment de la saga des
Nibelungen, légende scandinave qui inspira à Wagner sa tétralogie, qui a déjà été magnifiquement adapté par Fritz Lang en 1923. Avec les connotations actuelles, Snyder est conscient que le film risque d’avoir une signification très politique d’autant qu’en filigrane, on peut voir à travers cette histoire intemporelle les rapports entre la Perse (l’Iran aujourd’hui) et les Etats-Unis à l’heure où Bush Jr menace le pays. Malgré ce sous-texte équivoque, Snyder ne cherche pas à donner un aspect hautement subversif à son récit et mise essentiellement sur le spectaculaire. La violence des images se suffit à elle-même, d’autant que le cinéaste assure que la Warner lui a laissé les coudées franches et ne l’a pas contraint à réduire les jets d’hémoglobine pour faire un ensemble plus consensuel. Cela s’est répercuté dans le choix de l’acteur principal (Gerard Butler) qui est inconnu du grand public et qui de fait va gagner à ne plus l’être, mais ce goût pour les castings inattendus n’est pas nouveau de la part de Zack Snyder qui dans son
Armée des morts ressuscitait la frêle Sarah Polley au pays des zombies. L’acteur a visiblement plus été choisi pour sa ressemblance – indiscutable – avec Léonidas et sa capacité à être, plus qu'à jouer, un personnage stoïque qui a traversé des étapes potentiellement traumatisantes (abandon de sa mère, solitude, hiver glacial, combat avec un loup). L’acteur est idéalement charismatique mais c’était la moindre des choses pour un personnage chargé de diriger trois cents garçons. Comme Snyder le répète, pendant qu’il nous présente les images, «ce n’est pas un film pour les enfants». Ce sera donc une œuvre barbare qui arrive à une période où le cinéma trouve un regain d’intérêt pour les péplums (
Troie,
Alexandre), remis au goût du jour par Ridley Scott avec
Gladiator.
Les scènes de combat s’annoncent impressionnantes d’autant que les moyens pour les mettre en valeur (surenchère d’effets et de ralentis) sont très appropriés pour coller à l’esprit de la bédé. De la même façon que l’aspect ironique est conservé notamment dans la confrontation entre Xerxès (Rodrigo Santoro) et Léonidas (comme dans le bédé, il arrive sur un immense char porté par des esclaves et la ressemblance physique est probante) où Léonidas ressort la même vanne («Laissez-moi deviner» ; «serais-tu Xerxès ?»). Au jeu des différences, on notera une implication davantage marquée des femmes dans l'univers viril avec notamment le personnage de la reine Gorgo (Lena Headey - on attendra de voir le film en entier pour juger de sa prestation) afin d'apporter une dimension romantique et, surtout, une scène d'amour un peu inutile. Comme on a pu le voir sur les making-of qu’il a fait diffusé sur le site officiel du film, Snyder a eu recours à la technique du
blue screen où les acteurs s’affrontaient devant un écran bleu sans connaître l’ampleur des paysages et des décors. A l’écran, cette sensation presque gênante (on peut appeler ça de la rétroprojection) passe plutôt bien. La technique était gagnante dans
Sin City où littéralement Robert Rodriguez avait fait un bon travail d’illustrateur.

Cette fois-ci, Frank Miller s’est moins impliqué dans le projet en faisant immédiatement confiance à son réalisateur. De temps à autre, il donnait son point de vue mais a laissé à Snyder la liberté de transposition. Confirmation de ce qu’on pouvait voir dans la bande-annonce, dans des conditions optimales puisqu’on est au cinéma: le côté sombre (les personnages sont filmés en clair-obscur) et stylisé (esthétisation maximale) est totalement respecté. Zack Snyder a amplifié la dimension apocalyptique de manière prodigieuse. Le
était le procédé idéal pour par exemple retranscrire l’essence et les couleurs de Lynn Varley: les cieux crépusculaires de la bédé, la neige et accentuer ainsi le contraste avec le rouge sang des capes.