Dans le très attendu
Frontières, le réalisateur Xavier Gens met en analogie un contexte politique (l’extrême droite arrive au second tour des élections présidentielles) et le parcours de braqueurs qui débarquent dans une auberge en pleine forêt, située dans une ancienne friche minière et dont les tenanciers sont les cousins hexagonaux de la famille Hewitt (ils sont cannibales mais aussi néo-nazis). Décomplexé depuis la grande surprise
Haute Tension, d’Alexandre Aja, le cinéma de genre français se décoincerait-il de manière ultime ?
Ne pas faire d’amalgames :
Frontières, de Xavier Gens, n’est pas le nouveau
Sheitan, de Kim Chapiron. Même si, en apparence, ça y ressemble beaucoup. Alors que dans Sheitan, l’argument fantastique était un prétexte pour réaliser une comédie potache, provocatrice et ado dans le sillage d’un Joël Séria jeunot,
Frontières, lui, n’a pas envie de plaisanter avec ses boogeyman aux visages atrocement humains et compte bien délivrer son lot de barbaque en traitant la violence sans détour, sans hors champ, sans ellipse. Ça risque de faire très mal. Nourri à la culture
survival, Gens a commencé en réalisant des films amateurs avec ses potes Niçois, dont
Earth on Fire, opus fauché que le réalisateur assimile à une relecture de
True Romance, de Tony Scott et qu’il a montré au Marché du film au festival de Cannes sans grand succès vu le manque de moyens. Avant de se lancer dans la réalisation, il conserve son énergie, oublie le passage obligatoire par l’école de cinéma et, toqué de cinéma HK, fasciné par des prouesses visuelles aux antipodes d’un cinéma franco-français qui semble désespérément annihiler à quelques exceptions près l’importance de la forme, assiste les productions américaines de réalisateurs hongkongais.
Ainsi, il décide de suivre des stages à la régie ou à la mise en scène sur des tournages afin de perfectionner son style, notamment ceux de
Double Team, de Tsui Hark, et
Ronin, de John Frankenheimer. Après ces expériences, il concrétise en 35 mm un projet :
Born to Kast qu’il auto-produit, multiplie les réalisations de vidéo-clips, signe un court-métrage remarqué (
Au petit matin, diffusé notamment lors du dernier festival de Cognac duquel il n’est pas revenu bredouille), se fait contacter par l’oncle Sam pour mettre en scène le remake de
Ghost Actress, de Hideo Nakata. Mais c’est surtout
Sable Noir et le sketch
Photographik, devant initialement être réalisé par Fabrice du Welz, qui lui donne les coudées franches pour réaliser un premier long métrage visiblement libre dans ses intentions:
Frontières.
Avec un tournage étalé sur environ sept semaines (de mai à fin juin) et un budget d’1,5 millions d’euros (l’équivalent de
Calvaire, de Fabrice du Welz et de
Haute Tension, d’Alexandre Aja),
Frontières repose initialement sur un contexte politique exacerbé (récent ou prophétique?) où la droite et l’extrême droite se tirent la bourre pendant les deux tours de l’élection présidentielle. Parallèlement, les répercussions sociales sont effrayantes et des émeutes éclatent en France.

Dans le tumulte, on suit une femme maghrébine qui tombe enceinte et doit le cacher à sa famille. Des potes font des braquages afin de récolter l’argent nécessaire pour qu’elle aille se faire avorter en Hollande. Un soir, ils trouvent refuge dans une auberge de néo-nazis cannibales. Le trajet est simple: on part de la banlieue parisienne en effervescence pour la frontière Luxembourgeoise aux prises avec le même bouillonnement. Clairement, Gens semble vouloir mêler la métaphore politique aux effluves sanguinolents comme pour rappeler, à la manière d’un Romero, que sous chaque film fantastique de divertissement se masque une métaphore sociale brûlante d’une société en plein chaos. Samuel Le Bihan qui a aidé Gens au niveau de la production (comme il l’a fait par exemple pour Martin Cognito sur
Exes) ainsi que Laurent Tolleron et Manuel Alduy, déjà responsables de l’étonnant
Ils, fait partie du casting avec notamment Estelle Lefebure (déjà dans
Au petit matin, le court métrage de Gens) et Aurélien Wiik (idem).
Il reste à savoir si l’humour sera la politesse du gore mais le projet donne sérieusement envie d’être défendu (les films aussi déterminés et peu couards demeurent une denrée rare dans nos contrées). D’autant que Gens est déjà sur un autre projet avec Matt Alexander, le scénariste de
Blueberry, un film de cannibales (décidément) dans un contexte cette fois-ci insulaire. En attendant, avec un peu de chance, le film devrait certainement être projeté au prochain festival de Gérardmer, voire même faire partie de la compétition officielle. La réponse est pour bientôt.
Sortie française : inconnue pour le moment Bande-annonce de Frontières