Par Kevin Prin - publié le 02 novembre 2005 à 02h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h38 - 3 commentaire(s)
Si l’actualité du film King Kong occupe beaucoup les news cinéma depuis des mois, on parle moins de son adaptation en jeu vidéo qui mérite pourtant largement le détour, même pour les cinéphiles. En effet, après avoir découvert Beyond Good and Evil, Peter Jackson, grand amateur de jeux vidéos, décida de confier la réalisation ludique de King Kong à Michel Ancel, également papa de la saga Rayman. Une collaboration dont le but était de donner naissance à un jeu vidéo plus fidèle que jamais au film dont il s’inspire.

En amont du projet, l’équipe de Peter Jackson a envoyé de nombreux dessins préparatoires au studio de Michel Ancel, afin que celui-ci avance de son côté sur les décors et l’environnement du jeu. Au point que, quelques semaines plus tard, l’équipe du film découvrait bouche bée l’univers 3D du jeu, soit exactement celui qu’ils étaient en train de construire de leur côté. Néanmoins si l’inspiration reste la même, le résultat, nous a-t-on promis, sera différent. Tout au long de la production de King Kong, l’équipe française de Michel Ancel a régulièrement reçu de nouveaux éléments vidéos du film qui ont permis de donner de nouvelles directions au projet de jeu.


Le jeu reste tout d’abord fidèle au film sur le plan scénaristique ; à noter que les cinématiques sont intégrées en temps réel et permettent de suivre l’histoire sans interrompre l’action. On commence donc dans la peau d’un humain, celui qui sera joué par Adrien Brody au cinéma, dans le plus pur style d’un jeu d’action à la troisième personne. On suit les autres personnages (qui discutent entre eux en respectant les dialogues du film), on résout quelques énigmes, on assiste à quelques scènes clés pour le scénario, on tue quelques bébêtes géantes sur Skull Island. Rien de très palpitant si ce n’est le plaisir d’explorer les jolis décors de la jungle, le parcours restant énormément linéaire.

Vient ensuite le moment que nous attendions tous : l’arrivée de King Kong. Et ô joie, le jeu nous met alors aux commandes du singe géant pour le premier affrontement contre un T-Rex. A l’écran, aucune jauge de vie, pas le moindre indicateur non plus. Seuls King Kong et le dinosaure se font face, la jolie Alice s’étant enfuie de terreur. Ce sera pourtant bien cette dernière qui conditionnera la réussite de ce "niveau" puisque, avant de tuer le ou les T-Rex, le but sera surtout de la protéger des autres attaques. A ce titre, en plein combat, la caméra pourra se concentrer sur une Alice dangereusement menacée par un dinosaure, nous laissant tout juste apparaître au dernier plan en train de défoncer du lézard ; ceci afin de bien nous faire comprendre que la jeune fille reste l’enjeu principal et qu’il faut d’abord aller la sauver !


Les premières minutes de jeu consacrées à ce King Kong sont éloquentes : ici la mise en scène tient une place primordiale. Chaque phase de jeu bénéficie d’un découpage très cinématographique et la caméra adopte des angles et suit des mouvements qui ne sont jamais choisis au hasard. A l’instar de la séquence décrite plus haut où la caméra se détourne d’un combat pour mettre en évidence l’enjeu principal de la partie, la mise en scène joue plus que jamais sur l’ambiance du jeu et l’immersion du joueur. On retrouve donc toute la grammaire du cinéma appliquée à un jeu, et si King Kong ne va tout de même pas jusqu’à respecter le format cinémascope, il pourrait tout de même se hisser au rang de l’expérience videoludique qui se rapproche le plus d’un film contemporain.

Les captures qui ornent cet article ne pourront jamais traduire les sentiments que l’on éprouve en jouant à King Kong. Tout d’abord un sentiment de liberté, de familiarité avec l’environnement, lors des phases où l’on dirige le singe dans sa jungle natale. Ensuite un sentiment de confusion, de perte totale de repères, lorsqu’on prend son contrôle dans la ville de New York, où toutes les rues se ressemblent et où on ne voit jamais le ciel. Une réussite en terme d’immersion qui se ressent immédiatement au bout des doigts !


Une autre similarité assez confondante qui rappelle en général le cinéma et en particulier le cinéma de Peter Jackson : le contraste "violence / émotion". La recette de King Kong est un savant cocktail de destruction massive (lâchez un gorille géant énervé dans les rues de New York pour comprendre) sur fond de drame puisant ses racines dans le face à face entre l’homme et la nature. Ce contraste se manifeste tout d’abord dans la jungle lorsque King Kong affronte les T-Rex : il faut voir le singe filer des mandales d’une violence inouïe et achever ses assaillants en écartelant leurs mâchoires dans un craquement d’os. Une sauvagerie extrêmement graphique, dans le film comme dans le jeu, tout en contrastes avec la mission qui consiste à sauver la frêle Alice.


Mais cette opposition prend toute son ampleur lors de l’arrivée dans les rues de New York qui débute par une scène où King Kong est attaché. Au cours de cette "fausse cinématique", nous dirigeons le gorille en train de se réveiller, caché par un rideau rouge : la caméra est derrière lui ; on entend la foule s’impatienter, haletante à l’idée de découvrir la bête ; le rideau s’ouvre enfin laissant apparaître un océan de lumière et de flashs pendant que la caméra change d’angle et monte au dessus de King Kong et que la musique démarre en puissance ; seul contre tous, le gorille laisse échapper un cri de détresse. Autant dire que les poils ne manquent pas de s’hérisser sur les bras à la vue de cette scène d’une intensité rarement atteinte dans l’univers des jeux vidéo.


Une intensité que l’on devrait ressentir durant la majeure partie du jeu, et pour cause : Peter Jackson se cache derrière chaque pixel mis en forme par le fidèle Michel Ancel.
Après une bonne trentaine de minutes, une question nous est quand même venue à l’esprit : cette mise en scène, qui se traduit tout de même par une très grande linéarité des phases de jeu où l’on dirige l’humain, ne réduira-t-elle pas la durée de vie du soft ? On nous promet que certains niveaux, sur la quinzaine disponibles, pourront être résolus de plusieurs manières, mais aura-t-on envie de rejouer si cela signifie éprouver des sensations exactement similaires à la partie précédente ? King Kong s’annonce comme une expérience cinématographique sans précédent dans un jeu vidéo mais ne va-t-elle pas nuire au plaisir de jeu ? C’est la grande question que ce premier aperçu de King Kong nous aura laissée. Et pour y répondre, il faudra attendre le test complet. A suivre…


Peter Jackson’s King Kong The Official Game of the Movie sort le 17 novembre prochain sur PS2, Xbox, GameCube et PC. Une version Xbox 360 sera disponible lors du lancement de la nouvelle console le 1er décembre. Les opus pour consoles portables DS et PSP (qui promet d’être encore plus beau que sur PS2) paraîtront un peu plus tard au cours du mois de décembre.
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