Par - publié le 05 octobre 2006 à 11h01 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h11 - 2 commentaire(s)
Dans Sherrybaby, premier long métrage de Laurie Collyer, Maggie Gyllenhaal, irrésistible, incarne une poupée brisée, ex-taularde et ex-junkie, qui essaye de se racheter une conduite et de récupérer la garde de sa fille. Envers et contre tous. Ce film, présenté au dernier festival de Deauville, propose un joli portrait de femme en lutte contre certains carcans sociaux et moraux qui à défaut de fréquenter des sentiers peu connus (l’objet n’évite pas un certain formatage Sundancien) ne manque pas d’atouts pour séduire. La preuve: il a glané le prix du scénario. Preview.



Tout a commencé, elle venait d’avoir 19 ans. Sherry a été arrêtée pour vol et sort à peine de taule. Le film commence et elle n’a qu’une seule envie: rentrer dans le droit chemin. Démarche et dégaine provocantes, elle doit se confronter au rejet non-dit de sa famille (frère couard, belle-sœur jalouse, papa incestueux, maman absente) avec tous les sourires de façade qui traduisent l’hypocrisie et de la société (inspecteur qui la surveille en permanence, difficulté de trouver un job et de se réinsérer dans le moule uniforme). Bref, sur le papier, une déclinaison US du Clean d’Olivier Assayas surplombé de pathos qui invite à la grise mine. Au départ, logique: on craint le pire dans le genre «petit précipité existentialisant» où la réalisatrice laisse performer son interprète principale (démarche post-Cassavetes, hystérie en bobine, personnages secondaires divisés en lourdes caricatures). Heureusement, il n’en est rien, essentiellement grâce à son scénario, féminin, sensible, bien écrit; et surtout son interprète principale: l’indispensable Maggie Gyllenhaal qui, à Deauville cette année, a donné l’impression de prendre un malin plaisir à alterner grosses productions mélodramatiques (World Trade Center) et petit film indépendant monté avec trois francs six sous et surtout un cœur gros comme ça.



Que son personnage chante Eternal Flame, des Bangles, en plein milieu d’un anniversaire sous les regards affligés et gênés de sa famille ou qu’elle engueule une femme qui lui cherche des noises dans une maison pour girls interrupted, la sœur Gyllenhaal irradie l’écran, ne lâche pas son personnage et tente de retranscrire la tristesse d’une femme désemparée d’être la tâche de la famille, de ne pas être reconnue par son enfant, d’être face au modèle de réussite de son frangin très content dans son mode de vie American way of life, de devoir montrer ses seins pour décrocher un job, d’être aussi immature, de ne pas avoir vécue une adolescence heureuse et d’avoir très tôt dû se comporter comme une adulte. Et peut-être même d’être finalement ce qu’elle est: une marginale socialement et humainement laissée-pour-compte, paumée dans un univers transpirant le conformisme bon teint.



Pour des raisons qui peuvent être d’ordre affectif, ce cri de désespoir d’une femme en manque d’amour ne reste pas sans écho. Cela étant, si certes la réalisatrice Laurie Collyer est consciente d’avoir trouvé en Gyllenhaal une interprète hors pair, elle ne se contente pas de la filmer. Elle porte également un soin particulier aux personnages secondaires, unanimement bien campés et solides, qui colorient les nuances d’un personnage principal barré et excentrique, comme cette passade sans lendemain avec un indien volage et blessé (Danny Trejo) à qui la vie n’a pas fait de cadeau – un beau rôle pour celui qui durant sa jeunesse, a connu l’enfer de la drogue, de l’alcool et de la violence.



Du coup, pour tout plein de détails minuscules de ce style, et même si elle n’est pas exempt de sérieuses faiblesses, notamment dans sa toute dernière partie où finalement les compromis sont toujours bons à faire – là où par exemple un film comme Keane ne lâchait pas le morceau et bouleversait à un degré plus intense –, cette production indépendante US fait montre d’une vitalité, d’une sincérité et d’une justesse pas si fréquentes dans un registre (le portrait d’une maman oubliée par la vie) qui semble exclusivement réservé aux clichés, aux dérives larmoyantes et à la complaisance. On attend sa sortie française pour vous en reparler plus dans les détails, mais pour l’heure, une chose à dire: on aime plutôt bien.
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