Cela commence à faire un bout de temps que tout le gratin cinéphilique le considère comme un virtuose. Confirmons le brouhaha médiatique: c’en est un. De
Following, petit film roublard tourné avec trois bouts de ficelle, à
The Prestige, film-phénomène qui débarque dans une discrétion étonnante à la fin de l’année, le parcours de Christopher Nolan époustoufle. Avant de s’atteler au providentiel
Batman Begins 2, Nolan a réalisé un faux petit film avec de vraies grandes pointures. Les premières images, disponibles, annoncent un beau festin où les acteurs batifolent de concert dans une sombre histoire. Abracadabrantesque, oui.
Christopher Nolan aime surprendre les spectateurs en même temps qu’il demeure un mystère ambulant. Ses fictions retorses malmènent la psychologie des personnages, court-circuitent les conventions, abreuvent d’audaces formelles et ne ressemblent qu’à elles-mêmes. Son parcours est exceptionnel. En quatre films (et bientôt cinq !), il a su imposer des styles, des mouvances et de fait des œuvres uniques qui s’imposent aujourd’hui comme des références.
De
Following, premier long-métrage très astucieux qui évoquait la réussite indie de
Suture de Scott McGehee et David Seigel, à
Memento, film culte qui bouleversait les conventions filmiques et hachait menu les codes du thriller (quelque chose comme la version améliorée de
Following), en passant par
Insomnia, remake du film éponyme du cinéaste norvégien Erik Skjoldbjaerg, dans lequel le soleil de minuit faisait venir les démons à votre fenêtre, sans oublier le récent
Batman Begins où Nolan a littéralement fait renaître de ses cendres un mythe enterré huit ans plus tôt par tonton Schumacher, le réalisateur anglais et émérite (de quoi contredire les dires de Truffaut qui affirmait que cinéma et Angleterre étaient antinomiques) transforme tout ce qu’il touche en objet filmique fort stimulant. Il risque de surprendre de nouveau avec
The Prestige, qui narre la rivalité entre deux magiciens de talent au tout début du siècle dernier à Londres contrariée par une histoire d’amour déchirante. En réalité, ils se battent pour garder le secret sur leurs tours et tentent de s’approprier ceux de l’autre. Une rivalité assassine qui finira par les mener dans une spirale irréversible de secrets, de trahisons et de meurtres.
Christopher a co-signé le script avec son frère Jonathan (il lui est redevable pour avoir écrit la courte nouvelle qui a inspiré son premier long). Pour
The Prestige, ils se sont inspirés du roman de Christopher Priest. Pour incarner les magiciens qui se lancent des mauvais tours, Hugh Jackman, à peine revenu d’
X-men, et Christian Bale, déjà dans
Batman Begins ont été choisis. Quant à Scarlett Johansson, elle viendra compléter le beau tableau avec David Bowie, Andy Serkis (le Gollum du
Seigneur des anneaux) et, surtout, Michael Caine (également dans
Batman Begins). La confrontation entre les deux acteurs (Caine – Bale) est intéressante puisqu'elle se situe certes dans un autre contexte que celui du super-héros en proie au doute mais sous la houlette du même cinéaste. Idem pour le couple Jackman et Johansson que l’on retrouvera à la rentrée dans
Scoop d’un Woody Allen qui a récemment prouvé avec l’excellent
Match Point qu’il a bel et bien retrouvé sa vigueur d’antan. Pas de doute que Nolan en profitera pour remettre sur le tapis quelques unes des obsessions qu’il trimballe depuis
Following: vampirisme identitaire, frontière entre le bien et le mal de plus en plus ténue, avidité cruelle, personnage féminin louche, manipulation sous-jacente. Bref, devrait trouver matière à retourner comme des crêpes les us et les coutumes du film noir. D’ici là, place aux spéculations:
The Prestige sort en France le 15 novembre prochain. Les premières images, mirobolantes, laissent percevoir la beauté visuelle de l’opus mais également présager les possibles enjeux dramatiques. Grande attente.
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