Angela Bettis et Lucky McKee se sont rencontrés sur May. Depuis, ils ne se quittent plus. On les retrouve dans The Woman, qui parcourt les festivals du monde entier en traînant une réputation sulfureuse.

Par - publié le 04 novembre 2011 à 02h00 ,
MAJ le 04 novembre 2011 à 21h16 - 0 commentaire(s)


Ado, Lucky McKee écrit le scénario de May en moins d'un an. Quatre ans plus tard, après une fac de cinéma en Californie, il est recontacté par Marius Balchunas, un de ses amis, au sujet de ce mystérieux scénario pour lui proposer d'en faire un film. Occasion inespérée: l'ami en question venait de monter sa propre société de production et voulait soutenir un jeune talent. Lorsque Balchunas lui demande dans un second temps s'il veut le mettre en scène, Lucky ne réfléchit pas deux fois. Profondément troublé par le Frankenstein de Mary Shelley, il avait envie de partir de ce mythe pour proposer le portrait d'une jeune femme d'aujourd'hui qui, parce qu'elle ne sait pas communiquer, décide de "se fabriquer" un ami capable de la comprendre: «Mary Shelley a écrit le livre à 18 ans et décrivait ce que l'on ressent à cet âge précis : l'impression d'être un monstre, différent, anormal... C'est là qu'elle puisait sa grande force. La meilleure partie du livre, c'est quand elle montre le monstre sous un jour pathétique. Shelley raconte la triste expérience du personnage avec le monde extérieur et combien il est difficile pour lui de s'y adapter. Dans le fond, il est clair qu'il y a un parallèle entre May et lui. Ce qu'ils recherchent tous les deux, c'est un ami qui puisse les comprendre. Il veut que Frankenstein lui en fabrique un, d'ailleurs. Je trouve cette solitude et cette marque de détresse très émouvantes. Cette histoire est évidemment une référence pour tous ceux qui aiment le cinéma fantastique».

Le personnage de May n'était autre que Lucky Mc Kee himself: ses points communs physiques (le strabisme), son incapacité à imposer sa différence, sa discrétion et sa solitude qui masquent sa tristesse de ne pas être acceptée, sa faculté à enregistrer la beauté cachée du monde, ses névroses qui explosent au moment le plus critique, ses relations amoureuses et amicales qui se sont toujours soldées par un échec. Cristallisation de la personne idéale, misère affective et sexuelle... Quelque part entre Répulsion de Roman Polanski et Kissed de Lynne Stopkewich, l'amour le plus saignant le dispute au romantisme le plus glacial dans ce coup d'essai très prometteur, sensible et ultra-personnel, parsemé de clins d'œil au genre (les "gialli" transalpins) qui vient seulement un an après un film de fin d'études : All Cheerleaders Die, 2001), coréalisé avec Chris Sivertson (The Lost), dans lequel des pom-pom-girls assassinées se transformaient en zombies. Le résultat n'aurait toutefois pas été le même sans son actrice principale, Angela Bettis, qu'il ne quittera plus et qui joue une femme au foyer inexistante dans le dernier The Woman. A l'époque, plus qu'une découverte, une révélation : «Nous faisions une audition pour le rôle de May. Il y avait beaucoup d'actrices, et cette fille, Angela, est arrivée. Quand je l'ai vue, je me suis dit : «Mais de quelle planète elle vient celle là ?». Elle rayonnait. C'est devenu une évidence : c'était May. Elle a eu une approche très sensible du sujet et a su capter toute la profondeur du personnage. Elle a également apporté de nombreux détails. C'était hallucinant de voir comment elle a performé son personnage. Sans elle, il est évident que le résultat n'aurait pas été le même. Je pense très sincèrement qu'elle a contribué pour beaucoup à la réussite de l'entreprise.» Angela Bettis poursuit : «Les thèmes soulevés dans May concernent tout le monde. On a tous connu des moments de solitude intense. Beaucoup de marginaux se retrouvent dans ce personnage. Je sais que le film est devenu culte chez les gothiques comme les amateurs de films fantastiques qui, souvent, viennent me voir en disant: «c'est mon portrait». Mais je pense que la vraie réussite de May vient de la manière dont Lucky raconte son histoire. Je ne pense que l'on puisse réellement ranger ce film dans la catégorie «horreur». Pour ainsi dire, il est inclassable. Tel quel, je dirais un «slasher horrifique de comédie romantique». Une comédie romantique qui irait super mal. Dans un sens, on peut le prendre comme une comédie


La morale derrière ce drame humain ? Il est plus facile de céder à la normalité que d'imposer sa singularité. McKee revient dessus, avec lucidité : "A l'époque, je pensais comme May qui, à un moment donné, assurait que toutes nos imperfections nous rendaient uniques. C'était ma façon de voir la vie. Je tenais ça du grunge, de la musique de Nirvana que j'écoutais ado : Kurt Kobain montait sur scène pour chanter sa souffrance, des shows pendant lesquels il communiquait cette douleur avec le public. La solitude n'est pas un thème moderne. Je pense qu'il remonte à la nuit des temps. Tout un chacun peut ressentir cette solitude par laquelle May passe. Quand j'ai écrit cette histoire, j'ai essentiellement évoqué la difficulté de communiquer avec les gens."

 

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PROMENONS-NOUS DANS LES BOIS
Lucky McKee creuse les obsessions de May dans The Woods, visuellement plus ambitieux, dans lequel il adopte le point de vue d'Heather, une adolescente négligée par ses parents, envoyée dans un pensionnat au fond des bois. Très vite, elle devient la tête de turc de ses camarades et ne rêve que d'une chose : retourner chez elle. Mais lorsque des étudiants disparaissent, elle commence à avoir d'horribles visions... Un personnage qui n'est pas sans évoquer les jeunes héroïnes du cinéma d'Argento, souvent marginalisées par leurs camarades. Le casting est très significatif, de Patricia Clarkson (également dans la série Six Feet under) à Bruce Campbell (Evil Dead) et on pense aussi beaucoup à La compagnie des loups (1984), une réussite méconnue de Neil Jordan, réalisateur d'Entretien avec un vampire, qui s'amusait également à court-circuiter les conventions du conte de fées. McKee donne à réfléchir sur les croyances et les idées reçues, et continue à dire tout le mal qu'il pense de l'autorité et de l'éducation préparant au formatage - sujet qui sera également au centre de The Woman. The Woods s'inscrit très logiquement dans ce sillage d'ado tourmenté et solitaire en proie aux doutes et en quête d'amitié fusionnelle. Mais comme dans May, cela reste un leurre puisque du jour au lendemain, les amitiés s'arrêtent, les rumeurs assassines se colportent et le combat recommence avec le même constat d'échec et de souffrance: on est toujours tout seul. Mais qui dit moins d'indépendance, dit aussi plus de conflits. Cela commence avec Sony qui souhaite sortir l'œuvre sous PG 13 et désire que Lucky McKee propose un nouveau montage, moins violent. L'ensemble est souvent élégant mais mutilé, comme un sourire triste : les fondus noirs semblent masquer les scènes coupées ou les scènes à faire. D'ailleurs, il existe trois fins alternatives pour The Woods, toutes signées par Lucky McKee. Le studio a décidé de prendre celle qui convenait le mieux lors de test-screenings brutaux.

 

thewoodsz2hd Bettis affirme : «The Woods est un film pour les adolescentes. Pas nécessairement pour ceux qui vont aux test-screenings. C'est d'ailleurs pour cette raison que je le pense bon aux commandes de films où les personnages principaux sont des femmes. Mais Lucky ne porte pas bien son prénom. L'expérience a été rude sur ce film. Plus encore que sur les autres parce qu'il tenait terriblement à ce projet. Peu de gens l'ont vu en raison de cette sortie discrète. Beaucoup se sont dit que, si ce film sortait de manière aussi confidentielle, c'est qu'il craignait. Au départ, Lucky avait pourtant les coudées franches d'autant qu'il était soutenu par United Artists qui adoraient May et qui étaient prêts à tout pour faire du bon boulot. En plein milieu du tournage, Sony est venue prêter main forte. En visionnant le résultat, ils ont détesté parce que c'était, selon leurs termes, «trop bizarre» et donc difficile pour le marketing. Ils ont demandé à ce que Lucky modifie des scènes et ne se sont pas privés pour couper au montage. Apparemment, cela arrive souvent aux musiciens dont ils s'occupent en les virant s'ils n'acceptent pas de se plier à un tel genre. Tout ça, c'est une question d'argent et de profit. Or il ne faut pas des millions de dollars pour faire un bon film. C'est totalement faux. On me demande souvent pourquoi je n'essaye de faire une carrière à Hollywood. Je réponds souvent que je crois en l'art et que je ne crois pas au commerce

 

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Cette expérience malheureuse n'en reste pas moins un bon tremplin pour rejoindre les Maîtres de l'horreur, aux côtés de quelques grands noms du cinéma d'horreur (Dario Argento, John Carpenter, Larry Cohen, Roger Corman, Don Coscarelli, Joe Dante, Stuart Gordon, John Landis, Tobe Hooper ou encore George A. Romero). Pour lui, ce sera Sick Girl. Scénarisé par Sean Hood, à qui on doit le script de Halloween : Resurrection (!), cette adaptation de la nouvelle Le conte de Haeckel de Clive Barker (une première fois envisagée par Roger Corman) se présente comme une déclinaison lesbienne de La Mouche de David Cronenberg. Lucky en conserve un bon souvenir: "Sick Girl était une formidable récréation. J'ai utilisé ce film comme une excuse pour essayer des techniques de films classiques des années 30, 40 et 50. Cela m'a seulement pris moins de quatre mois pour aller de l'ébauche du script au produit fini. Cette expérience m'a redonné confiance en moi après l'expérience de studio éprouvante de The Woods. J'étais entouré d'artistes avec lesquels j'avais déjà travaillé: Angela Bettis, Erin Brown, Jesse Hlubik, Marcia Bennett and Mike McKee. J'ai demandé l'aide de Zach Passero pour l'animation, Jaye Barnes-Luckett et Ben Boyer pour la bande-son. J'ai pris mon pied en réalisant ce film bizarre qui démarre comme une comédie romantique des années 30 loin de celles que l'on faisait à l'époque pour aller progressivement vers un film de science-fiction des années 50."

 

sickgirl40Angela Bettis poursuit : «C'est à partir de ce segment que ma relation avec Lucky est devenue totalement fusionnelle. On n'a plus besoin de se dire les choses, on se comprend naturellement. Et ensemble nous pouvions prendre plus de risques. Il m'a demandé par exemple de modifier ma voix pour le personnage parce qu'il connaissait l'intonation dont j'étais capable. La vérité, c'est qu'entre May et Sick Girl, il a su cerner au plus juste ma personnalité et s'en servir. A l'origine, mon personnage était masculin dans la première version. Il a transformé le caractère en femme lesbienne mais pendant le tournage, il me demandait de le jouer comme un homme qui s'exprime dans un jargon des années 50. Donc dans Sick Girl, je suis un homme. Vous savez, j'ai tout essayé... J'ai fait du théâtre, du cinéma, de la télévision, de la danse. Ça fait plus de quinze ans que j'enchaîne les rôles. J'ai fait un film d'horreur avec Tobe Hooper, Toolbox Murders. Pour moi, c'est un génie. On vient tous les deux du Texas et ce qui m'amuse, c'est qu'il a toujours l'accent texan. Dans ma ville, c'est une légende. De la même façon, j'admire ce que fait George Romero. Mais je ne compte pas enchaîner les films d'horreur toute ma vie. Il y a forcément un moment où on finit par se lasser. J'ai même fait un remake de Carrie - pour l'argent. Evidemment, il n'y a pas besoin d'en faire un remake. Mais Stephen King est un très bon écrivain et le personnage restait passionnant. Je reste heureuse d'avoir pu le jouer. J'ai essayé de faire du mieux que j'ai pu, sans chercher à imiter la version originale. J'ai essayé de me concentrer sur le livre plus que sur le film. J'ai essayé donc. J'ai aimé bosser avec le réalisateur David Carson même si dans ce genre de production, vous êtes plus considéré comme un objet que comme un être humain. Ils considèrent qu'ils vous payent suffisamment bien pour que vous soyez à leurs ordres. Mais sur le tournage, j'ai rencontré plein de gens sympas. Dans l'un comme l'autre, ça reste une bonne expérience. J'ai fait trois films seulement pour gagner de l'argent. Et à chaque fois, je me suis rendue compte que je n'étais pas faite pour être achetée..»

 

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ELLE EST LUI
Comme une expérimentation, Lucky McKee et Angela Bettis ont inversé les rôles : l'actrice devient réalisatrice et met en scène le cinéaste pour donner un frère jumeau à May. Lucky a réalisé Répulsion; c'est maintenant au tour d'Angela de réaliser Le Locataire. Ce sera Roman, personnage reclus, singulier et solitaire, claquemuré dans ses fantasmes et ses angoisses, qui a du mal à trouver l'âme sœur. Bettis développe : «Lucky et moi avons fait May, nous sommes devenus amis et depuis nous habitons dans le même quartier. En réalité, toute l'équipe de May est restée une bande unie : nous habitons tous à proximité les uns des autres. Lucky a écrit le scénario de Roman quand il avait 19 ans. Il a essayé de le réaliser à trois reprises mais ça n'a jamais fonctionné. Après May, il a été tenté de faire une nouvelle version et je devais incarner l'un des personnages féminins [NDR. le personnage d'Eva, finalement incarné par Nectar Rose]. Ça lui a pris du temps parce qu'il lui manquait sans doute une distance par rapport au sujet. On en a parlé la première fois ensemble au festival de Sitges, lorsqu'on est venu présenter May tous les deux. Un jour, je me pointe en l'engueulant: «Mais quand est-ce que tu fais ton film?». Il m'a répondu: «si t'es pas contente, t'as qu'à le faire» et j'ai rétorqué: «très bien, je le fais». C'est ce qui s'est passé. On a brisé cette malédiction, mais j'ai précisé que je voulais absolument qu'il joue Roman. Il a accepté."

 

roman_4L'intensité de leur relation contribue pour beaucoup à l'intérêt que l'on peut porter au film. Premier détail important: la manière dont Bettis filme McKee en écho à la manière - empathique - dont McKee filmait Bettis. Le scénario a été écrit par McKee tout seul, ce qui explique la justesse dans la retranscription des fantasmes masculins. En revanche, il a laissé une totale liberté visuelle à Bettis. Comme Anna Farris dans May, on retrouve ici des actrices venues d'un système très calibré (Kristen Bell) qui viennent s'encanailler chez des petits auteurs indépendants nerveux et frondeurs qui vomissent le conformisme. Paradoxe : le film minimaliste à l'extrême doit beaucoup à son point de vue féminin qui, sans apaiser une rage intérieure, permet des perspectives stimulantes. L'économie autarcique du tournage se présente comme une réponse aux contraintes des grosses productions (McKee en a fait les frais et subi une grosse déception, l'impression de passer à côté du film de sa vie) : «Roman est avant tout un film expérimental où il n'y avait pas de budget et que j'ai fait entouré de gens en qui j'avais confiance. Par exemple, pour le montage, j'ai été épaulée par Rian Johnson, le réalisateur de Brick, qui avait déjà travaillé sur May. J'ai vraiment fait ça pour le fun et j'ai appris beaucoup de choses

 

 

RED IS DEAD
Un vieil homme solitaire (Brian Cox) vit avec son chien dans une maison de campagne. Ce chien, qui s'appelle Red, est sa seule raison de vivre et la seule chose au monde qui le rattache à sa femme défunte. Alors qu'il pèche au bord de l'eau, sa quiétude est agressée par trois adolescents désœuvrés. L'un d'eux sort un fusil et plombe le chien sous les yeux traumatisés de son maître. Sous le choc, il est bien décidé à retrouver les jeunes responsables pour se venger. «Le pire film de l'histoire du cinéma», selon Lucky McKee, viré au bout de quelques semaines de tournage par la production (avec laquelle il avait soi-disant une divergence artistique). Et c'est la seconde fois qu'il connaît des problèmes après The Woods. Ce Red se voulait moins personnel (on n'y retrouve aucun de ses thèmes habituels) mais la mauvaise ambiance qui régnait pendant le tournage s'est répercutée sur le film. A l'arrivée, la division est simple : 30% ressemble au réalisateur de May et 70% appartient à Trygve Allister Diesen, yes-man norvégien venu de l'univers de la série télévisée au second cinéaste. Et il ne faut donc pas s'étonner si Red avance comme un animal aux jambes coupées. On regarde Red en pensant à tout ce qui s'est passé en interne, en sauvant toutefois quelques restes, comme ces beaux fondus au rouge.

 

 

Pour cela, il faut se rattacher au casting. Brian Cox, lui-même coproducteur de Red (il serait intéressant de savoir comment il est intervenu dans cette affaire de divergence artistique), donne une vraie consistance à son personnage de papy cowboy cabossé. Une longue scène de confession où tout un pan de vie est résumé à travers un monologue éclaircit les motivations jusqu'au-boutistes de cet homme. Mais dès lors que l'on sort de ce portrait, les autres caractères n'ont pas de place pour exister et les acteurs ne peuvent pas les défendre même s'ils sont excellents. Tom Sizemore était idéal en père de famille flippant et lâchement cossu qui préfère défendre sa tribu (quitte à user de moyens douteux) plutôt que d'admettre la vérité. A l'écran, il n'a que quelques réparties banales à balancer derrière un bureau. Robert Englund (Freddy) et Amanda Plummer formaient eux aussi des parents névrosés assez excitants sur le papier mais à aucun moment, ils ne font avancer l'intrigue (on ne les voit que deux trois fois, derrière une porte). L'ambiguïté de leur couple n'est jamais développée. Et à coup sûr, l'idée de les réunir vient de McKee qui a toujours choisi les seconds rôles pour ce qu'ils incarnent dans un genre (James Duval, héros déchu des Gregg Araki dans May ou Bruce Campbell, fantôme revenu des Sam Raimi dans The Woods). Idem pour Marcia Bennett, présente dans (presque) tous les Lucky McKee, qui ici dit juste deux trois phrases. Le seul clin d'œil que Lucky McKee s'est permis de glisser à ses fans et qui est resté dans le montage final, c'est la scène dans la salle de cinéma où des gamins turbulents regardent un film sans faire attention à ce qui se déroule à l'écran. Il s'agit en fait de Roman. C'est toujours ça de pris.

 

 

Abandonné de tous pendant un long moment, Lucky McKee fait une nouvelle dépression et revient des années plus tard avec The Woman, tourné en 24 jours dans des conditions acrobatiques, dans la campagne du Massachusetts, et qui se présente comme la suite du très mauvais The Offspring, une autre adaptation de Jake Ketchum, un écrivain dont il a connu le style grâce à Stephen King et qui aimait beaucoup May. Diffusé le même soir que Red State de Kevin Smith au dernier festival de Sundance, il attise le scandale. L'histoire raconte comment un homme, passionné de chasse, récupère par hasard une femme sauvage qu'il tente de civiliser avec sa petite famille et qu'il va finalement traiter comme du gibier. Lucky McKee convoque quelques influences, comme L'enfant sauvage, de son maître-à-penser François Truffaut, et dégomme les sacro-saintes valeurs US à travers une morale bien connue : les gens prétendument civilisés sont finalement les vrais monstres. Il faut attendre les dix dernières minutes qui versent dans une sauvagerie inouïe pour comprendre ce qui a pu choquer. Depuis, Lucky McKee travaille sur un nouveau projet : Shiver, l'adaptation d'un roman de Brian Harper. Histoire d'un tueur en série sadique. Un nouvel exorcisme de prévu ?

Propos recueillis par Romain Le Vern


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