Aujourd'hui en tête d'affiche du blockbuster Priest, l'anglais Paul Bettany ne nous avait pas habitué à se mettre autant en avant au cours de sa carrière. Côté professionnel comme côté personnel, à quelques exceptions près, l'homme cultive en effet un goût pour la discrétion rare dans le paysage hollywoodien. Pas le genre à prendre la grosse tête, malgré un talent indéniable. Acteur simple et secret ne désirant rien d'autre que de se faire plaisir et vivre sa vie en toute quiétude, il ne pouvait donc néanmoins faire autrement que d'attirer l'attention sur lui...
Des rencontres qui comptent
C'est d'ailleurs parce qu'il se dévoilait trop par son biais qu'il a selon lui abandonné sa première vocation, celle de musicien. La difficile existence d'un chanteur de rue dut également peser dans la balance, il faut bien le dire, mais sa fibre artistique ne se tut pas pour autant et il décida alors de suivre la voie de ses parents. En 1990, âgé de dix-neuf ans, Paul Bettany entame ainsi des études de comédie qui le mènent rapidement sur les planches. Il y prend ses marques en s'effaçant derrière les rôles de grands classiques shakespeariens, découvrant tout l'intérêt de cette profession : créer des personnages, leur donner corps. Et multiplier des rencontres professionnelles qui peuvent se prolonger au-delà, devenir de véritables amitiés. Dix ans après sa reconversion, une poignée de films et téléfilms sur le CV, l'acteur connaît donc une période faste puisque son interprétation d'un tueur dans Gangster No.1 lui permet de se faire repérer par la critique. Mais davantage encore, c'est sa participation à la comédie noire Kiss Kiss Bang Bang (à ne pas confondre avec le film de Shane Black) qui s'avère l'expérience la plus importante pour lui. Il y fait en effet la connaissance de Stellan Skarsgard, un comédien accompli devenu un ami proche et son modèle dans la manière de mener de front boulot et vie privée.
Et des rencontres privilégiées de la sorte, Bettany va en faire plusieurs. La plus importante sur un plan professionnel, celle qui va lancer pour de bon sa carrière, est sans conteste celle avec Brian Helgeland. Fasciné par son audition pour Le Purificateur, le scénariste de L.A. Confidential entrevoit tout de suite le potentiel du britannique et écrit un rôle spécialement pour lui dans le Chevalier qu'il s'apprête à tourner. L'histoire dit même qu'il n'aurait pas hésité à se retirer du projet si la production avait rejeté sa présence au casting, preuve de sa confiance aveugle dans le talent du grand blond. Ainsi supporté, Paul Bettany donne son maximum et se chope une laryngite à déclamer les tirades de l'homme de lettres Geoffrey Chaucer.
Grand bien lui en a fait : il vole littéralement la vedette à Heath Ledger, alors dans son premier grand rôle à l'écran. Tandis que de son côté, plus providentiel que jamais, Helgeland fait passer la vidéo d'audition à plusieurs réalisateurs dont Ron Howard, avec lequel le comédien enchaînera sur Un homme d'exception aux côtés de Russell Crowe. Et de la magnifique Jennifer Connelly, qui ne tardera pas à tomber sous son charme malgré le fait qu'elle était censée l'ignorer lors de leurs scènes en commun. De second rôle marquant en second rôle marquant, de rencontre en rencontre, Paul Bettany met donc progressivement en place la vie à laquelle il a toujours aspiré. Ne lui restait plus qu'à concrétiser tout cela sans perdre de vue ce qui compte vraiment.
Famille et plaisir avant tout
Les amitiés qu'il s'est faites continuent alors de lui porter chance, en tout cas la plupart du temps. Car si s'embarquer avec Russell Crowe sur Master and Commander fut une partie de plaisir tout comme le sera de retrouver Ron Howard pour Da Vinci Code, suivre Stellan Skarsgard dans l'expérimental Dogville était une autre paire de manche. L'habitué de Lars von Trier lui avait pourtant promis qu'ils s'amuseraient, mais Paul a eu du mal à trouver ce qui était drôle lorsque, dès son premier jour, le réalisateur lui réclama d'improviser un discours d'un quart d'heure sur le concept de propriété... Une grosse semaine plus tard, Skarsgard avouera lui avoir menti parce qu'il n'aurait pas aimé faire le film sans lui. Sympa. Cela reste tout de même un plutôt bon souvenir pour Bettany, une expérience enrichissante comme il les aime, ce dont ne peut se targuer La Plus belle victoire. Une comédie romantique tout ce qu'il y a de plus classique où le britannique, pour la première fois en tête d'affiche, a pour principal défi de parfaire son service au tennis...
S'en voulant d'avoir ainsi recherché la popularité facile en enfilant les pantoufles de Hugh Grant (pressenti à l'origine pour le rôle), Paul va mettre sa carrière entre parenthèses durant quelques mois. Car il est en plus temps pour lui de se consacrer à sa nouvelle famille : marié début 2003 avec Connelly, ils ont la même année leur premier enfant en commun, le second du couple (Jennifer en avait eu un d'un précédent mariage), et il entend bien ne pas s'arrêter là. Traumatisé par la mort de son petit frère lorsqu'il était adolescent, Bettany désire en effet plus que tout fonder une grande famille et la choyer. C'est pourquoi, à partir de ce moment et à quelques exceptions près où ils partagent l'affiche ensemble (Coeur d'encre, Création), le mari et l'épouse ne tourneront plus en même temps, pour qu'un au moins soit toujours présent pour les enfants.
Dans ce contexte, l'acteur décide alors de ne plus accepter que des projets le passionnant pour une raison ou une autre, sans se préoccuper d'un quelconque plan de carrière. Au feeling, avec tout de même la nette préférence pour le genre historique qu'on a pu dénoter le long de sa filmographie. A son impressionnant tableau de chasse en la matière il faut donc encore ajouter sa prestation saluée dans Le Secret de Lily Owens puis Victoria : les jeunes années d'une reine où il revisite la figure historique de Lord Melbourne, le mentor de la souveraine. Le plus important dans tout ça reste cependant que loin de capitaliser sur sa renommée sans cesse grandissante, Paul Bettany préfère se cantonner aux seconds rôles, sans soucis d'égo. Il s'amuse par exemple à jouer les méchants face à Harrison Ford dans Firewall, prête sa voix au super-ordinateur de Tony Stark dans le blockbuster Iron Man pour retravailler avec Jon Favreau (rencontré sur la plateau de La Plus belle victoire), pourchasse Johnny Depp et Angelina Jolie dans The Tourist...
D'où la surprise qu'on peut aujourd'hui avoir en le retrouvant à la tête du casting de films tels que Légion - l'armée des anges ou Priest, de pures péloches de genre bien plus légères que ce à quoi il nous avait habitué. Mais à cela pas de mystère en fin de compte : d'un côté il s'entend à merveilles avec le réalisateur Scott Charles Stewart, de l'autre il avoue avoir ressenti l'envie de s'amuser comme un môme avec de gros flingues et des scènes d'action endiablées. Fidèle à lui-même, Paul Bettany continue ainsi de surprendre et de ravir, aussi bien par ses choix de projets que par la conviction qu'il y insuffle. Le talent tranquille, voilà ce que c'est.
Priest de Scott Charles Stewart avec Paul Bettany et Karl Urban est sur les écrans le mercredi 11 mai.

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