S’il fallait résumer le cinéma de HK en trois noms ces dernières années, beaucoup d’entre vous citeraient ceux-ci : Johnnie To, Tsui Hark et Ringo Lam. Et vous n’auriez pas tort. John Woo s’en est allé depuis des lustres (il nous semble…) et les jeunes montants que sont Wilson Yip ou Andrew Lau et Alan Mak n’ont pas encore assez de bouteille pour s’imposer sur les lèvres. To, Hark et Lam, attention ! Là on parle ! Des hommes des vrais, ce genre de fous furieux qui n’hésitent pas à faire voler en morceaux des pans entiers de bitume, d’immeubles et de supermarché, prenant à peine le temps de regarder si les passants s’étaient bien arrêtés ou si les enfants avaient fini leurs courses à la papeterie du coin, qui n’existe plus maintenant…coupez !
L’univers froid et rigide de Johnnie ToCes trois noms sur un même film ? Non….. Si ! Le maire de Hong-Kong en a décidé autrement et lance son entreprise de destruction massive. La rumeur est bel et bien en train de se préciser. Les trois géants se retrouveront donc aux commandes d’un seul et même projet, pour l’instant sans nom, mais avec un concept. Un thriller policier sans script, mais avec trois segments pour un bloc filmique que l’on imagine déjà immense et brutal, un show à la puissance d’arrêt fulgurante. D’autant que chacun de ces demi-dieux possède son propre style, ses préférences et des imageries bien distinctes.
To, c’est la subtilité, la sobriété et la violence froide, soudaine et implacable. C’est aussi des rapports humains complexes, souvent bien plus élaborés que dans la production locale moyenne, avec des tendances au fétichisme qui amènent à son cinéma un renouvellement permanent, et une fraîcheur salvatrice (les scènes de repas, le rapport à la nourriture où les regards exacerbés).
Les flingues, les couleurs chaudes et les portes-flingues de chez Tsui HarkHark c’est le déplacement, la vitesse et la brutalité. C’est un sens inné du rythme et de l’interaction avec les décors inimaginables qu’offre cette ville. Ca flirte sans cesse avec le sublime, ça le dépasse parfois.
Time and Tide reste le dernier chef d’œuvre balistique que nous ait offert HK. C’est aussi le plus polyvalent des trois bonhommes, capable de s’illustrer aussi bien dans l’urbain que dans le légendaire, le drapé et le sabre.
Lam c’est le décalage, on pourrait dire l’humour et c’est aussi celui des trois qui verse avec le plus de bonheur vers la castagne à mains nues, les coups de pieds et les cheveux lisses et longs de ces cascadeurs qui ne s’arrêtent plus de voler dans tous les sens au ralenti. « Les cheveux Hong Kong » comme votre serviteur se plaît à les appeler.
Van Damme, les cheveux Hong-Kong et les cascadeurs suicidaires : bienvenue chez LamSans trop s’étaler sur le cinéma de ces trois génies, là n’est pas pour l’instant la question, il est inutile donc de dire que ce projet frise la démence et commence déjà à provoquer malaises vagaux et crise de fois chez les plus impatients et les plus admiratifs d’entre vous… et nous. Finissons avec un petit peu plus de précisions sur le projet : il est admis que chacun d’entre eux ne saura rien de l’histoire et devra composer son segment en fonction de celui qui le précède. Chaque segment n’excédera pas les 30 minutes et le budget total s’élèverait à quelques 2.6 millions de dollars. Tournage à Hong-Kong bien évidemment et l’on ne sait pas qui assurera la production ni la distribution, sachant que To, Lam et Hark sont habitués à se coiffer de ces casquettes aussi sur leurs propres films. Enfin, on connaît déjà l’ordre du film : le premier segment sera celui du réalisateur de
Green Snake, le second celui de Lam (
Full Contact pour n’en citer qu’un) et c’est To qui se chargera de conclure les hostilités. Croyez-y, car cela risque bien de se transformer en film définitif, en manifeste d’un cinéma toujours bien vivant qui n’a jamais cessé d’être sacrément audacieux. Après l’annonce il y a quelques jours d’un remake de
Hard Boiled, Hong-Kong est plus que jamais sur le devant de la scène. On en reparle très vite !