Par Pierre Delorme - publié le 10 novembre 2006 à 04h04 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h17 - 6 commentaire(s)
Officiellement, Eric Paccoud roule sa bosse dans le milieu du cinéma depuis 15 ans. En vérité, il vit dedans depuis qu’il est enfant, avouant « s’être toujours emmerdé dans la réalité », ce qui l’a poussé vers « une configuration de rêverie assez forte ». Après des études de lettres et une maîtrise de cinéma, il quitte son Sud natal et débarque sur Paris pour vivre ce qu’il avoue être « de longues années de galère pour des merveilleux moments de bonheur ». Il commence à se faire la main en tant qu’assistant réalisateur et producteur exécutif sur des courts, puis en vient très vite à la réalisation, avec trois courts-métrages, une poignée de films institutionnels et quelques productions télé.

Court-métrage Sans douleur

Qu’est-ce qui vous a poussé vers le cinéma ?
D’abord le fait que mes parents aiment ça. Ce sont eux qui m’ont montré mes premiers films. A 13 ans j’ai vu pour la première fois Il était une fois dans l’Ouest, le film qui m’a vraiment donné l’envie d’être réalisateur, ainsi que tous les vieux westerns Hollywoodiens de la grande époque. Plus tard, j’ai découvert le cinéma d’auteur européen. Le cinéma italien notamment. Et enfin vers 20 ans, j’ai découvert le film de genre. J’aimais déjà ça avant, surtout les films de la Hammer, avec Dracula notamment, mais c'est vraiment à cet âge là que j’ai découvert ce qu’ils signifiaient. Cependant je garde encore une affection pour le cinéma dit plus « classique », plus « intellectuel ». L’un n’empêche pas l’autre. Je n’aime pas mettre les films dans une catégorie, ça a un côté un peu sectaire. J’aime Bava, Argento, mais aussi Hitchcock et Fellini. Bien que ce soit le cinéma de genre qui m’ait vraiment poussé vers ce métier.



Que représente Sans douleur à vos yeux ?
C’est un hommage direct à Hitchcock. Pour moi c’est un des rares ayant réussi à mélanger parfaitement le film de divertissement avec quelque chose de plus profond. Sa période de la fin des années 50 est fabuleuse. C’est un vrai artiste de mise en scène. Pour en revenir à Sans douleur, à la base, c’est une sorte de film de commande de la part du producteur. On m’a donné une trame que j’ai essayé de mettre à ma sauce. C’était un film difficile à faire du point de vue de la mise en scène pour deux raisons. D’abord parce que filmer en « scope » dans un appartement étroit n’est pas une chose évidente, ensuite parce que c’est un film à effets, qui repose sur une mécanique de précision qui peut vite se dérégler. Mais au final, j’en suis assez content, c’est un court que j’aime bien, et dont je garde plein de bons souvenirs, même s’il a été plus difficile à faire que mon précédent film, Loin de Syracuse. Pourtant ce sont deux films qui se ressemblent beaucoup. Ce sont deux huis clos ayant un traitement fantastique, mettant en scène un homme et une femme, et se terminant par la mort. Ce n'est pas très joyeux, je sais, je devrais écrire une histoire d’amour !

Comment avez-vous réussi à le financer ?
C’est la production qui avait le budget au départ, donc elle a tout payé. Il n’a pas coûté très cher, environ 18 000€. Je n’ai reçu aucune aide pour le faire, si ce n’est de la part des loueurs, qui ont été super sympas. J’ai eu la chance de tourner avec une caméra Panavision super 35 et pas mal de machinerie. La police a été très compréhensive. Ils nous ont laissé tourner à 4h du matin autour de la gare de Lyon dans ce qui ressemblait étrangement à une BMW volée, sans rien nous dire (rires). Le 35mm était un choix délibéré, stratégique. Ça ouvre plus de portes et ça m’a apporté un certain crédit auprès des producteurs et des financeurs. Il va de soi que cela entraîne une lourdeur et une lenteur au tournage. Mais j’aime bien cette lenteur, peut-être parce que moi-même je suis un peu lent ! Et puis pour moi le cinéma est avant tout question de mise en scène. Le 35mm apporte un rendu unique. Je tenais aussi à soigner au maximum la photographie. C’est très important.


Avez-vous d’autres projets en perspective ?
Oui, deux longs-métrages. Le premier est un film d’horreur qui fait partie d’une série de six films. C’est une coprod avec l’Allemagne et le Canada, commandée par une production allemande. Ca s’appelle The Labyrinth et il sera tourné au Canada, en anglais, avec des acteurs anglo-saxons. On espère attaquer le tournage début 2007. Le second est un thriller politique, adapté d’un roman, qui traite des « snuff movie » et des groupuscules néo-nazis. Il est encore au stade de l’écriture, et il faut que l’on rende une première version pour février. Il va falloir qu’on se dépêche. Ce ne sont pas des films faciles à financer.

Justement, quel regard portez-vous sur le cinéma français ?
Quoiqu’on en dise, nous disposons d’un système de financement assez ouvert. Le seul problème, c’est qu’on a donné trop de pouvoirs aux chaînes de télévision. Du coup, il y a moins de prise de risque. Je trouve que le DVD n’a pas assez d’importance en France. Du fait que ce marché n’est pas encore assez mature, il n’existe pas de « Direct-to-DVD » en France. Ce qui se fait pourtant aux USA et au Japon. Ça serait bien que cela change un peu, surtout pour le film de genre, qui par définition n’est pas un genre onéreux et qui pourrait se développer en France s'il existait ce marché parallèle du DVD. Mais c’est un risque : investir 300 000€ dans un film qui ne sortira pas en salle… en plus, on a le public pour ça ! C’est dommage. Il faudrait aussi arrêter de penser que le public a forcément entre 14 et 20 ans. C’est faux.



Ne pensez-vous pas que le vrai problème, c’est l’absence de bons producteurs ?
Je ne sais pas ce que c’est qu’un bon producteur. C’est quelqu’un qui a du nez finalement ? Il n'y a pas 36 solutions pour faire un film. Il y a un système qui existe : pour qu’un long voit le jour, il faut un producteur, un distributeur et des chaînes de télé. Vous pouvez très bien faire un film dans votre coin, mais ensuite personne ne le verra. Donc il faut s’adapter à ce système. L’autre chose, c’est qu’il y a eu certains films de genre à gros budgets qui se sont vautrés. Pour moi, réaliser un film de genre à 35M€ c’est une connerie. Tu ne peux pas faire du B avec un budget de A. C’est comme dire « je suis libre » et demander 3000€ à papa tous les mois pour vivre. Le genre doit rester du cinéma d’exploitation, pas du meanstream. Ils de Xavier Palud et David Moreau est pour moi un très bon film de genre. Underground, intelligent, et pas cher. Le dernier problème, c’est peut-être qu’on n'a pas une culture du genre en France. Pour faire du genre, il faut oublier qu’on est un auteur. Il faut savoir s’effacer face aux codes. Ou alors on arrive à les contourner, mais c’est très difficile. Pour faire du genre, il faut être très fort ou très humble.

Pour finir, auriez-vous un projet idéal sur lequel vous fantasmez ?
Oui, j’adorerais réaliser un James Bond ! Un gros jouet comme ça. En gardant l’esprit des films avec Sean Connery. Oui ça me plairait bien : des belles voitures, des beaux décors, des belles nanas… (rires)

Propos recueillis par Pierre Delorme


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