En regardant
Micropolar, le premier court-métrage de Michael Jeanpert, un constat s’impose : le garçon a du talent. Du talent et du goût. Image léchée, mise en scène hargneuse par moments, racée à d’autres, ambiance froide, montage au scalpel, tous les ingrédients sont réunis et la mayonnaise prend admirablement bien. Dès lors, une question se pose : mais comment se fait-il qu’un « amateur » réussisse en moins de dix minutes là ou une majorité de « professionnels » se gaufrent depuis plusieurs années ? La réponse est simple, et c’est l’intéressé qui en parle le mieux.
N’hésitez pas à nous envoyer à Excessif, au 14 rue des Périchaux dans le 15ème à Paris, les DVD ou DV de vos courts-métrages ou à nous communiquer les adresses des serveurs sur lesquels se trouvent vos courts-métrages en écrivant à
sophie@dvdrama.com ou à
Pierre Delorme COURT-METRAGE MICROPOLAR Quel à été votre parcours avant de réaliser Micropolar ?Et bien que dire... Je viens de Paris, je n’ai pas fait d’études de cinéma particulières vu que je n’ai pas suivi d’études supérieures. En fait, j’étais un cancre au lycée. Je passais mon temps à dessiner en classe, le dos tourné au professeur. J’ai eu mon BAC sans réviser, un peu par hasard. Et comme j’étais persuadé que je n’allais pas l’avoir, je ne m’étais pas inscrit en fac. Donc après la terminale, je me suis plus ou moins retrouvé à la rue. Donc j’ai commencé à bosser à droite à gauche, dans la sécurité, puis comme vendeur. Et comme parallèlement je continuais à dessiner, à faire un peu de 3D, un peu de montage, je suis rentré dans une WebTV, à la vidéo. Ca a duré quelques mois ce qui m’a permis de faire mes premiers pas dans l’audiovisuel. Aujourd’hui je suis monteur, pour la télévision principalement et un peu sur des bandes annonces.
Qu’est ce qui vous a poussé vers la réalisation ?Je ne saurais pas répondre à cette question. C’est tellement évident pour moi : quelque part j’ai cette envie depuis toujours. J’ai commencé en bidouillant sur mon ordinateur, et puis vers 17-18 ans, j’ai vraiment su que c’était ce que je voulais faire. Ca a pris un peu de temps pour mûrir, et quand je me suis senti prêt, je me suis lancé dans
Micropolar. Au début, ça devait être juste un petit essai, tourné super vite avec deux potes. Je n’avais aucune histoire. Je voulais voir ce que ça donnait de filmer en pellicule. Donc je devais en acheter un bout chez Kodak, ils m’auraient prêté une caméra parce que c’est ce qu’ils font d’habitude, et comme ça je pouvais faire mon petit truc. Mais comme je n’avais pas envie de me planter avec la caméra, j’ai fait appel à un directeur photo, pour avoir une jolie lumière. Puis ce directeur photo a appelé un assistant caméra, qui à son tour a appelé un second. Au final, on s’est retrouvé à huit sur le projet. J’ai donc écrit un scénario prétexte pour justifier la présence d’autant de personnes sur mon film.
Vous aviez beaucoup de matériel quand même ?Non pas du tout. A la base, on avait la pellicule et la petite caméra de chez Kodak. Mais quand j’ai vu la tête de la caméra et surtout des objectifs, je me suis dit que c’était impossible de faire un truc correct avec ça. J’ai donc loué une autre caméra super 16 et une série d’objectifs. C’est la seule grosse dépense que j’ai eu à faire. Et c’est tout ce qu’on avait comme matériel. Pas de lumière, pas de machinerie. J’ai juste investi dans quelques fringues pour les costumes, et dans deux revolvers en plastique. Pour la postproduction, j’ai fait le montage à la maison, un pote s’est occupé du son dans son home studio, et une amie du directeur photo a accepté de nous faire le télécinéma et l’étalonnage à l’œil. Elle a été super sympa. En plus je suis un chieur fini, j’étais tatillon sur tout. Heureusement que je ne suis pas resté une journée de plus à l’étalonnage parce que sinon je pense que je me serais fait jeter dehors ! (
rires) Mais au final ce film m’a quasiment pris deux ans.
Pourquoi ? Qu’est ce qui vous a pris tant de temps ?Le plus dur a été assurément de surmonter l’échec. Je m’explique. Le tournage a duré deux jours, sur un week-end. Le dimanche soir quand on a fini de tourner, j’étais persuadé d’avoir échoué, que j’avais fait n’importe quoi. Il a donc fallu que je me remotive complètement pour ne pas abandonner. Et pendant les deux ans qu’a duré la postprod, c’était un travail de tous les jours pour continuer à avancer sur le film. Comme j’ai des attentes très élevées vis-à-vis de moi-même, et que bien sûr je ne les atteins jamais, je suis dans une remise en question permanente. C’est très dur pour moi. Je suis persuadé d’être tout le temps dans une situation d’échec. Et puis comme je suis assez réservé, c’était dur pour moi d’aller vers les autres. Ce n’était vraiment pas évident de faire vivre
Micropolar.
Quand on voit votre court-métrage, on pense à plusieurs films : Narc, Fight Club… Quelles ont été vos influences ?Narc c’est normal, j’adore ce film. J’ai pas mal d’influences assez diverses. Les films que j’ai vus et revus quand j’étais jeune m’ont forcément beaucoup marqué.
Blade Runner, Indiana Jones, Retour vers le Futur… Je ne vais pas faire la liste de mes réalisateurs préférés, c’est un peu bête, ce sont souvent les mêmes qui reviennent pour les gens de notre génération. Mais en revanche, pendant le film, à aucun moment je ne me suis dit : « je vais faire comme Fincher. » Ou alors c’était très inconscient. Je crois que ce qui m’influence le plus, c’est la musique. Quand je suis dans le métro, avec mon casque sur les oreilles, j’ai plein d’images qui me viennent. J’écoute beaucoup de musiques de films, j’adore ça. Là j’ai une pensée pour Basil Poledouris. La musique qu’il a composée pour
Conan est pour moi la plus belle jamais écrite.
Quelle est votre vision du cinéma ? Qu’est ce qui pour vous fait un bon film ?Un bon film est un film qui contient de la magie. Une magie qui vient souvent par hasard, ce hasard étant souvent provoqué par le travail. Pour moi, le génie n’existe pas. Rappelez vous de l’histoire de Kubrick qui, pendant le montage de
2001, s’est retrouvé à mettre la musique de Brahms par hasard. Non, en fait, un bon film est un film dans lequel on peut sentir le travail. Sur
Micropolar, il y a une sorte de « feeling » que je n’arrive pas à expliquer et qui fait que ça marche. Ca me fait un peu peur d’ailleurs pour mon prochain film. Est ce que j’arriverai à re-provoquer ce qui a fonctionné sur
Micropolar ? Je me sens un peu con face à cette question ! (
rires)
Que pensez-vous du cinéma français ? Vous retrouvez-vous dedans ?Pas du tout, car ce système n’est pas en adéquation avec mes valeurs. Beaucoup de gens se retrouvent à faire un long parc qu’ils ont fait trois courts… Attention, pas trois BONS courts, non, juste trois courts. Ce que je n’aime pas trop non plus, c’est le système de subvention. J’ai souvent entendu des producteurs dire : « nous devons faire un film avant la fin de l’année, sinon nous allons perdre la subvention ! » C’est dingue ! C’est complètement symptomatique d’un système d’assistés. Aux Etats-Unis par exemple, les fonds sont privés. Donc au final, ce qui leur importe, c’est que le film marche pour qu’ils puissent revoir leur argent. Du coup ils sont beaucoup plus exigeants ! A quelques exemples près, je trouve que ce système est vérolé. Ensuite, il y en a qui réussissent à sortir du lot. Mais ils vont vite voir ailleurs !
Vous pensez à la nouvelle jeune génération de réalisateurs français ?Oui, ils ont beaucoup de mérite de faire un cinéma différent. Mais j’espère qu’ils restent honnêtes par rapport à leur travail, qu’ils ne font pas du genre juste pour pouvoir être étiquetés. Je souhaite vraiment que le genre ne soit pas juste un phénomène de mode.
Vous avez de nouveaux projets ?Oui, un en particulier. C’est un projet de court assez ambitieux… un 25 minutes. Il s’agit d’un thriller psychologique qui va sûrement coûter assez cher. Je vais bientôt aller démarcher des producteurs, mais pour l’instant je me concentre sur mon scénario. Sinon j’ai quelques autres idées, dans des styles complètement différents. J’aimerais toucher un peu à tous les genres. Mon rêve ça serait de pouvoir passer d’un genre à un autre comme Steven Spielberg… Pouvoir réaliser
Jurassic Park et
La Liste de Schindler la même année, sans qu’un film ne déborde sur l’autre.
Propos recueillis par Pierre Delorme