C’est au cours d’une projection matinale aux cotés d’une centaine de spectateurs encore groggy que nous avons pu découvrir le court métrage
P RCEPTION de Sébastien Gonzalez. Point d’orgue de la première collection de courts de la société
Affreux, Sales & Méchants Production (A,S&M Prod pour les intimes), ce petit bijou expérimental, bricolé dans l’appartement de son réalisateur a tout le potentiel pour devenir un incontournable des festivals 2007. C’est tout le mal qu’on lui souhaite.
N’hésitez pas à nous envoyer à Excessif, au 14 rue des Périchaux dans le 15ème à Paris, les DVD ou DV de vos courts-métrages ou à nous communiquer les adresses des serveurs sur lesquels se trouvent vos courts-métrages en écrivant à
sophie@dvdrama.com ou à
Pierre Delorme COURT-METRAGE P RCEPTION Quel a été votre parcours ?J’ai fait des études de cinéma à Aix-en-Provence. J’y ai passé ma maîtrise, et cela m’a permis de réaliser mon premier court-métrage en pellicule à la fin de mon cursus. J’ai enchaîné avec des petits boulots sur des tournages. J’ai un peu touché à tout : régie, assistanat, déco, production… Et parallèlement à ça j’ai écrit plusieurs projets que je souhaitais développer, dont
P RCEPTION.
Parlez-nous un peu de P RCEPTION…C’est une idée que j’ai eu il y a deux ans, durant une période un peu creuse de ma vie. J’étais un peu entre deux eaux et j’avais besoin de réaliser, même à l’arrache, un truc vite fait, histoire d’avoir quelque chose à montrer. J’avais aussi envie d’y mettre quelques effets gores, de faire un truc un peu choc. Et puis j’avais aussi cette envie de m’essayer au cinéma expérimental. Donc j’ai mis cette idée dans un coin et je l’ai ressortie un an plus tard quand un ami qui avait monté une boite de production à Paris m’a proposé de participer à une anthologie de courts-métrages autour du thème de la mort. Mon idée collait parfaitement au thème et aux conditions de tournage. Donc c’était l’occasion de le faire dans des bonnes conditions. Ce qui est drôle sur ce film, c’est qu’à la base, j’avais juste envie de m’amuser un peu avec du sang et du latex. Je n’avais absolument pas pensé à faire passer un message. Au final il y en a un, mais il est arrivé pendant le montage. Alors est-ce que c’était inconscient ?

Quel a été le plus dur sur ce court ?Je pense que c’est la postproduction. Le tournage a été assez simple vu qu’il n’y avait pas beaucoup de matériel et que la production avait imposé qu’il n’y ait qu’un seul jour de tournage. On a pu tourner chez moi, en équipe réduite de six personnes, avec juste quelques petits projecteurs d’appoint, une caméra mini-DV et en muet. De plus, durant le tournage, je n’avais pas vraiment de découpage. Je m’étais imposé quelques règles : pas de mouvements de caméra, que des plans fixes, et garder une certaine évolution dans le découpage qui serait répétée avec un rythme allant crescendo pour finir par l’explosion finale. J’ai laissé mon cadreur faire le plus de plans possibles, pour avoir un bon gros stock d’images pour le montage. Donc au final, c’est un film qui s’est vraiment fait en postproduction. Le premier mois, j’ai un peu laissé mon monteur faire ce qu’il voulait des rushs, juste avec quelques indications. Il avait carte blanche. Après un mois, on s’est vraiment mis pendant une semaine dessus tous les deux pour finir le montage, avant d’attaquer les effets spéciaux et l’étalonnage. Le risque c’était de tomber dans le clip. Nous avons essayé de faire un court-métrage expérimental, avec des effets de clip, mais qui ne soit pas un clip.(
rires)
On pense à Chris Cunnimgham en voyant le court. Ça a été une de vos références ?Oui en partie. Mais je vois beaucoup de films, du A au Z. Ma référence absolue reste quand même David Lynch. C’est plus qu’un réalisateur pour moi. Je le considère plus comme un peintre. Il fait des films que lui-même n’analyse pas. Il laisse une totale liberté de penser aux spectateurs. C’est drôle parce que j’ai vu ses premiers courts après avoir fait
P RCEPTION, et je me suis dit « heureusement que je ne les ai pas vus avant ! » parce que j’y ai trouvé beaucoup de similitudes et ça aurait pu m’influencer. Sinon j’aurais beaucoup de mal à dire quels sont mes trois metteurs en scène ou films préférés. Peut-être Tsukamoto, Jarmush…. Mais j’essaye au maximum d’oublier que j’ai des influences pendant que je fais un film. Je ne me dis jamais : « tiens, je vais faire un plan comme ça, à la manière de… » Ce n’est qu’à la fin que j’ai pu me dire qu’effectivement, mon film pouvait faire penser à d’autres. En revanche je me laisse toujours porter par la musique, qui est peut-être plus une passion que le cinéma. Pendant le tournage, il fallait un plan où je peignais le tableau entièrement. Un plan de 4 minutes pour avoir de la matière au montage. Et bien à ce moment-là, il y avait de la musique sur le plateau. Et ça allait de Pearl Jam au score de
Star Wars.
Vous êtes acteur dans le film. C’est un choix par défaut ?Comme beaucoup de choses sur ce court, c’est venu très naturellement. Il n’a jamais été question de faire un casting pour trouver un acteur parce que justement, je ne voulais pas quelqu’un qui joue. Il me fallait un visage inexpressif et commun. Et puis comme je savais exactement ce que je voulais, c’était plus simple comme ça. De plus, je n’ai jamais peint de toile. C’est quelque chose que j’avais envie de faire : avoir de la peinture dans les doigts tout ça… c’est très enfantin, jamais je ne me suis dit que c’était pour me mettre en scène ou pour faire une mise en abyme. D’ailleurs, je ne suis même pas au générique en tant qu’acteur.
Vous avez des projets à venir ?Plein ! Enfin, j’ai beaucoup d’idées que j’aimerais réaliser. Par exemple un film de zombies à la Romero, à l’ancienne, très lent, tourné en forêt ; ou encore un drame avec beaucoup de direction d’acteur. J’ai vraiment envie de me frotter à plein de genres différents.
Pour finir, que pensez-vous de la production française actuelle ?Pas grand-chose. Il faut savoir sortir du lot c’est tout. Il faut faire le plus de choses possibles, avancer en permanence. Je ne pense pas qu’à mon niveau je sois le mieux placé pour juger un système de production dans sa globalité. Même s’il y a des choses que je n’aime pas, je m’y retrouve parfois. Mais je suis quand même plus Gaspard Noé que Fabien Ontoniente.
Propos recueillis par Pierre Delorme