S'il est une personnalité atypique à Hollywood et cela depuis des années, c'est bel et bien Robert Redford. Acteur emblématique et sex symbol planétaire pour nombre de quinquas, l'interprète de Brubaker n'est pourtant pas qu'un physique hors du commun. L'homme en effet cumule les atouts et vaut bien plus que son regard azur.
En avance sur son époque, Robert Redford a toujours su se défaire des étiquettes qu'on lui accolait. Cumulant les rôles forts, il a su refuser le rôle d'icône pour lui préférer des personnages plus complexes et souvent aux antipodes du bellâtre romantique. Escroc dans l'Arnaque, rebelle dans Butch Cassidy et le Kid mais aussi journaliste sur les traces d'un scandale d'Etat dans Les Hommes du Président, le natif de Santa Monica sait choisir. Et surtout dérouter et s'engager pour mieux se renouveler.
De fait, Les Trois jours du Condor a peu à voir avec Out of Africa ou Gatsby le magnifique. Mais ce qui fait la cohérence d'une carrière si riche, c'est cette volonté affirmée d'aller vers des rôles qui questionnent notre humanité, et celle des sociétés dans lesquelles nous vivons. Sidney Pollack le choisira par exemple dans Jeremiah Johnson pour faire de lui un cowboy comme le cinéma américain en a rarement produit, entre amour et respect de la nature. Mais plus que ces personnages atypiques, ce qui caractérise son parcours est assurément à chercher dans l'idée qu'il se fait du cinéma. Jouer, c'est dire ce que l'on est et en quoi l'on croit. D'où son activité sur les plateaux et en dehors.
Son engagement au sein du festival de cinéma indépendant de Sundance aussi bien que son activité de producteur-réalisateur vont dans ce sens. Du choix de ses projets (Au milieu coule une rivière, Lions et agneaux ou encore L'Homme qui murmurait à l'oreille des chevaux) jusqu'à son engagement démocrate, le cinéma véhicule ses idées et une certaine vision du monde. Centrée sur l'homme, respectueuse de son environnement et prompte à exalter la liberté.
En cela, Conspiration, son dernier film, l'illustre à merveille. En nous contant la chasse à l'homme succédant à l'assassinat d'Abraham Lincoln, il oblige à regarder la soif de vengeance qui anime et aveugle un peuple et ses élites, sous couvert de justice. Pour celui qui vit dans son ranch au cœur de l'Utah, l'image engage celui qui la construit. Elle sert à dire, à convaincre, à changer.
Or, là n'est pas le moindre des mérites de Robert Redford puisqu'il fait partie des rares qui considèrent leur public et emploie le cinéma pour parler des hommes et des excès qui les affligent. A coup sur, le propre d'un véritable humaniste.
Jean-Baptiste Guégan

