Le mois d'octobre au cinéma a réservé des sentiments partagés, entre bonnes surprises, confirmations et déceptions. De Funny People à Micmacs à tire-larigot, en passant par Lucky Luke, revenons en détails sur les sorties les plus marquantes...
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FUNNY PEOPLE Par Nicolas SCHIAVI
Mine de rien, Judd Apatow est en train de se constituer une très belle filmographie, comme un parcours sans faute mais empli de nid de poules et d'adulescents grossiers. Il y a dans son cinéma, une vérité sur le genre humain, les rêves d'enfant et du rire à tout prix qui rend béat d'admiration. Si le film est trop long et souffre scénaristiquement dans sa dernière partie, il y a une forme non dissimulée d'empathie total pour ses personnages vulgaires, tendres et dont la répartie n'a d'égale que l'indiscipline morale. Funny People, qui prend forcément des contours autobiographiques, n'est pas le long-métrage hommage que l'on pouvait craindre. Ce qui fait le style Apatow, c'est l'émotion sous la couche graveleuse et décomplexée, à l'image de ces "je t'aime" entre Michael Cera et Jonah Hill à la fin de Supergrave.
MISSION G Par Lucie PEDROLA
Des espions cochons d'Inde ? Mais dans quel esprit a pu germer cette drôle d'idée ?! Hoyt Yeatman, oscarisé pour son travail aux effets spéciaux sur Abyss de James Cameron, a trouvé l'inspiration auprès de son petit garçon qui pressentait chez les rongeurs des capacités insoupçonnées. A n'en pas douter, le fiston, après plusieurs années d'attente, n'a pas dû être déçu de voir son imagination envahir les écrans géants du monde entier. Pour les spectateurs de plus de 12 ans et demi, c'était surtout un douloureux rappel à l'incroyable force de la naïveté cinématographique du jeune public. Entre deux élévations des yeux au ciel, l'adulte accompagnateur -puisque nous considérons comme peu vraisemblable que l'adulte soit rentré en salle de son plein gré- l'adulte accompagnateur, donc, pouvait tout de même se rincer l'œil ou les lunettes devant des images 3-D impressionnantes à vous faire reculer de quelques centimètres dans votre siège pour éviter discrètement une mouche un peu trop rapide. On pense que Bill Nighy aurait dû réfléchir à deux fois avant d'apparaître là où Nicolas Cage ne faisait que donner de la voix. Mais quels effets spéciaux !

THE DESCENT 2 Par Nicolas LEMALE
Beau film claustrophobe et féministe, gorgé de symboles sur la maternité, la mort et la sexualité refoulée, The Descent était bien plus qu'un simple film d'horreur créant une nouvelle mythologie populaire (celle des Crawlers, peuple souterrain ayant évolué en monstres au fil des siècles). Une authentique réussite du cinéma anglais, due à un Neil Marshall transfiguré, qui a depuis abordé des rivages un poil plus bis (Doomsday !). Bien que producteur de la suite, le réalisateur n'a pas dû bien se pencher sur son scénario, qui, première incohérence, fait revivre l'héroïne du premier (morte seulement dans le montage européen), avant de la renvoyer sous un prétexte éculé (elle est amnésique) dans la fameuse grotte. Et c'est parti pour une photocopie pas subtile, à la Colline a des yeux 2, qui reprend tous les ingrédients de son prédécesseur, sans le talent et la vision artistique. Un pur film d'exploitation, au rythme anémique et aux personnages plus cons qu'une lampe-torche, qui se permet même un twist final (et bien moisi) censé justifier le désormais traditionnel troisième épisode direct-to-dvd. Triste descendance...
LUCKY LUKE Par Gilles BOTINEAU
On en attendait beaucoup. Peut-être trop. Le casting était alléchant. Les premiers teasers beaucoup moins. Dire que James Huth a réalisé un film aussi mauvais que celui de Philippe Haïm (Les Dalton, précédent en date) serait toutefois quelque peu excessif. Le cinéaste propose d'ailleurs une mise en scène particulièrement léchée, aux couleurs vives et éclatantes rappelant celles de la bande dessinée originelle. Mais c'est bien là la seule comparaison possible entre ce long-métrage et l'oeuvre créée par Morris. D'abord, Lucky Luke version 2009 ne raconte rien, ou si peu. James Huth s'est amusé à (ou contenté de) reprendre quelques personnages parmi les plus célèbres (de Calamity Jane à Billy The Kid, en passant par Pat Poker, Jessy James ou bien encore Phil Defer) et nous les présente ainsi successivement avant de tous les réunir lors d'un face à face ennuyeux, sans la moindre intensité dramatique, ni même humoristique. Mais pire encore, il fait de Lucky Luke un héros tourmenté, justifiant sa « non violence » (il ne tue jamais) par des souvenirs d'enfance extrêmement douloureux (la mort de ses parents, sauvagement assassinés). Le cinéaste nous inflige alors une série de flashbacks « à la Batman » aussi ridicules qu'inutiles. En d'autres termes, nous sommes bien loin de Lucky Luke et de son univers cartoonesque. A l'instar de Terence Hill, James Huth n'a finalement gardé de la célèbre bande dessinée que le nom du héros, et ce, pour mettre en scène son propre film. Après Lucky Luke-Trinita, voici donc Lucky Luke-Brice de Nice... A choisir, le premier serait presque plus respectueux. On attend encore un réalisateur capable de transposer avec talent et fidélité un personnage aussi mythique. Mais le mieux serait peut-être d'en rester là.
LE RUBAN BLANC par Romain LE VERN
Michael Haneke remporte la Palme d'or au dernier festival de Cannes, des mains d'Isabelle Huppert, présidente du jury (il a tourné à deux reprises avec elle, dans La pianiste et Le temps du loup). Cela pouvait sembler suspect. Et pourtant... Non seulement c'est le film qui a suscité une vraie unanimité dans le jury mais en plus il ressemble suffisamment de qualités pour prétendre à ce titre prestigieux. L'action se déroule dans un petit village de l'Allemagne du nord, à la veille de la première guerre mondiale, sur les châtiments corporels d'enfants et d'adolescents. Drôle de proposition au climat anxiogène. Rappelons que son cinéma de la dissertation et du malaise tourne autour de la représentation de la violence au cinéma (politique, sociale, familiale) et qu'elle peut surgir à tout moment (une rame de métro dans Code Inconnu, une ville à feu et à sang où on achève bien les chevaux dans Le temps du loup, une maison de campagne dans Funny Games, une salle de bain dans La pianiste, un appartement désolé où l'on se suicide de désespoir dans Caché) pour nous donner à réfléchir sur sa déréalisation. C'est une leçon qu'il a hérité de Salo, ou les 120 journées de Sodome, de Pier Paolo Pasolini, sa référence ultime. Avec Le ruban blanc, il signe son film le plus indiscutable : esthétiquement somptueux, brillant dans son discours.
SIN NOMBRE Par Nicolas LEMALE
Le 2 septembre, le réalisateur Christian Poveda est assassiné au Salvador, de plusieurs balles dans la tête. Son documentaire La vida loca sur les gangs qui ravagent les banlieues de San Salvador, les Maras, acquiert alors une grosse réputation médiatique, qui a éclipsé rétrospectivement le premier long-métrage de Cary Fukunaga, Sin Nombre, présenté dans le même temps au festival de Deauville. Celui-ci aborde de fait aussi le sujet des Maras, sous un angle plus romanesque. On y suit un membre de gang poursuivi par les siens, qui rencontre dans son périple vers les Etats-Unis une jeune fille fuyant le Honduras. Leur voyage, qui s'effectue sur le toit d'un train, est autant prétexte à un suspense au long cours, qu'à une réflexion poétique sur le déracinement et l'engrenage de la violence, sublimée par la photographie d'Adriano Goldman (La cité des hommes). En quelque sorte, un complément culturel de choix au travail d'investigation de Poveda.
MICHAEL JACKSON : THIS IS IT Par Magali MELIN
Si les fans de celui qu'on nomme à tort ou a raison « le plus grand chanteur de tous les temps » sont inévitablement devenus des inconditionnels de This is it, cet hommage posthume a très certainement dérouté pas mal de spectateurs. Le prologue rappelant le décès de Mickael Jackson, suivi par l'ouverture d'un spectacle qui n'aura jamais lieu, frôle le mauvais goût. Les images filmées au cours des répétitions sont en revanche plus surprenantes les unes que les autres. Loin d'être une compilation des plus grands titres de Michael Jackson, This is it révèle les secrets de tournage de Thriller et de Smooth Criminal notamment. L'occasion pour les adeptes de voir une dernière fois leur idole sur scène, une bonne manière pour les néophytes de découvrir l'univers d'un artiste au succès planétaire.
TEMPETE DE BOULETTES GEANTES Par Gilles BOTINEAU
Adapté d'un livre pour enfants, Cloudy with a chance of meatballs (paru en France sous le titre Il pleut des hamburgers), Tempête de boulettes géantes se révèle être l'une des plus grandes surprises de l'année, du moins dans le genre de l'animation. Il faut dire que ce nouveau titre, spécialement conçu pour la sortie française, n'avait rien d'attrayant, tout comme la présence de Sony Pictures Animation aux commandes du projet, après les décevants Rebelles de la forêt et autres Rois de la glisse. C'était sans compter le talent de Phil Lord et de Christopher Miller (producteurs exécutifs de How I met your mother) à l'adaptation de ce best seller, pour en faire une comédie délirante agrémentée de messages intelligents sur l'écologie (les dérèglements climatiques) et la malbouffe. Au delà d'être un excellent divertissement, le film se dote également d'une technique irréprochable, où la 3D apporte un véritable plus, rendant l'histoire plus spectaculaire encore. Une claque !

JENNIFER'S BODY Par Jean-Patrick DESPORTES
Le projet était alléchant et a pourtant beaucoup déçu. Pas moi. Le retour de l'oscarisée Diablo Cody, après le succès Juno, était attendu sur grand écran et le choix audacieux de travailler sur un film d'horreur s'avère payant et troublant. On sait la jeune scénariste accro aux personnages décalés et borderline (la série The united states of Tara avec Toni Collette, décrivant une mère schizo aux prises avec plusieurs personnalités ; Juno et sa maturité surprenante, ici une amitié-transfert entre deux jeunes femmes aux antipodes sur fond de transformation en monstre) et elle réussit ici, une fois n'est pas coutume, à créer un univers qui lui est personnel. L'originalité tient ici à raconter l'histoire via le point de vue de Needy, la meilleure amie de Jennifer. Interprété avec force par la craquante Amanda Seyfried (Big Love, Mamma Mia !), Needy donne un contrepoint ironique sur toute cette histoire de jeune femme qui se met à manger ses amants. On reste surpris par le tour complètement déjanté que prend l'histoire mi humoristique mi gore. Jets d'hémoglobine, force décuplée, lévitation... Un fourre tout généreux rappelant sans cesse Carrie et sa transformation douloureuse en jeune femme sexuée. Ici on retrouve les thématiques de ce douloureux passage (défloraison) mais vues d'un point de vue complètement féminin. Le projet est de toute façon orienté en ce sens. Réalisé par Karyn Kusama, une femme habituée aux films menés par des femmes d'action (Girlfight, Aeon Flux), Jennifer's Body ne dit rien de plus sur le sujet mais le dit avec un tel panache et un tel amour de la marginalité qu'il en devient franchement irrésistible. La plantureuse Megan Fox distord son image d'objet sexuel pour arriver à renvoyer au spectateur une part de sa personnalité franche et destroy. Un film ovni, injustement boudé par la critique (« vain », « foutraque », pas assez ceci, trop cela) qui s'est à peine remboursé (si on excepte la publicité) mais qui devrait attirer tous les amateurs de politiquement incorrect et de films originaux.
MICMACS A TIRE LARIGOT Par Gilles BOTINEAU
Pour beaucoup, ce film représente une immense déception dans la carrière de Jean-Pierre Jeunet. Il est vrai que ce dernier se répète quelque peu, aussi bien dans la construction scénaristique de ses oeuvres (les nombreux flashbacks explicatifs) que dans leur image jaunâtre. Mais si l'on y regarde de plus près, Micmacs à tire-larigot ne manque vraiment pas de qualités. A commencer par la performance de Dany Boon, tendre et émouvant, rendu presque méconnaissable à travers la caméra du cinéaste, suivi de près par ses camarades Julie Ferrier, Yolande Moreau, Jean-Pierre Marielle, Dominique Pinon, ou bien encore Omar Sy, même si l'on retiendra principalement l'interprétation d'André Dussollier et de Nicolas Marie, particulièrement remarquables en truands ridicules. Grâce à cette galerie de personnages tous aussi atypiques les uns que les autres, Jean-Pierre Jeunet signe une véritable comédie, souvent proche du cartoon et présentée comme un conte moderne, où les gentils font la guéguerre aux méchants. Rien d'exceptionnel, certes, mais un agréable divertissement.

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