Zoom sur l'un des mois les plus riches de l'année 2009 au cinéma, avec notamment les sorties d'Antichrist, Coraline, Transformers 2 ou Very Bad trip...

Par La Rédaction - publié le 15 décembre 2009 à 15h45
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Le mois de mai 2009 fut peut-être l'un des plus chargés de l'année, avec les sorties de l'éprouvant Antichrist, de l'écolo Home, du merveilleux Coraline ou du déjanté Very Bad Trip... Sans parler des blockbusters Terminator Renaissance et Transformers 2 : la revanche, ou de la bonne surprise française judicieusement intitulée Les Beaux gosses.

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ANTICHRIST Par Romain LE VERN
Après la perte accidentelle de leur enfant, un thérapeute (Willem Dafoe) emmène sa femme (Charlotte Gainsbourg) dans un chalet perdu en forêt, pour tenter de conjurer leur chagrin. Ne maîtrisant plus sa femme inconsolable, il rejette toute la culpabilité de son échec sur elle. Dans Antichrist, la nature devient l'église de Satan, les femmes deviennent des sorcières sous le regard impuissant des hommes et les animaux annoncent que le chaos règne. Le climat anxiogène et la lenteur hallucinée suspendent le temps pour comprendre comment nous en sommes arrivés là. Le problème du couple, c'est qu'il remonte le temps bien avant le traumatisme et leur tristesse est tellement intense qu'elle réveille des mythes ancestraux. Au sommet de ses expérimentations formelles, Lars Von Trier part d'un argument de film d'horreur mélodramatique (un couple se décime dans les bois après avoir vécu l'impossible) pour en tirer une histoire d'amour gothique et romantique. Exterminé au dernier festival de Cannes, il connaît le même parcours - artistique et critique - que Edvard Munch en son temps. Sa force, c'est également de proposer une représentation de l'invisible et de la subjectivité au cinéma. Par exemple, tous les animaux (une biche, un renard, un corbeau) sont perçus par l'homme et lui seul, pour suggérer qu'il est contaminé par la folie. Un faux flash-back situé vers la fin montre qu'il se convainc tout seul que sa femme a vu leur enfant se jeter par la fenêtre. On peut y trouver toutes les interprétations du monde.
 
HOME Par Lucie PEDROLA
Home n'est pas un film ordinaire. On connaît le principe : le 5 juin dernier, le film de Yann Arthus-Bertrand, produit par Europa Corp. et une flopée de grandes entreprises mécènes, est mis à la disposition des Hommes. La réalisation devient un moyen pédagogique à l'échelle mondiale pour une cause de même dimension. Home n'est pas une sortie cinéma, c'est un évènement. Au-delà de cette étrangeté d'un film présenté comme quasi obligatoire, il y a une démarche à laquelle les cinéphiles sont peu habitués : prendre de la hauteur par rapport à soi, son histoire, son espèce. La vocation de ce documentaire est de rappeler à l'Homme son appartenance à un tout immense, lui qui n'existait pas il y a 200 000 millions d'années quand sa planète comptabilise son âge en milliards. Arthus-Bertrand prend le cinéma pour donner le vertige, il s'élève physiquement pour prendre du recul, évite la morale, n'oublie évidemment pas la beauté ; le photographe de La Terre vue du Ciel offre des tableaux. Non, on ne peut pas dire qu'il compose son cadre à la manière d'un cinéaste, reste que ses images, du jamais vu pour l'immense majorité des spectateurs, évoquent souvent des coulées de peinture, la Terre est l'œuvre d'art par excellence, qui traverse le temps et sans laquelle le temps n'existe pas.
Là où l'artiste tente d'enrailler l'oubli en marquant son époque sur un matériau moins périssable que lui, Yann Arthus­-Bertrand montre bien que l'Homme, en quelques années sur sa planète, a métamorphosé et refaçonné bien plus grand que lui. « Pourtant fragile, tu vas prendre possession de territoires entiers comme aucune autre espèce ne l'avait fait avant toi ». Une autre facette de l'orgueil humain.

 

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TERMINATOR : RENAISSANCE Par Vincent MARTINI
Le retour de l'univers Terminator était attendu par des hordes de fans, et le résultat à l'écran se montre mitigé. Dans les meilleurs moments, on aime le rythme des courses-poursuites, la photographie post-apocalyptique des extérieurs, le soin dans les cadres, Sam Worthington en cyborg déboussolé. On sera nettement moins satisfait d'une composition musicale transparente signée Danny Elfman, d'un manque d'envie dans un scénario sans ivresse, sans passion. Finalement le manque de personnalité de l'ensemble diminue d'autant l'enthousiasme ressenti. Si les idées sont là (les débuts de John Connor, l'inexpérimenté Kyle Reese), le film ne supportera pas la comparaison avec les opus de James Cameron. La déception est forte, tant l'histoire de ce quatrième opus pouvait se démarquer de ses prédécesseurs. Vu le succès mitigé au box-office international, il n'est pas certain qu'une suite soit lancée.
 
CORALINE Par Lucie PEDROLA
On aura eu diverses occasions de chausser des lunettes 3-D cette année ; pour Coraline, le plaisir fût bel et bien multiplié, surtout parce que la troisième dimension ne servait pas à cacher un manque de travail de la deuxième. Henry Selick est décidément quelqu'un de bien ; alors qu'on avait presque oublié qu'il était derrière les marionnettes de L'Etrange Noël de Mr Jack, légèrement écrabouillé par l'ombre du massif Burton, on retrouve son univers délectable de terreurs enfantines. Deux mois avant la sortie en salle du fameux Pixar 2009, Coraline propose un univers bien plus sombre, mais tout aussi impressionnant esthétiquement et également riche de plusieurs niveaux de lecture. De quoi emmener le petit frère au cinéma sans traîner les pieds et même en faisant des bonds. Bonds de frayeurs peut-être car cet Alice au pays des Merveilles nouvelle génération n'y va pas de main morte en matière de monde parallèle cauchemardesque. Selick en donne confirmation : le film dit « pour enfants » laisse un extraordinaire espace de déploiement à l'imagination pour mieux fasciner les petits et retourner l'esprit des grands.
 
LES BEAUX GOSSES Par Lucie PEDROLA
L'air de rien, en faisant ce qu'il avait envie de faire, en retrouvant les ingrédients de son univers  hanté de virilité à la Pascal Brutal et d'intrusions dans la vie dite secrète des jeunes, Riad Sattouf a donné un sérieux coup de vieux à bon nombre de comédies made in 2009 déjà poussiéreuses. Alléluia ! La comédie française n'est pas que Mariages, Divorces, Trésor ou même Ch'tis. Elle est aussi Hervé et ses appareils dentaires, ses pulls marronnasses, et sa mère fouineuse ; Camel et sa coupe de cheveux indéfinissable, sa fine moustache digne de la 5ème3 ou sa mue vocale forcément mal accueillie. La Quinzaine des réalisateurs offrait de très bonnes surprises cette année, et le public n'a pas boudé ce retour en milieu collégien bercé de roulages de pelles gluants, de musique électro, façonné par un imaginaire sincère et une créativité toujours plus entreprenante. Quand Riad Sattouf racontait les séances d'imitation de primates pratiquées par toute l'équipe pour aider les jeunes acteurs à se débarrasser de leur pudeur honteuse, on rêvait d'être sur le plateau. Quand il expliquait qu'il avait non seulement réalisé le court-métrage de Mamanchaudasse.com mais aussi les émissions de radio écoutées par le héros ou sa mère et les annonces dans le supermarché, on se disait que le type n'était pas tout à fait ordinaire. Et qu'on était vraiment heureux qu'il fasse du cinéma.

 

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TOTO QUI VECUT DEUX FOIS Par Romain LE VERN
Ceux qui ont vu Lo zio di Brooklyn, comédie improbable sur fond d'apocalypse, et Le retour de Cagliostro, bizarrerie surannée bricolée à la manière d'un faux reportage avec Robert Englund, savent que les cinéastes Daniele Cipri et Franco Maresco n'opèrent pas dans les catégories usuelles des fabricants d'images. Réputés pour leurs diatribes politiques, ils ont tenté le diable avec Toto qui vécut deux fois qui a été censuré la veille de sa présentation à la Mostra de Venise en 1998 en raison de son caractère blasphématoire. Devenu l'ire de l'épiscopat italien qui l'a bloqué pendant plus d'un an, ce film est sorti avec dix ans de retard en France. Il y a trois histoires, comme dans un film à sketch, et elles sont toutes inspirées par la vie du Christ : 1) Paletta, un obsédé sexuel baveux et mutique, qui musarde dans les entrailles d'une ville gangrenée par la misère sexuelle et qui, pour se payer une partie de jambes en l'air avec une prostituée travelo, vole des tabernacles. 2) Un vieil homosexuel cerné par les rats qui veut assister tranquillement à la veillée funèbre de son amant mais se trouve confronté à l'homophobie de son beau-frère. 3) Un messie qui erre dans la campagne, provoque des miracles, libère les frustrations sexuelles, ressuscite un mafieux dissout dans l'acide et soulève une vengeance cruelle. Entre temps, on a droit à des visions surréalistes : un ange descendu d'un fantasme de Jean Genet qui se fait sodomiser par des brutes épaisses et une vierge qui finit violée par un simple d'esprit. Ce sont quelques unes des images les plus fortes visibles sur un écran de cinéma en 2009. Au-delà des qualités plastiques et provocatrices, Toto qui vécut deux fois rappelle une chose élémentaire : dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas a un prix, encore aujourd'hui.
 
VERY BAD TRIP Par Damien DUVOT
Plus de 2 millions d'entrées ! Rare qu'une comédie américaine cartonne autant sur notre territoire, sans tête d'affiche et sans réalisateur véritablement connu ici (aux USA c'est une autre paire de manches, monsieur Todd Philips a fait les cartons Road Trip et Old School, véritable culte là-bas). Tel un Memento, nos trois gais-lurons en tournée à Vegas refont une soirée black-out à l'envers pour répondre à ces fameuses questions : « Où-est-ce qu'on a foutu le marié ? C'est moi ou y'a un bébé dans le placard ? et pourquoi y'à un tigre dans les cogues ? » Cumulant des passages hilarants tel le Chinois dans le coffre ou la démonstration du Taser, le film termine sur un final grandiose montrant que la soirée était encore pire que ce qu'on avait imaginé. Etrangement, le film se permet le luxe de rester drôle après de multiples visions, et bénéficie désormais d'une aura culte de succès surprise (même la Warner Bros ne l'avait pas prévu). On pourrait juste reprocher une bande son un peu trop éphémère avec des tubes de l'été et une histoire se rapprochant curieusement d'un Very Bad Thing. Puis j'espère qu'un jour, on saura tout de même d'où vient cette satanée poule.
 
TRANSFORMERS 2 Par Vincent MARTINI
Aussi conspué que son prédécesseur sinon plus, la nouvelle incursion de Michael Bay dans l'univers des Autobots et des Decepticons ne mérite pourtant pas tant de haine. Sur une trame classique aux effets spéciaux généreux, le nouveau film se taille même le luxe d'améliorer la visibilité de certaines scènes d'action. Les meilleurs moments du film atteignent leur apogée à mi-parcours dans une confrontation en forêt des plus impressionnantes. Le problème survient ensuite avec un manque criant de dramaturgie pour rythmer un récit trop languissant (2h30 !). On notera des réminiscences des années 80 particulièrement réjouissantes. Les mini-Decepticons rappelleront l'univers de Joe Dante à certains. L'humour en-dessous de la ceinture (la jambe de Megan Fox n'a jamais été aussi expressive), la romance entre Sam et Mikaela, le personnage de John Turturro, tous ces éléments assureront le spectacle hors des explosions de tôles d'acier. Le contrat est rempli, mais il faudra songer à une histoire plus soutenue pour l'inévitable troisième opus.
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