En mars 2009, les rédacteurs d'Excessif se sont laissés emporter par l'intelligence d'un Harvey Milk, la grâce d'un Watchmen, ou encore la grandiloquence des Trois royaumes. Souvenirs enchanteurs...
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HARVEY MILK Par Romain LE VERN
Il n'est pas étonnant que des préoccupations simultanées inspirent des intuitions communes à des auteurs de fiction qui ne se sont pas consultés. Bryan Singer et Gus Van Sant travaillaient séparément sur un projet similaire de biopic sur Harvey Milk, le premier politicien ouvertement gay élu aux Etats-Unis, assassiné le 27 novembre 1978. Même si Singer, qui a pris du retard dans ses productions, souhaite toujours réaliser sa version, c'est la copie de Gus Van Sant qui nous est arrivée en premier. Après une période ado-expérimentale (Gerry, Elephant, Last Days et Paranoid Park), le cinéaste cherche à rendre une culture underground accessible au grand public. Le rôle éponyme est incarné par Sean Penn, extraverti et recroquevillé sur lui-même, que l'on n'a jamais vu comme ça. A travers ce personnage, l'acteur a cherché une formule possible du politicien engagé (une figure à laquelle on le sait très attaché) et élargit sa palette émotionnelle de manière fulgurante. Heureusement, l'intérêt du film ne réside pas que dans la prestation d'un comédien exceptionnel. Pour commencer, Harvey Milk est emblématique d'une époque (la fin des seventies) et d'une ville (en l'occurrence, San Francisco, berceau de la culture gay). Comme toujours chez Gus Van Sant, il y a de la suite dans les idées : San Francisco devient un personnage à part entière, à la manière des polars paranoïaques des années 70. Ensuite, le scénario de Dustin Lance Black concentre sur presque deux heures une somme d'anecdotes et d'informations passionnantes sur la difficulté d'être différent (socialement ou sexuellement) dans une époque plus corsetée qu'il n'y paraît. Ce n'était que le début du combat contre l'homophobie.
WATCHMEN Par Vincent MARTINI
Watchmen ou l'adaptation impossible sous la direction de Zack Snyder, l'idée avait de quoi faire frémir. Pourtant le cinéaste s'en sort joliment. Aidé par un script remarquable, le réalisateur permet aux gardiens d'exister à l'écran tout en gardant la férocité du comics signé Alan Moore et Dave Gibbons. On pourra certes reprocher quelques ralentis superflus, une séquence de sexe (sur Hallelujah, de Leonard Cohen) déplacée, mais rien ne semble attaquer la superbe de l'ambitieux projet. Flop relatif au box-office, Watchmen signe aussi tristement l'arrêt de la production des films R-Rated (interdits aux mineurs de moins de 17 ans non-accompagnés) pour se concentrer vers des thématiques plus sages aux yeux des majors de la production. Reste donc Watchmen, joyau noir, témoignage d'une humanité en pleine décomposition, vision hallucinée d'un monde sans contrôle. Et comme le rappelle Rorshach, Dieu ne fait pas le monde comme il est, c'est nous.

L'ENQUETE Par Geoffrey CRETE
L'enquête menée par Tom Tykwer - Cours Lola, Cours, Le Parfum - fait figure de projet maudit. Comme un nombre effrayant d'autres films, les mauvais retours des projections tests obligeront le studio à réajuster le tir. De nouvelles scènes sont tournées pour que l'histoire prenne une direction plus explosive, la sortie est repoussée de six mois, et finalement, c'est en plein milieu de l'incontournable crise économique que L'enquête verra enfin le jour. Malheureux hasard ou destin maudit, le film est passé inaperçu en France malgré son duo d'acteurs bankables. Les quelques spectateurs qui ont découvert le film auront certainement été marqués par la scène de fusillade dans le musée Guggeinheim, et pourtant, c'est certainement l'idée la moins palpitante du film. En dessinant un monde totalement gris et fissuré, le réalisateur allemand dresse un portrait désespéré d'un monde dirigé par le pouvoir de l'argent, si profondément corrompu qu'il semble impossible d'accuser quiconque. La bête du libéralisme est insondable, imprenable, increvable. Le héros et le spectateur sont privés de la seule lumière disponible - Naomi Watts, unique touche de douceur - et Tykwer achève son film sur une note de sobre désespoir. Dans la veine des thrillers politiques des années 70, L'enquête fait de ses personnages des êtres impuissants et ridicules, menés par des valeurs utopistes et emmêlés dans une toile qui dépasse tout ce qu'ils imaginaient. Dénuée de tout sensationnalisme, la mise en scène de Tom Tykwer emprunte sa brutalité à Paul Grenngrass et sa sobriété à Sydney Pollack. L'enquête est assurément un film surprenant et déstabilisant.
THE CHASER Par Romain LE VERN
The Chaser est une course contre la montre au rythme désabusé, essentiellement parce que tous les événements sont perçus du point de vue de celui qui mène l'enquête (un ancien flic devenu proxénète) et que, a priori, il est plus motivé par l'argent que par l'humain. C'est du moins ce que l'on croit au début avant de se rendre compte que le film aime à varier les pistes narratives toutes les vingt minutes avec des fausses pistes, des montées d'adrénalines, des flottements anxiogènes. La scène d'introduction est révélatrice des intentions du réalisateur Na Hong-Jin en annonçant d'emblée l'identité du tueur et en avertissant le spectateur que l'enjeu dramatique se situe ailleurs : plus dans la peinture d'une société corrompue à tous les niveaux. A la manière du Bad Lieutenant, de Abel Ferrara (sans la dimension religieuse ni même la profondeur psychologique), le personnage devient le reflet de son environnement, parcouru par une culpabilité latente pour se sentir aussi minable et manifestant un mépris envers tout ce qui représente l'autorité. Une lecture superficielle peut laisser penser que The Chaser n'est rien de moins qu'une réunion de différentes mouvances polardeuses, un peu comme s'il croisait les univers de Kim Jee-Woon, Park Chan-Wook, Bong Joon-Ho et les polars HK Milkyway en un concentré pour le cinéphile occidental. Mais ce n'est pas de l'opportunisme : Na Hong-Jin vise plus une force iconoclaste héritée de Samuel Fuller et une radicalité propre aux meilleurs films de Kinji Fukasaku. Les américains ne se sont pas trompés puisqu'un remake scénarisé par William Monathan (Les infiltrés) est déjà en cours avec Léonardo DiCaprio dans le rôle du flic-proxénète tenu dans l'original par Kim Yoon-Seok.
LA JOURNEE DE LA JUPE Par Gilles BOTINEAU
Quelques mois après le retour de Jean-Paul Belmondo sur grand écran, il y eut aussi celui d'Isabelle Adjani, tout aussi médiatique et attendu. Tourné sans grand budget mais avec une réelle passion, La journée de la jupe nous fait passer du rire aux larmes, mais aussi de la colère à la réflexion, grâce à un sujet original et surtout très malin. Ce film est la confirmation que le cinéma français a encore de nombreuses choses à dire. Au même titre que sa comédienne principale, il marque également le renouveau d'un cinéaste discret et talentueux. Ainsi, leur rencontre s'imposait presque comme une évidence. Bien sûr, le film brille en grande partie grâce à la performance de ses comédiens, Adjani en tête. Après visionnage, on prend conscience à quel point cette actrice nous avait manqué. Elle confirme ici un charisme et un talent époustouflants. Mieux encore, elle se lâche littéralement dans des séquences de comédie pure, n'hésitant pas à se « ridiculiser » voire à s'auto-caricaturer pour l'occasion. Par exemple, la voir mettre un coup de boule à l'un de ses élèves et menacer l'ensemble de sa classe avec un révolver sous prétexte que personne ne réussit à mémoriser le vrai nom de Molière n'a laissé personne indifférent.
LES TROIS ROYAUMES Par Romain LE VERN
Les trois royaumes est un monument à la fois pour ce qu'il représente dans la carrière de John Woo (un retour aux sources salvateur après quelques égarements Hollywoodiens) et pour le cinéma chinois dans son ensemble (le budget, estimé à 80 millions de dollars, le plus élevé de tous). A l'origine, le film était construit pour être présenté en deux parties qui, assemblées, proposent cinq heures de spectacle. En Europe et aux Etats-Unis, il débarque dans une version de presque deux heures trente. Pas d'inquiétude pour autant : il faut moins voir dans cette version amputée un prétexte de film maudit qu'un défi supplémentaire pour John Woo. Le cinéaste revient aux films historiques qu'il réalisait dans les années 70, à une époque où il était assistant de Chang Cheh et mettait en scène des wu xia pian (Last Hurrah for Chivalry) dont les composants ont servi de base à ses œuvres futures (Le Syndicat du crime). La différence, c'est qu'il bénéficie de moyens surhumains et qu'ils sont proportionnels aux efforts mis en œuvre. Tel quel, le pari du spectaculaire est comparable à des spécimens tels que Titanic, de James Cameron et la trilogie du Seigneur des anneaux, de Peter Jackson. C'est aussi un enjeu de taille pour le réalisateur après une série de films américains variant du très estimable (Volte/Face) au très mauvais (Paycheck), en sus de plusieurs projets voués à l'échec. De toute évidence, il mise sur un succès international pour remonter sa côte au box-office. Si on additionne tous les problèmes qu'il a connus pendant le tournage (retards répétés par rapport au planning, changement d'acteurs, contraintes techniques obligeant à construire des bassins), ça n'a pas été une partie de plaisir. En d'autres termes, c'est le film de la dernière chance. A l'arrivée, le résultat constitue un modèle idéal de divertissement rivalisant avec l'heroic fantasy en vogue à Hollywood et bénéficiant de toute la maîtrise de John Woo, acquise avec le temps et l'expérience.
SCAR 3D Par Pitou WH
Si Meurtres à la Saint-Valentin 3D se targuait d'être le premier film d'horreur en relief de la nouvelle génération, cette place était usurpée et revient en fait à Scar 3D, petite production indépendante réalisée dès 2007. Vous ne connaissez pas ? Bon, on ne peut pas vous en vouloir vu la distribution relativement confidentielle du film, limitée aux strictes salles équipées pour le relief, mais il est toujours bon de connaître la vérité. Sait-on jamais, ça vous permettra peut-être de briller en soirée quand un de vos amis (le pauvre fou) soutiendra que le remake de Patrick Lussier entamait une véritable révolution. Mais c'est surtout pour Scar 3D lui-même que la vérité mérite d'être rétablie. Car, hormis celle-ci, il faut bien avouer qu'il n'y a rien d'inoubliable dans ce torture-porn où Angela Bettis affronte un sadique de son passé. Laissons lui donc l'honneur du premier sang versé et jeté à notre figure.
LA PREMIERE ETOILE Par Jean-Patrick DESPORTES
Arrivé de nulle part, attendu par personne, La Première Etoile fait figure d'outsider. Réalisé, écrit et interprété par un excellent quasi-inconnu (Lucien Jean-Baptiste) ce film est une petite réussite qui aura rassemblé près de 2 millions de spectateurs. Ce qui marque durablement c'est la tendresse que l'auteur véhicule via ses personnages et ses situations. En d'autres mains, cette histoire d'Antillais à la montagne aurait pu tout à fait être lourdingue alors qu'ici on rit de bon cœur aux situations certes prévisibles (la scène de tire-fesse pourtant à hurler de rire) et on est touché par cette famille en reconstruction. Félicitations aux acteurs tous très bons avec une mention spéciale à Firmine Richard qui prend son rôle comique de Mamma Black à bras le corps. Une très jolie surprise.

L'histoire : Le film retrace les huit dernières années de la vie d'Harvey Milk. Dans les années 70, il fut le premier homme politique américain ouvertement gay à ê[…]
L'histoire : Dans le courant des années 80, dans une autre Amérique promise à un conflit nucléaire apocalyptique, les vigilantes et autres super héros ont été ba[…]
L'histoire : Une professeur de collège prend un jour ses élèves en otage...
