Notre rétrospective de l'année 2009 au cinéma revient aujourd'hui sur un mois de septembre particulièrement chargé en bonnes surprises...

Par La Rédaction - publié le 21 décembre 2009 à 06h11 ,
MAJ le 21 décembre 2009 à 06h29 - 0 commentaire(s)
Le retour gagnant de Kathryn Bigelow, le documentaire autobiographique de Roman Polanski, Ang Lee qui revisite Woodstock ou la confirmation du talent d'Andrea Arnold, aût 2009 au cinéma, c'était tout ça, et plus encore...

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DISTRICT 9 Par Nicolas LEMALE
Okay, 2009, en science-fiction, c'est un peu synonyme de Cameron et d'avatars bleuâtres. Soit. Mais d'ici quelques temps, il se pourrait bien qu'on se réfère à cette fin de décennie en se rappelant d'un incroyable bijou venu - il faut l'écrire pour le croire - d'Afrique du Sud et de Nouvelle-Zélande : District 9, film-concept imparable, recyclant trente ans de SF (de V à La Mouche en passant par Minority Report et Patlabor) dans un scénario brillant et n'hésitant pas à se confronter à l'histoire de son pays (ségrégation, guerres claniques, ravages immobiliers liés au capitalisme naissant). Le blockbuster de poche du jeune Neill Blomkamp, protégé officiel de Peter Jackson, a logiquement fait parler de lui en salles, le bouche-à-oreille démarré, c'est la tradition, via Internet, ayant porté ses fruits une fois le film découvert. District 9 mélange indécemment les genres, de la comédie acide au film d'action cameronien, nous fait découvrir un extraordinaire acteur (Sharlto Copley), avant de finir en trombe, dans un dernier quart d'heure jouissif, où se télescopent méchas et clins d'oeil cronenbergiens. Un film étourdissant, surprenant, irrésistible.
 
DEMINEURS Par Vincent MARTINI
Pour son retour derrière la caméra après K-19 : Le piège des profondeurs, la réalisatrice Kathryn Bigelow revient à ses sujets de prédilection, la guerre, la testostérone, et l'immersion. Avec ce récit "guerrier" prenant place dans le Proche-Orient contemporain, l'action suit au plus près le dur métier des démineurs. Ce qui passionne dans le film ne réside pas dans la dénonciation de la guerre, ni dans le portrait des soldats américains en territoire étranger. La force du récit est de développer des personnages qui ont ce besoin permanent de tester leurs limites, à la recherche de "l'ultime sensation" -la découverte d'un engin inconnu par exemple. Toute autre activité devenant vaine et inconsistante. La mise en scène de Bigelow offre une incursion choc et prenante au sein de l'escouade suivie, et propose un voyage en enfer des plus excitants.

 

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LE PETIT NICOLAS Par Gilles BOTINEAU
Personne ne l'attendait sur ce terrain-là. Après Mensonges et trahisons (et plus si affinités) et Molière, Laurent Tirard s'est pourtant lancé dans l'adaptation du Petit Nicolas (d'après l'oeuvre de Goscinny et de Sempé) avec réussite, notamment aidé par son complice Alain Chabat aux dialogues. Bien sûr, nous pourrions reprocher aux auteurs d'avoir principalement mis l'accent sur les personnages adultes (star-sytem oblige), des parents à l'institutrice principale, en passant par le pion et la fleuriste du coin. Tous sont d'ailleurs interprétés par des vedettes, aussi diverses soient-elle, à l'image de Kad Mérad, Valérie Lemercier, Michel Galabru, Daniel Prévost, François-Xavier Demaison, Sandrine Kiberlain, Anémone, Louise Bourgoin, François Damiens, sans oublier Michel Duchaussoy ainsi que Gérard Jugnot en guest mémorable. De quoi faire de l'ombre aux différents gosses du film, quasi inconnus pour la plupart. C'est pourtant le contraire qui arriva. Car si les adultes demeurent fidèles à eux-mêmes, sans faire d'excès ni même de performance, les enfants réussissent à s'imposer véritablement, à commencer par le jeune Maxime Godart, interprétant le rôle-titre avec une fidélité exemplaire. A n'en point douter, il aurait été impossible de trouver mieux pour le personnage de Nicolas. Ses nombreux complices peuvent eux aussi être cités en exemple : Vincent Claude, Charles Vaillant, Victor Carles ou Benjamin Averty nous rappellent avec justesse et talent les facéties de notre jeunesse. Au final, Laurent Tirard signe un vrai film nostalgique, drôle et touchant à la fois, accentué par une bande originale aussi folle qu'envoûtante, celle de Klaus Badelt. Le culte n'est pas loin, et les suites d'ores et déjà en chantier.
 
500 JOURS ENSEMBLE Par Jean-Patrick DESPORTES
Premier long-métrage de Marc Webb, issu du clip, (500) Days of Summer, narre une histoire d'amour avortée entre un jeune homme romantique et une jeune femme pétillante mais qui ne croit pas en l'engagement. Originalement construite, cette petite comédie dramatique s'est distinguée au box office américain cet été grâce à ses qualités de mise en scène, d'interprétation et la justesse de son propos. Comme le film traite de la ronde des sentiments qui peuvent évoluer au sein d'un couple, le scénario, construit sur des allers-retours entre présent et passé, apparaît bien justifié. Il n'y a alors plus de crescendo scénaristique pour faire pleurer les plus romantiques d'entre nous mais bel et bien une étude acérée de la déception amoureuse. Pour qui a déjà vécu ce genre de situation (aimer quelqu'un qui n'arrive pas à s'engager avec vous mais qui peut très bien le faire avec un autre) (500) days... apparaît alors d'une justesse incroyable. Le couple star du film (Joseph Gordon Levitt et Zooey Deschanel), en plus de leur charisme fou apparaît évident dès les premières scènes. Cette alchimie ainsi que leurs qualités d'interprètes sert à merveille cette non histoire d'amour. Contrairement aux Etats-Unis, le film fut un échec en France. A la rédac, y en a qui aiment, y en a qui détestent. On aimerait que vous vous fassiez votre opinion !
 
THIRST, CECI EST MON SANG par Romain LE VERN
Cela faisait dix ans que Park Chan-Wook travaillait sur Thirst, ceci est mon sang, un poème cinéphile célébrant l'amour fou des surréalistes. Au départ, il y avait la figure d'un prêtre catholique et, à travers lui, PCW s'est demandé comment une personne pourrait réagir si elle voulait faire une bonne action et que, de manière involontaire, elle se transformait en vampire, obligée de survivre en se nourrissant du sang des autres. A travers ce dilemme moral, il a construit une histoire d'amour inspirée du roman Thérèse Raquin, d'Emile Zola, avec une volonté de bouleverser les conventions du film de vampire en vogue (Morse, Twilight - chapitre 1 : fascination et quelques références aux cinémas de Polanski et de Zulawski qu'il a vampirisés à son tour. Des plans sont intégralement repris de Aux frontières de l'aube (le plan final), Le Locataire et Le Couteau dans l'eau (la noyade, le cauchemar familial) et surtout de Possession (le couple vampire ressemble aux doubles exsangues d'Isabelle Adjani et de Sam Neill). Par fétichisme, Park Chan-Wook a d'ailleurs donné la même robe bleue à l'actrice Ok-Bin Kim. A l'arrivée, le résultat tient plus du patchwork de cinéphile destroy où, un peu à la manière de Tarantino, le cinéaste a isolé toutes les scènes bizarres de ses films cultes, pas nécessairement des films de vampires. En les assemblant, il a essayé de proposer une alliance à la fois sophistiquée et dégénérée. La bonne surprise réside dans les scènes de sexe, les étreintes sensuelles entre l'homme vampire et la femme bafouée par sa famille, taraudée par des pulsions morbides. Lorsqu'il montre l'union de ces deux solitudes et pose les questions inhérentes à une telle altérité morale et physique (la religion et le vampirisme), Park Chan-Wook révèle une vraie sensibilité de cinéaste. La dernière partie du récit prend des allures de cauchemar éveillé et d'errance mentale, moins par souci de psychologie que de paraître différent.
 
ROMAN POLANSKI : WANTED AND DESIRE Par Nicolas HOUGUET
Ce documentaire retrace la partie de la vie la plus controversée du cinéaste, celle où il fut contraint de fuir les Etats-Unis après avoir été convaincu de détournement de mineure. Mais, au delà de l'épisode scandaleux et sensationnel, il s'agit surtout d'une oeuvre intéressante sur la frénésie des médias, leur fureur, s'acharnant sur le cinéaste ainsi que sur la jeune fille. On y voit un juge en quête de gloire plus que de justice. Marina Zenovich raconte le déchaînement et l'hystérie autour de cette affaire. C'est véritablement une curée que l'on voit sur ces archives, la furie d'une foule assoiffée de sang et de faits morbides, avide de voir tomber un artiste que son oeuvre a rendu suspect. Le metteur en scène a déjà été éprouvé et victime des pires allégations, après le meurtre sauvage de son épouse Sharon Tate par Charles Manson. Polanski est sulfureux. La réalité des choses, l'affaire de moeurs ou même les égards dus à la victime se trouvent vite dépassés par la fascination malsaine qui s'exerce autour de lui. On fait le procès d'un mode de vie décadent dont le cinéaste devient le symbole. Son impassibilité et son sang-froid dans cette tourmente sont impressionnants. Paradoxalement, le film est ambivalent, car s'il voulait dénoncer les disproportions médiatiques autour de cette affaire, il semblerait bien qu'il en ait au contraire réveillé l'ardeur et soufflé sur des braises que l'on croyait éteintes. On attend encore l'épilogue de cette histoire toujours en suspens.
 

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FISH TANK Par Romain LE VERN
De film en film, Andrea Arnold sonde les ondulations du désir dans le camaïeu froid, métallique et sombre des villes, chez des personnages féminins vivant par procuration, à travers les autres. Dans Red Road, son premier long-métrage, l'opératrice d'une société de vidéosurveillance recherchait l'abandon charnel en espionnant un couple faisant l'amour ; dans Fish Tank, une adolescente veut ressembler aux danseuses de hip-hop qu'elle voit à la télévision. Si ces deux poupées brisées qui sont les produits de leurs environnements ne peuvent pas s'épanouir, c'est soit à cause d'un traumatisme, soit à cause d'une troublante révélation et d'un milieu social en déshérence. En son temps, Red Road fut une révélation évoquant le meilleur des cinémas de Jane Campion (l'attirance féminine pour le corps masculin et les expressions viriles) et de Antonioni (le rapport trouble aux images, le voyeurisme, les ravages de l'imagination, l'angoisse provoquée par la banlieue industrielle, le froid urbain). Poursuivi par le même bouillonnement, Fish Tank s'inscrit dans le sillage des frères Dardenne et de Ken Loach, héritier du "free cinema" britannique des années 60 (Family Life). Andrea Arnold continue d'imposer sa singularité et son talent.
 
HOTEL WOODSTOCK Par Jean-Patrick DESPORTES
Ang Lee reste pour les cinéphiles un réalisateur doué mais tellement caméléon qu'il en devient insaisissable. Hulk côtoie Brokeback Mountain, Raisons et sentiments, Garçon d'honneur et Ice Storm dans l'une des filmographies les plus éclectiques du cinéma moderne. Ici il a réalisé l'adaptation de l'ouvrage autobiographique d'Eliott Tiber. Celle d'un garçon au bord du coming out, de retour dans le motel familial afin d'aider ses parents à redresser la situation financière d'une petite entreprise quelque peu négligée. Il sera celui qui acceptera d'accueillir les jeunes hippies venus pour un festival, devenu mythique (Woodstock). Présenté à Cannes en compétition, reparti bredouille sans que cela ne gêne quiconque, Hôtel Woodstock mérite pourtant grandement le détour grâce notamment à la patte subtile de Lee rappelant ses qualités de portraitiste. Ici il traite d'une Amérique dont personne ne parle, d'une génération méprisée qui deviendra pourtant un symbole, toujours aussi fort quarante ans après. On est évidemment ici plus proche de Ice Storm, par son côté chronique familiale modeste mais savoureuse et chaleureuse que de la batterie d'effets spéciaux de Hulk ou du drame puissant qu'est Brokeback Mountain. Salué par une critique quasi unanime, Hôtel Woodstock, n'a pas fonctionné en salles, c'est le moins que l'on puisse dire. 30 millions de dollars de budget pour un peu moins de 10 millions récoltés. La rencontre entre le public et cette œuvre aussi attachante que vivifiante ne s'est pas faite. Peut-être est-ce la tête d'affiche quasi inconnue dans le monde (le pourtant brillant Demetri Martin) ou son sujet (Woodstock vu à travers le prisme de l'individuel et non du collectif) qui auront repoussé le public ? Quoiqu'il en soit le film de Ang Lee, se situe dans ses œuvres les plus réussies et tendres. A conseiller d'urgence à tous ceux qui ne l'ont pas encore vu.
 
L'AFFAIRE FAREWELL Par Damien DUVOT
En plein vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin sort ce film sur l'histoire véridique de Vladimir Vetrov, agent du KGB dégouté de son régime, passant des renseignements à Pierre Froment (joué par Guillaume Canet), ingénieur fictionnel chez Thomson, lié à la DST malgré-lui. Dans le rôle de l'espion russe, un Serbe, réalisateur, acteur, musicien, scénariste et palme d'or : Emir Kusturica. A la réalisation, Christian Carion, connu pour nous avoir offert Joyeux Noël en 2005 avec déjà Canet dedans. Ces gens nous content donc comment le KGB avait infiltré la CIA à tous les niveaux et détenait des informations super top secrets comme les codes de la Maison Blanche ou les plans de l'Air Force One, avec également des présidents plus vrais que nature, dont un Reagan/Fred Ward légèrement à côté de la plaque et un Mitterrand/Philippe Magnan hantant les murs de l'Elysée. Si le film a ses longueurs comme la plupart des phrases précédentes, ainsi qu'un Vetrov un peu trop romantique (le vrai a poignardé sa maîtresse), la reconstitution des faits reste passionnante et on aperçoit la jolie Diane Kruger à un moment. Comme dirait mon frangin « c'est quand même bien fait ».
 

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LA VIDA LOCA Par Geoffrey Crété
Il y a eu deux manières de découvrir La Vida Loca. La première, comme un spectateur curieux de voir un documentaire surprenant, bancal mais marquant, qui a nécessité un engagement personnel et professionnel hors-normes - une année entière à vivre avec le gang. La seconde intervient forcément à partir du 2 septembre. Criblé de balles et laissé à côté de sa voiture, le corps de Christian Poveda est retrouvé sur une route du Salvador alors qu'il tournait un reportage. Triste nouvelle, humainement et cinématographiquement puisque La Vida Loca sort dans quelques semaines. Le jour de la projection, l'attaché de presse évoquait la possibilité d'une interview avec le réalisateur qui sera de retour à Paris dans quelques jours. A posteriori, ces mots résonnent tragiquement. S'il ne faut pas mélanger la brutale réalité et le véritable intérêt du documentaire, il est toutefois impossible de les démêler. La Vida Loca est bien un film qui déborde de vie et de mort, un portrait étonnamment vivant et sincère d'une ville coincée dans ses propres engrenages. La violence règne dans les rues, les balles fusent à chaque instant, les enterrements sont quotidiens, et pourtant, Christian Poveda pose un regard extrêmement humain sur les gens qu'il filme. La mort a beau être une donnée indissociable de leur existence, leur vie n'en demeure pas moins aussi futile et simple que la nôtre.
 
MARY ET MAX Par Jean-Patrick DESPORTES
Qui a dit que le film d'animation était uniquement et irréversiblement réservé aux petits ? Adam Elliot, oscarisé pour son court-métrage Harvie Krumpet en 2004, nous offre avec ce premier long, fait en pâte à modeler, une fable sur l'amitié tour à tour, drôle, émouvante et cruelle. Certains ont d'ailleurs rejeté le film, le trouvant trop déprimant. Et pourtant Mary and Max, même s'il rappelle que la mort et la solitude rodent, est d'une grande joie de vivre. Celle d'aimer et d'accepter les autres tels qu'ils sont. Evidemment le film ne s'adresse pas aux enfants et évite la facilité et les bons sentiments édulcorés (une petite fille grassouillette dont la mère est alcoolique et le père effacé se lie d'amitié avec un vieil hypocondriaque atteint de la maladie d'Asperger par courrier sur plus de vingt ans). Formidablement mis en scène, animé et doublé (notamment par Philip Seymour Hoffman et Toni Collette) le film d'Elliot n'a pas rencontré le succès escompté (le danger de ne pas faire un film d'animation familial) mais se place pourtant, avec Là-haut et Coraline, dans le meilleur que l'on puisse voir cette année en termes d'animation.


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