D'abord acteur, Richard Berry s'est finalement essayé à la réalisation dès l'année 2000, avec L'Art (délicat) de la séduction. Trois films plus tard, il a définitivement fait ses preuves. Retour sur sa "jeune" carrière de cinéaste.

Par Gilles BOTINEAU - publié le 17 mars 2010 à 19h53
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Il fut un temps où acteur et réalisateur apparaissaient comme deux professions totalement distinctes l'une de l'autre (à quelques rares exceptions près). Aujourd'hui, tout est mélangé, particulièrement en France où l'on ne compte plus le nombre de comédiens s'essayant à la mise en scène cinématographique : Gérard Jugnot, Michel Blanc, Agnès Jaoui, Josiane Balasko, Olivier Baroux, Gad Elmaleh, Dany Boon... et prochainement, Daniel Auteuil, Mélanie Laurent, Gilles Lellouche ou bien encore Kad Mérad. Pour certains, la réussite est au rendez-vous. Pour d'autres, cela se passe de commentaire. 

Au milieu de cette masse, on peut dire que Richard Berry s'en sort véritablement avec les honneurs, et bien plus encore. En seulement quatre films, l'homme a su faire preuve d'un réel talent, s'investissant tout autant à chacune de ses oeuvres.

 

A l'occasion de la sortie en salles cette semaine de son dernier long-métrage, L'immortel, retour sur une "jeune" carrière pleine d'avenir. 

 

 

 

DE LA COULEUR...

 

Richard Berry n'a jamais été spécialement réputé pour son humour. Certes, quelques comédies l'ont tout de même rendu populaire aux yeux du grand public. Parmi elles, Ma vie est un enfer, Pédale Douce ou bien encore Quasimodo d'El Paris. Mais auparavant, l'acteur s'est avant tout fait connaître à travers des oeuvres beaucoup plus sombres, telles que Le Grand Pardon, La Balance, L'Addition, Urgence, Spécial Police et La Baule-Les-Pins. Néanmoins, c'est bel et bien dans la comédie que notre homme cherche à faire ses premiers pas en tant que metteur en scène. Pour cela, il s'inspire du célèbre roman Kurtz (de Jean-Marc Aubert), qu'il adapte sous un titre évocateur, L'Art (délicat) de la séduction. Le sujet présente un concept particulièrement simple : Etienne, designer automobile, est un idéaliste qui se réserve pour le Grand Amour. Il croit rêver quand il rencontre, le 25 décembre, Laure, une jeune femme qui parle avec la même aisance sensuelle des dernières avancées du Turbo Diesel, de Joseph Conrad ou de ses attentes en matière sexuelle, et qui lui propose spontanément de prendre rendez-vous pour que "leurs corps se connaissent". Mais la belle le déconcerte en lui donnant pas moins de cinq mois pour se préparer ! Pour Etienne, c'est un véritable parcours du combattant qui commence, entre régime, exercices et conseils éclairés... Richard Berry sait parfaitement ce qu'il veut. Pour lui, il n'est pas question de réaliser une comédie poussive avec les moyens du bord, et ce, pour arriver à un vague téléfilm du lundi soir. Non. Le jeune metteur en scène tient avant tout à s'approprier le sujet et y imposer un vrai regard. Lumières vives, montage rythmé, séquences inattendues (l'entraînement extrêmement poussé du héros dans le seul but de coucher)... Puis, Berry décide de ne s'offrir qu'un second rôle. Son désir de jouer reste plus fort que tout mais il s'impose néanmoins un certain retrait. Le personnage central est alors interprété par son grand ami Patrick Timsit (trois films en commun) qu'il dirige avec une minutie parfaite. En effet, rarement celui-ci n'aura paru aussi juste. Le choix de cet acteur n'est d'ailleurs pas un hasard. Bien plus qu'une simple comédie romantique, L'Art (délicat) de la séduction revisite également le mythe de la Belle (ici incarnée par Cécile de France, encore débutante) et la Bête (sans aucune méchanceté envers Patrick Timsit), à prendre ici sous le sens de l'obsession, qui plus est sexuelle. Berry le justifie d'ailleurs parfaitement à travers son titre : « J'ai mis "délicat" entre parenthèses pour souligner le double sens du mot. La séduction est un art à la fois fragile, sophistiqué mais aussi difficile et mystérieux, parfois même douloureux et cruel ». Il ne faut jamais se fier aux apparences, aussi belles ou repoussantes soient-elles.

Au final, le film raconte avec humour et tendresse, sans oublier une légère pincée de misogynie, la relation moderne de deux êtres que tout oppose avant de finalement trouver un improbable terrain d'entente. 

 

 

Fort de cette première expérience (et malgré un succès mitigé), Richard Berry ne désarme pas et s'intéresse moins de deux plus tard au thème de l'enfance. Pour lui, il s'agit d'« une période essentielle, fondatrice. Même si elle est heureuse, elle est jalonnée d'expériences parfois douloureuses et de circonstances qui fabriquent l'adulte. Peut-être pour oublier, en grandissant, les gens s'éloignent de cette période. Ils font taire cette petite voix sans compromis et pleine de bon sens avec laquelle ils commentaient le monde ». Ainsi donc, Moi César, 10 ans ½, 1m39 suit les mésaventures d'un petit garçon timide, parlant peu mais pensant énormément. Ses parents ne prennant pas le temps de lui raconter la réalité, lui, il l'imagine... et en profite pour nous faire découvrir sa famille, ses disputes, ses amis, son premier amour, ses rivalités, son école, l'autorité, et même ses quelques kilos en trop. Une fois de plus, Richard Berry choisit une mise en scène originale. En conséquence, tout ce que vit le personnage est perçu uniquement du seul point de vue de l'enfant, le cinéaste partant alors du principe de "subjectivité absolue". Voilà pourquoi une bonne partie du métrage a été tournée à 1m39 de hauteur, fait unique dans l'histoire du Septième Art. Pour Richard Berry, rien n'est gratuit, et tout a un sens. Le jeune acteur Jules Sitruk, après avoir ému la France entière grâce à Monsieur Batignole, trouve alors ici un nouveau rôle à la hauteur (et pas des moindres) de son talent.

Sans révolutionner le cinéma, Richard Berry construit peu à peu son univers, empli de couleurs riches et joyeuses (celle de la comédie), qui plus est avec précision et singularité.


...AU NOIR ET BLANC.


Pour sa troisième mise en scène, et contre toute-attente, Richard Berry change radicalement de ton. Après deux comédies particulièrement originales (et réussies), le cinéaste se tourne vers une extrême noirceur. La Boite noire se présente en effet comme un pur thriller, essentiellement psychologique, adapté d'une nouvelle écrite par Tonino Benacquista. Sortie en 2005, l'oeuvre confronte un casting de choc en la personne de José Garcia et de Marion Cotillard. A la suite d'un accident de voiture, Arthur est plongé pendant quelques heures dans un coma. Durant sa phase d'éveil, dans un délire verbal, il exprime des phrases incohérentes qui trouvent leurs racines directement dans son inconscient. A son réveil, il se retrouve face à une curieuse énigme : que faisait-il la nuit sur cette route, proche de Cherbourg ? Ses phrases inquiétantes, dérangeantes et libératrices ont été notées dans un carnet noir par Isabelle, une des infirmières de l'hôpital. Pour l'aider à répondre à ses questions, Isabelle remet à Arthur, comme si elle lui offrait un trésor, le témoignage écrit de son délire. Dès cet instant commence pour Arthur une incroyable aventure ; il sera à la fois la victime, le coupable et l'enquêteur de sa propre vie.

Sujet ambitieux pour un réalisateur qui l'est tout autant. Ne désirant pas s'enfermer dans un genre bien spécifique, Berry se lâche donc littéralement en signant un pur cauchemar visuel. Si José Garcia excelle (comme à son habitude), c'est bien la mise en scène qui nous coupe définitivement le souffle (surtout pour un film français). Les références sont multiples (essentiellement américaines, de David Lynch à David Fincher, toutes proportions gardées) et Berry s'en amuse véritablement, en livrant un film aussi fort que violent, de par une surenchère d'effets visuels et un montage épileptique. Un cinéma hautement jouissif, soutenant un scénario au suspense haletant et une interprétation des plus remarquables. Jusqu'à L'ImmortelLa Boite noire était de très loin la plus grande réussite cinématographique de Richard Berry.



Car avec son petit dernier, Berry se jette une fois de plus corps et âme au sein-même du sujet. Les images s'enchaînent à un rythme effréné et l'objectif de la caméra ne cesse d'aller toujours au plus près de l'action, si bien que de nombreuses séquences s'apparentent  à de véritables reportages, alors filmés en temps réel. Un spectacle détonnant dont on ressort incroyablement secoué. Parfois maladroit certes (quelques plans gratuits ou insensés), mais toujours inspiré. Loin de faire un cinéma plan-plan qui laisse généralement aux acteurs et à l'histoire le soin d'accrocher le spectateur à eux-seuls, Richard Berry n'a jamais pris la fonction de réalisateur à la légère. Il le prouve, pour la quatrième fois consécutive avec L'Immortel, et on espère bien qu'il ne s'arrêtera pas en si bon chemin. Aux dernières nouvelles, de nouveaux sujets seraient actuellement en cours d'écriture, aussi bien dans le registre de la comédie que du film noir. Affaire(s) à suivre...

 

 


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